Bordeaux : Pour son exposition « Lignes », Julien Gachadoat s’est « laissé surprendre par la créativité de certains algorithmes »

ART NUMERIQUE Julien Gachadoat présente jusqu’au 17 octobre à Bordeaux, une partie de son travail autour de l’art numérique, des œuvres créées par algorithme sur un ordinateur

Mickaël Bosredon

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L'artiste bordelais Julien Gachadoat, présente jusqu'au 17 octobre son exposition lignes à la galerie Métavilla
L'artiste bordelais Julien Gachadoat, présente jusqu'au 17 octobre son exposition lignes à la galerie Métavilla — Benoit Cary
  • Les œuvres de Julien Gachadoat sont créées par ordinateur, sur la base d’un algorithme qu’il a pensé, puis imprimées au crayon par le biais d’un traceur.
  • Ces œuvres « font appel à des notions de rythme, de régularité », explique l’artiste bordelais.
  • Pour chacun de ces dessins, Julien Gachadoat apporte des variations pour ainsi créer des œuvres uniques.

L’algorithmie peut-elle être un art ? Il suffit d’aller contempler les œuvres de l’artiste bordelais Julien Gachadoat, qui présente jusqu’au 17 octobre son exposition Lignes à la galerie Métavilla à Bordeaux, pour finir de s’en convaincre.

Profondeur de carrés qui se multiplient, rythme ondulatoire de sinusoïdes, amplitude irrégulière de rayures… L'art numérique, ou art algorithmique, a un côté hypnotique. Donne parfois l’impression de vous aspirer. Toutes ces œuvres ont été créées par ordinateur, basées sur des algorithmes pensés par Julien Gachadoat. Elles sont ensuite imprimées au crayon, par le biais d’un traceur (Axidraw).

« Ce n’est pas un art revendicatif, mais purement esthétique »

« On me demande souvent, qui de l’ordinateur ou de moi est l’artiste ? » plaisante le Bordelais. « Evidemment, je considère que c’est moi, même si je n’utilise pas le pinceau, ni la peinture, mais ma capacité à combiner. C’est là que le mot artiste prend son sens, car on se sert de ses influences pour produire des formes qui touchent un public. Cela fait appel à des notions de rythmes, de régularité, avec une subtilité dans le fait de les briser, c’est ce qui interpelle l’œil. Ce n’est pas un art revendicatif, mais purement esthétique. »

Dans son exposition Lignes, l'artiste bordelais Julien Gachadoat montre ses oeuvres d'art créées par algorithmes
Dans son exposition Lignes, l'artiste bordelais Julien Gachadoat montre ses oeuvres d'art créées par algorithmes - Benoit Cary

Son algorithme de subdivision peut ainsi lui permettre de créer un carré, puis de le couper en deux, et répéter ce processus un certain nombre de fois, avec une décision « qui va se faire de manière aléatoire ou non ». Si Julien Gachadoat « pense plus au processus qu’au résultat final », et n’a « qu’une vague idée de ce que sera l’œuvre à l’arrivée », c’est bien son œil d’artiste qui effectue la sélection des œuvres « réussies ».

« Chaque dessin n’est imprimé qu’en un seul exemplaire »

« Chaque dessin n’est imprimé qu’en un seul exemplaire, insiste-t-il également. J’essaie pour chacun d’eux d’amener une nouveauté, des variations, je mélange des ingrédients jusqu’à ce que ça me plaise, et souvent je me laisse surprendre par la créativité de certains algorithmes. Au final, si je voulais recréer ces œuvres, j’en serais incapable, car comme au Loto je génère une séquence de nombres qui ne pourraient être reproduits qu’une fois sur dix ou cent milliards. »

Les oeuvres d'art de Julien Gachadoat, sont créées grâce à des algorithmes sur ordinateur, et imprimées au crayon grâce à un traceur.
Les oeuvres d'art de Julien Gachadoat, sont créées grâce à des algorithmes sur ordinateur, et imprimées au crayon grâce à un traceur. - Benoit Cary

L’art numérique, c’est donc simple et complexe à la fois. Complexe, parce qu’il faut savoir programmer, évidemment, entrer des lignes et des lignes de code. Simple, parce que l’on peut « réutiliser ce que l’on a déjà programmé », et qu’il « suffit de rajouter une seule ligne à l’ordinateur, pour lui dire par exemple que l’on veut créer des formes à l’intérieur d’un cercle ou rajouter des rayures » et ainsi générer une nouvelle œuvre. « Le geste de programmation algorithmique devient de plus en plus fluide, aisé, au fur et à mesure que l’on pratique », résume-t-il. Un peu comme une activité artistique plus traditionnelle…

« Laisser une trace »

L’art numérique a démarré dans les années 1950, lorsque des artistes-ingénieurs ont commencé à utiliser l’ordinateur pour produire des dessins. S’il « peut être raccroché à certains mouvements abstraits comme l’Op Art (ou art optique), c’est donc une forme qui est réellement apparue avec l’avènement des machines, explique l’artiste bordelais. Et comme le dit  Vera Molnàr [précurseuse de l’art numérique], l’ordinateur est un exécutant hors pair : on lui instruit des opérations qu’il va effectuer de manière très rapide, ce qui va générer énormément de formes, que l’on ne pourrait pas faire en peinture. »

Julien Gachadoat a été dès l’enfance « fasciné » par les ordinateurs, lorsque son père a ramené à la maison le fameux Thomson TO7, au milieu des années 1980. Mais quand vous, vous vous en serviez pour jouer à Pac-Man, lui a voulu d’emblée « créer des jeux et donc apprendre le Basic ». Accro aux lignes de code, il n’a eu toutefois « le déclic » pour l’art numérique qu’il y a cinq ans environ, lorsqu’il a acquis son tout premier traceur.

Si le but de Julien Gachadoat avec ces œuvres est de « laisser une trace », il avoue aussi prendre « beaucoup de plaisir » à s’amuser avec l’ordinateur. A tel point, qu’il a poussé le vice de générer le positionnement de la cinquantaine d’œuvres accrochées à la galerie Métavilla, par algorithme également.