Présidentielle américaine : « Prez » l’ado rebelle élue présidente des États-Unis… en 2036 (un peu de patience)

COMICS Publié aux États-Unis avant l’élection de Trump et cette rentrée en France, le comics « Prez » est une satire de la société américaine plus d’actualité que jamais (y a même une pandémie !)

Vincent Julé

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Le comics «Prez» raconte l'histoire d'une ado élue présidente des États-Unis grâce aux réseaux sociaux, ce qui est impossible (sûr ?)
Le comics «Prez» raconte l'histoire d'une ado élue présidente des États-Unis grâce aux réseaux sociaux, ce qui est impossible (sûr ?) — DC Comics / Urban Comics

« Votez Loki ! » C’était le message de Marvel lors des élections américaines de 2016, alors même que son PDG Ike Perlmutter soutenait Donal Trump à hauteur d’un million de dollars. Ce n’est bien sûr pas la première fois que les comics s’intéressent aux élections, ni aux présidents. Deadpool a ainsi déjà tué 31 présidents zombifiés, Captain America s’est battu contre Nixon et Reagan, les Clinton ont assisté aux funérailles de Superman, George W. Bush a passé la célèbre Loi de recensement des Sur-Hommes dans Civil War, et Barack Obama, et son vice-Président Joe Biden, sont apparus aux côtés de Spider-Man.

Beth Ross for President

Certains super-héros, ou super-vilains, sont devenus eux-mêmes présidents, à l’instar de Lex Luthor, Captain America et Howard the Duck. Ah non, lui a dû se retirer de la course à cause d’un scandale sexuel. En revanche, Beth Ross a bien été élue présidente des Etats-Unis. A 19 ans. Grâce à Twitter. C’est l’histoire, et dystopie, de Prez, comics de Mark Russell et Ben Caldwell édité par DC aux Etats-Unis en 2015, mais publié par Urban Comics en France cet automne. Et toujours d’actualité.

Nous sommes en 2036, à une semaine de l’élection présidentielle, et des puissants sont encore en train de choisir les « meilleurs » candidats, sous-entendus les plus faciles à manipuler. Ce sera Gary Farmer, « vraiment pas une flèche, mais un bon chrétien, ça ira », et Tom Downey, un politique vieille école qui pense spots TV et finit humilié chez des influenceurs. C’est alors que Beth Ross, simple serveuse dans un fast-food, devient un phénomène viral sur Twitter après avoir mis ses cheveux dans une friteuse. La « fille frite » est propulsée candidate malgré elle, et bientôt élue après une risible lutte de pouvoirs à la chambre des représentants.

Une satire de la société américaine à la « Idiocraty »

Une catastrophe pour la démocratie ? Pour l’ancien monde, oui, car « une présidente sur laquelle on n’a aucune prise, qui se moque d’être publiquement humiliée, c’est inacceptable ». Avec sa jeunesse, sa fraîcheur mais aussi ses doutes, Beth arrive comme un chien dans un jeu de quilles. Une de ses premières décisions ? Une tournée d’excuses à travers le monde après des années d’ingérence américaine. « Désolé pour les deux bombes atomiques, surtout la deuxième, franchement, c’était abusé », lâche-t-elle au Japon. Armes, pauvreté, consumérisme, spectacle politico-médiatique, corruption des élites, multinationales et même une épidémie (glurps)… Prez est une satire au vitriol de la société américaine, une société présentée comme futuriste, mais finalement pas tant que ça. On pense beaucoup à Idiocracy, le film prophétique de 2006 sur le « phénomène » devenu président Donald Trump.

« Ceci n’est pas une histoire vraie. Du moins, pas encore »

Dans son combat quotidien, peut-être perdu d’avance mais surtout arrêté après seulement 6 numéros sur les 12 prévus, Beth est épaulé par Preston Rickard, en fait le « Prez » original. Car le comics s’était déjà intéressé à un président ado, dès les années 1970, suite à l’abaissement du droit de vote à 18 ans. Choisi par le businessman Boss Smiley qui pensait le manipuler, le jeune blond et blanc Prez n’en fait qu’à sa tête et s’attaque à des problèmes, toujours contemporains, comme la pollution, le lobby des armes, une milice d’extrême droite mais aussi des vampires et des loups-garous (très contemporains donc).

Très courte, la série de Joe Simon n’en restera pas moins très influente sur l’univers DC, s’invitant dans Sandman de Neil Gaiman ou The Dark Knight Strickes Again de Frank Miller. Comme l’écrivait Joe Simon à l’époque : « Voici l’histoire de la personne la plus puissante du monde. Ce n’est pas un super-héros, mais un adolescent devenu président des Etats-Unis. Ceci n’est pas une histoire vraie. Du moins, pas encore. »