« Je suis plutôt du genre à dire "Ça sera mieux après" que "C'était mieux avant" », assure Vianney qui sort son troisième album

INTERVIEW A l’occasion de la sortie de son troisième album studio, « N’attendons pas », ce vendredi, Vianney a accordé une interview sans langue de bois à « 20 Minutes »

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Le chanteur Vianney.
Le chanteur Vianney. — Jérôme Witz
  • N’attendons pas, le troisième album studio de Vianney, est sorti le vendredi 30 octobre.
  • Dans ce nouvel opus, le chanteur de 29 ans a écrit une chanson pour sa belle-fille de 9 ans, une autre pour son grand-père décédé… « Peut-être qu’il y avait un peu plus de pudeur dans les albums précédents », confie-t-il à 20 Minutes.
  • « Je suis plutôt critique de la génération d’avant mais je dois reconnaître que la mienne n’est pas spécialement plus brillante », dit Vianney qui, dans les chansons Les imbéciles et Mode livre un point de vue sur notre époque.
  • L'interview s'est déroulée le 13 octobre.

Vianney se décrit comme discret et timide. Pourtant, lorsqu'on le rencontre, mi-octobre, au sein des locaux de son label Tôt ou Tard, dans le quartier d’Oberkampf (Paris 11e), il a l'air parfaitement à son aise. Le chanteur de 29 ans a le tutoiement spontané, salue et porte une attention à toutes les personnes qu’il croise sur le chemin du petit bureau où l’interview doit se dérouler. Une fois en place, il sort de sa housse la guitare qu’il portait sur le dos et joue quelques accords de guitare, comme un prélude, le temps que le dictaphone soit prêt à enregistrer ses réponses.

20 Minutes s’apprête à lui parler de son troisième album studio, N’attendons pas, mais il sera aussi question de son rapport au succès, à la religion, à l’époque et à la France clivée ainsi que de son futur rôle de coach dans The Voice.

Ce nouvel album est le plus intime des trois ?

Je pense que je parlais aussi de choses très personnelles dans les deux autres. Peut-être qu’il y avait un peu plus de pudeur. Ce qui est sûr, c’est que je me détends avec les années.

Qu’est-ce qui fait que vous avez moins de mal à vous confier ?

Ça répond au processus classique des timides, qui est de s’ouvrir avec le temps. J’ai besoin de me sentir à l’aise. J’ai toujours été bien dans mes baskets mais, de là où je viens, on a une culture de la discrétion, donc, de base, je ne suis pas extraverti en public. La chanson, en revanche, c’est un espace où je peux réfléchir à la manière dont je vais raconter les choses.

Paradoxalement, malgré cette discrétion, dès vos débuts, vous avez rencontré le succès. Vos premiers opus ont été disques de platine ou de diamant, vous avez reçu des Victoires de la musique, vous avez été le chanteur francophone le plus diffusé en radio ces trois dernières années. C’est une pression, cette visibilité ?

Pas du tout, parce que je me suis toujours dit qu’on était à la place où l’on devait être. Il y a plein de choses qui étaient hors de mon contrôle dans cette histoire et c’est plutôt joli que ça se passe comme ça. On est un label indépendant, ce n’était pas prévu qu’on soit des numéros 1 en radio. Cela arrive parce que les gens répondent présent. Mon public m’a toujours super bien traité, je ne me suis jamais senti menacé de quoi que ce soit. Je serais bien ingrat de me plaindre d’une pression.

Si vous n’êtes pas numéro un radio en 2020, ce sera une déception ?

(Il sourit) Bien sûr que non, ce n’est pas ce qui compte pour nous. On se dit souvent avec l’équipe qu’on a eu la chance de ne pas ambitionner de chiffres parce qu’on fait un genre de musique qui n’est pas aujourd’hui le genre majeur. Donc quand ça arrive, on se dit que ça n’arrivera probablement plus jamais et ce n’est pas grave. Ce qui importe est de proposer un truc singulier, que je suis le seul à pouvoir faire et qui répond à ce que je suis.

Votre belle-fille de 9 ans vous a inspiré « Beau papa ». Qu’est-ce qui vous a poussé à partager cette chanson avec le public ?

