Marseille : « Djellaba Basket », de Philippe Pujol, filme un islam vivant, intégré et emprunt de culture urbaine

DOCUMENTAIRE Dans un nouvel opus sur Marseille, le réalisateur questionne les jeunes musulmans sur la manière dont ils vivent l’islam, en évacuant totalement la parole des femmes, parti pris totalement assumé

Caroline Delabroy
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Djellaba Basket, un film de Philippe Pujol
Djellaba Basket, un film de Philippe Pujol — Second Vague Producitons
  • Dans « Djellaba Basket », coréalisé par Philippe Pujol, de jeunes musulmans de Marseille et des imams livrent chacun leur vision de l’islam.
  • Le propos n’est pas de faire un film sur la religion mais sur l’islam comme phénomène de société à travers la génération djellaba-basket.
  • Le réalisateur assume le parti pris, qu’il reconnaît radical, de ne donner la parole à aucune femme musulmane.

Ils ponctuent leurs phrases d’un « wallah ». Parlent à tout-va de ce qui est « haram » ou « hallal », interdit ou autorisé par l’islam. « lls ont le bleu au front parce qu’ils prient et le joint à la main », écrit aussi d’eux Philippe Pujol dans La Fabrique du Monstre, une plongée dans les quartiers nord de Marseille qui évoquait déjà ces jeunes en « djellabas-baskets », selon sa formule. L’auteur-réalisateur a cette fois décidé de leur consacrer un documentaire, coréalisé avec Jean-Christophe Gaudry et diffusé le 26 octobre prochain sur France 3 Provence-Alpes-Côte-d'Azur, sous le titre Djellaba Basket.

Sur une musique d’Imhotep, le film attaque par quelques pas de break dance avant de passer successivement la parole à de jeunes musulmans, à l’imam Ismaël de la mosquée des Bleuets, l’un des plus écoutés de Marseille qui livre sur Facebook de nombreux conseils façon « SOS Islam », à l’imam d’une mosquée inclusive qui combat le tabou de l’homosexualité dans la religion, au responsable d’un collège et lycée confessionnel. Et aussi à Nassurdine Haïdari, ancien élu socialiste et ancien imam qui raconte, avec la justesse de ton qui le caractérise, son passé de salafiste repenti. Tous, ou presque, sont de la jeune génération, celle qui a été adolescente dans les années 1990. Ils racontent un islam loin des obscurantismes et ancré dans une culture urbaine.

La parole des femmes invisible

Pas de spécialiste de la religion, et encore moins de personnalités médiatiques : « Ce n’est pas un film sur l’islam en tant que religion mais sur l’islam dans nos quartiers populaires comme un phénomène de société », martèle Philippe Pujol. Une absence frappe cependant : l’absence totale de paroles de femmes ou sur les femmes. Une façon de les invisibiliser qui trouble dans un film qui s’attache à justement montrer la « diversité » de l’islam, à Marseille tout du moins. Ce choix radical est totalement assumé par Philippe Pujol : « Le voile hystérise le débat, le sujet aurait phagocyté tout le reste, cela mériterait des films entiers, plaide-t-il. Le sujet du film, c’est la jeunesse et l’islam ». « Avec la laïcité, ce sont les deux sujets absents, mais je ne voulais pas expliquer ce parti pris, je préfère le trouble que cela laisse que d’être trop didactique », ajoute-t-il.

Au fond, Philippe Pujol en revient à ce qu’il connaît bien, la description d’un système et la critique de l’abandon des quartiers populaires. « Entre le dealer et le salafiste, le premier qui les prêche les emporte », dit-il. Mais pas plus que la jeunesse marseillaise de ces quartiers se résume à la délinquance, leur « islam approximatif » ne les radicalise, selon Pujol : « Pour moi, à Marseille, l’islam radical ne prend pas. Il y a des îlots mais généralement ils ont une durée de vie courte, même si cela demande une très grande vigilance. »

« Le fort sentiment d’appartenance à cette ville fait que cela se passe peut-être mieux qu’ailleurs », esquisse aussi Jean-Christophe Gaudry. L’imam des Bleuets le reconnaît lui-même, la première identité qu’il a reçue de son père, « c’est d’être marseillais, c’est la pétanque, le ballon, la musique ». Le « besoin de prier » lui est venu ensuite. Dans sa mosquée, il procède au lavage rituel des victimes de règlements de compte. Une autre réalité marseillaise.