« Je suis un "artiste du spectacle mort"», lance Laurent Garnier à Roselyne Bachelot

TRIBUNE Dans une lettre ouverte adressée à Roselyne Bachelot, le DJ Laurent Garnier dénonce « le manque flagrant de considération » du ministère de la Culture envers le secteur de la nuit et des clubs

A.D.

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Le DJ français Laurent Garnier à Nice en 2013.
Le DJ français Laurent Garnier à Nice en 2013. — SYSPEO/SIPA
  • Laurent Garnier a publié ce mardi une lettre ouverte adressée à la ministre de la Culture Roselyne Bachelot.
  • Le DJ français déplore qu’une « fois encore, et ce maintenant depuis de trop longs mois, l’espace culturel de la nuit a lui été totalement ignoré » par les mesures d’aides annoncées par la ministre ce jeudi.
  • « Pour nous la fête est terminée, et ce depuis maintenant huit longs mois », alerte-t-il.

La musique électronique est-elle la grande oubliée du gouvernement ? Alors que la ministre de la Culture a annoncé ce jeudi une nouvelle série d'aides destiné au monde de la culture en ces temps de crise sanitaire, la légende de la techno Laurent Garnier déplore qu’une « fois encore, et ce maintenant depuis de trop longs mois, l’espace culturel de la nuit a lui été totalement ignoré », dans une puissante lettre ouverte titrée « Chère madame la ministre de la culture » et postée ce mardi sur son site internet.

« C’est étrange car en tant qu’Officier des Arts et des Lettres, Chevalier de la Légion d’Honneur (remise par un ex-ministre de la Culture qui a saisi de longue date la place éminente de la nuit dans le vaste espace de la culture et de la création) et DJ globe-trotter (comme d’autres artistes de notre pays, je fais indirectement rayonner la France depuis plus de 30 ans à l’étranger) je pensais bêtement que les choses avaient évolué et qu’avec mes petits camarades platinistes nous avions dignement gagné notre statut et notre ticket d’accès au "monde de la culture". Mais force est de constater qu’apparemment ce n’est toujours pas le cas », souligne Laurent Garnier.

« Pour nous la fête est terminée »

Dans cette lettre, le célèbre DJ se félicite que les cinémas, théâtres et salles de concert aient pu rouvrir tant bien que mal, mais rappelle que « depuis début mars, le secteur "de la nuit et des clubs" (dont je fais intrinsèquement partie) est quant à lui totalement à l’arrêt. Pour nous la fête est terminée, et ce depuis maintenant huit longs mois. »

« Vous n’êtes pas sans savoir que comme les théâtres, les cinémas et les salles de spectacle, les clubs emploient (hormis les artistes et DJ’s qui s’y produisent) la même pléiade de personnels divers et variés que dans le reste du paysage culturel. Que ce soit au bar, en salle, à la caisse, au vestiaire, au ménage, mais aussi les régisseurs, la sécurité, les intermittents, personnels techniques, sondiers, les lighteux, les VJ, les promoteurs, bookeurs, labels, graphistes, imprimeurs…. Sans oublier l’impact économique indirect (fournisseurs, restauration, hôtellerie, transport, etc.). La liste est longue, mais surtout très similaire à celle du spectacle vivant. »

« Une forme de mépris incompréhensible »

Citant une boutade « cyniquement drôle » d’un de ses amis – « Ah non Laurent, nous, on fait dorénavant partie du secteur du spectacle mort… Roselyne l’a annoncé maintes fois, le monde de la nuit ne dépend pas d’elle mais du ministère de l’Intérieur ! » –, il estime que « le manque flagrant de considération, l’ignorance émanant de votre ministère envers le secteur de la nuit et des clubs est clairement interprété par beaucoup d’entre nous comme une forme de mépris incompréhensible. Car que vous le vouliez ou non, les clubs et les lieux de cette culture nocturne étaient (quand ils étaient ouverts) des endroits bouillonnant de création, d’imagination et de partage. »

Et de conclure : « J’avoue qu’aujourd’hui, ne sachant plus très bien si je suis un "artiste du spectacle mort" un "artiste de l’intérieur", ou "pas un artiste du tout" je commence à avoir de sérieux doutes. »