En chanson, je parle des choses qui me touchent ou me bouleversent, donc c’était évident qu’à un moment donné j’allais arriver à parler de ce thème-là, du fait d’aimer un enfant qui n’est pas le nôtre et de constater qu’on peut l’aimer follement absolument. Ce n’est rien d’autre qu’une chanson d’amour, mais sur un sentiment qui occupe mon quotidien. Je n’ai pas du tout hésité à écrire cette chanson.

A une époque où on parle beaucoup de la parentalité et de ses différentes formes, ce titre peut avoir une résonance auprès d’autres parents, dans d’autres schémas familiaux…

Cette chanson n’idéalise pas les familles recomposées. L’idéal, c’est deux parents qui s’aiment et qui ont un enfant et qu’ils l’aiment. Point. Ayant formé une famille recomposée, je sais que ce n’est pas idéal. En revanche, ce que je veux dire avec cette chanson c’est que, à force d’amour, on peut soulever des montagnes et bâtir des familles aux formes les moins probables possibles. Il y a de la place pour toutes les familles s’il y a énormément d’amour. Plusieurs personnes autour de moi ont été des enfants adoptés. Je sais la beauté qu’il y a dans le geste d’adopter et la difficulté qu’implique le fait d’adopter et d’être adopté. Ce n’est pas idéaliser ces formes-là, mais dire qu’elles sont possibles, belles et que ça demande beaucoup d’amour.

Dans « Tout nu dans la neige », vous évoquez votre grand-père décédé. Il était un pilier pour vous ?

Mon grand-père m’a transmis le goût du travail, de l’intérêt pour l’autre, de la discrétion. Il était tout en humilité. Il m’a montré un beau cap. Dans notre vie à tous, quand on vit des choses, il y a des gens qui ne sont plus là pour en être témoins et ça nous attriste. Mon grand-père, j’aurais bien aimé qu’il me voie en concert, qu’il vive tout ça avec moi.

En réaction à quoi ou à qui avez vous écrit « Les imbéciles » ?

(Il rit) C’est plutôt que j’ai le sentiment de ne pas me reconnaître dans le monde qu’on nous propose. C’est-à-dire que je ne considère pas que pour me déplacer, il faut que je prenne Uber, que pour rencontrer, il faut que je prenne Tinder, que pour être heureux, il faut que je gagne beaucoup d’argent, qu’être connu est un accomplissement… Ce n’est pas ma vision de la vie. Parfois, je me sens minoritaire alors qu’en réalité on est une majorité silencieuse à considérer qu’on place les chansons au-dessus de ce qu’elles nous rapportent financièrement, qu’on aime bien l’idée de construire une famille, même si on la recompose, comme moi, qu’on réfléchit sur le long terme plutôt que sur le court terme. Je voulais dire que je ne me reconnaissais pas dans tout ce que ma génération a à proposer.

Vous faites partie de ceux qui estiment que « c’était mieux avant » ?

Non, pas du tout. Je suis plutôt du genre à dire que ce sera mieux après. Je suis plein d’espoir. Je crois beaucoup à l’après. Je suis plutôt critique de la génération d’avant mais je dois reconnaître que la mienne n’est pas spécialement plus brillante (il rit). On nous explique qu’il faut gagner beaucoup d’argent pour être heureux, qu’il faut penser à soi, qu’il y a la droite et la gauche… Ça aussi c’est un truc qui me pose beaucoup question. On m’a élevé avec l’idée qu’on ne parlait plus de ça mais de valeurs : que le travail n’est pas forcément une valeur de droite et la solidarité pas forcément une valeur de gauche. Je voyais ça comme ça et, en fait, j’étais à la ramasse parce que maintenant, mes copains se définissent comme de droite ou de gauche, ils disent comme leurs parents. Aujourd’hui, on n’a pas forcément plus de libertés mais davantage de possibilités.

Porter, dans vos chansons, un discours fédérateur alors que l’époque est très clivée, vous le voyez comme une mission ou vous tracez votre chemin en disant « M’écoute qui voudra » ?

Je pense que la clé, c’est la nuance. A partir du moment où on commencera à ne pas mettre tous les hommes dans le même sac pour des questions féministes, à ne pas mettre tous les flics dans le même sac pour des questions de racisme, à pouvoir nuancer et discuter des choses, on aura fait le chemin. Je comprends qu’il faut être catégorique et tranché aujourd’hui pour donner le sentiment d’être engagé. Mais être engagé, c’est aussi réfléchir, être nuancé. Il y a plein de super intervenants qui parfois nuancent, réfléchissent. J’aime bien, même si je ne suis pas toujours d’accord eux. Là, comme ça, je pense à Raphaël Enthoven, à Eric Naulleau… Il y a des mecs qui sont là pour faire avancer les choses. Ça, c’est une chance, c’est le début de l’unité. Le fait de considérer qu’on appartient à un camp, je déteste ça. Je ne veux pas être « le camp des hommes », « le camp des blancs », « le camp des Français blancs ». Je trouve tellement triste quand on se définit de cette manière. Je n’aimerais pas qu’on soit dans un truc de communautés. Cela peut être un réflexe quand ça se déchire, mais il faut essayer d’éviter ça. Je ne me définis pas comme un mec blanc de Paris Ouest.

Vous êtes vous parfois senti victime de préjugés, d’a priori, par rapport au fait de vous dire catholique ?

Non. Ma croyance me regarde. Je n’encourage personne à croire. Ce n’est pas une opinion, c’est un parcours. C’est mon chemin et ça ne regarde réellement que moi. Je suis toujours heureux de répondre si on m’en parle, mais c’est de l’ordre de l’intime. Les gens ont des sensibilités propres à eux-mêmes, ils ont des croyances, s’ils ne croient pas en Dieu, ils croient en d’autres choses. On a tous notre truc. Je ne vais pas me plaindre de croire en quelque chose, d’autant plus que je ne me résume pas à ça. Je pense être un être complexe, comme tous les humains.

Dans « Mode », vous parlez de votre défiance par rapport à ce qui est censé être à la mode. Vous ne vous sentez pas à la mode ?

J’ai pu me sentir (il réfléchit) écouté, mais à la mode… Moi, je parle de ce qui est tendance, je suis conscient de ne pas faire le genre musical majeur aujourd’hui. Esthétiquement, je ne pense pas être supra-inspirant, ce n’est pas mon truc. Et en termes de mouvements de pensée, il y a des modes. Aujourd’hui, il y a celle de l’engagement. Si tu n’es pas catégorique, tu n’es pas dans le coup. C’est vrai que je ne me reconnais pas tout le temps dans tout. Je n’ai pas l’impression d’être un modèle de ce qui est tendance. Je ne le vis pas mal du tout, je n’exprime pas de rancœur dans ma chanson. Parfois, j’aimerais bien être plus à la mode, mais ça ne me va pas, je n’arrive pas à endosser ce rôle-là.

Etre coach de « The Voice », c’est être dans une émission à la mode…

Populaire.

Qu’est-ce qui vous a convaincu de dire oui pour la prochaine saison ?

Il y a un peu l’ironie… Que je me retrouve là-bas alors que je faisais les premières parties d’un des autres coachs [Florent Pagny] il y a cinq ans, je trouve ça chouette. J’ai mis quelques années à accepter, je ne m’y voyais pas, je n’avais pas l’expérience nécessaire. J’ai attendu d’avoir travaillé avec Bruel, Kendji, Gims, les Frangines, Black M et de constater que coacher est quelque chose que j’adorais faire. Je l’ai beaucoup fait en studio, est-ce que ça va me faire marrer autant à la télé ? Je pense que oui, alors j’y vais.

Vous avez écrit des chansons pour d’autres. Pour quelle personnalité aimeriez-vous écrire une chanson si tout était possible ?

Ce serait un interprète qui aurait besoin de moi… Il y en a aucun qui a besoin de moi. Je pense qu’il y a des grandes voix. Je dirais que j’aimerais écrire davantage pour Céline Dion, je lui ai déjà écrit une chanson [Ma force, en 2016], c’était chouette, passer du temps avec elle, c’est une immense joie. Donc je dirais Céline comme ça, mais je ne sais pas qui dire d’autre.

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse !

Si, il y a un gars… Dans le monde de la musique, c’est interdit de l’aimer, il y a une vraie bien pensance. C’est un vrai interprète, enfin, c’était, je ne sais pas comment il chante aujourd’hui… [Michel] Sardou, quel interprète ! Lui, s’il avait chanté mes mots, j’aurais été fou. Mais aujourd’hui, on n’a pas le droit de dire qu’on aime Sardou.

Il y a un retour de hype. Une comédie musicale autour de ses chansons est en préparation…

C’est ça ! Parce que les Français l’aiment. En interprète masculin français, il y avait Johnny et il y a lui.