Disparition de Juliette Gréco : Née à Montpellier, l'idole gardait le souvenir « du parfum des glaces du Peyrou »

DISPARITION La muse de Saint-Germain-des-Prés est née dans un immeuble du quartier des Arceaux

Nicolas Bonzom
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Juliette Gréco, avec sa médaille d'honneur de la ville de Montpellier, en 2012
Juliette Gréco, avec sa médaille d'honneur de la ville de Montpellier, en 2012 — ALAIN ROBERT/APERCU/SIPA
  • Juliette Gréco est née et a grandi jusqu’à ses 3 ans au 2, rue Doria, à Montpellier.
  • Elle n’y est jamais revenue, jusqu’en 2012, où une plaque a été dévoilée à cet endroit.
  • Le maire de Montpellier a promis qu’un lieu allait être baptisé en son honneur.

De ces jeunes années à Montpellier (Hérault), où son père, commissaire de police, était affecté, Juliette Gréco gardait « une image très poétique ». L'idole de Saint-Germain-des-Prés, décédée mercredi à l’âge de 93 ans, a vu le jour un matin d’hiver, en 1927, au 2, de la rue Doria. Le médecin avait annoncé à sa mère qu’elle était un garçon, avant de se reprendre, aimait-elle raconter. Dans cet immeuble des Arceaux, elle a vécu jusqu’à son troisième anniversaire, avec sa mère et sa sœur, Charlotte.

« De notre maison, je ne me souviens que d’un grand couloir sombre, avait confié l’artiste, en 2012, à 20 Minutes. Nous nous promenions très souvent dans les jardins du Peyrou avec ma mère. Lorsque j’étais petite, je trouvais là une atmosphère magique, de conte de fées… Quelque chose de très beau, comme si c’était un rêve. J’ai aussi le souvenir des jeux avec les autres enfants et du parfum des glaces que l’on y mangeait. »

« Elle était très émue »

Jamais elle n’était revenue rue Doria, jusqu’à ce jour d’octobre 2012, où la ville de Montpellier l’avait faite citoyenne d’honneur. Au bras de son mari, le pianiste Gérard Jouannest, décédé en 2018, elle avait dévoilé une plaque, sur la façade de l’immeuble qui l’a vu grandir. « Il a tout de même fallu qu’elle ait 85 ans pour que Montpellier lui rende hommage, confie Talaat El Singaby, le directeur des Internationales de la guitare, qu’elle clôturait, cette année-là. Elle était très émue. Mais elle a dit quelque chose de très espiègle : "Je suis née à Montpellier, mais je suis venue au monde à Paris". »

Juliette Gréco, devant l'immeuble où elle est née, à Montpellier, en 2012
Juliette Gréco, devant l'immeuble où elle est née, à Montpellier, en 2012 - N. Bonzom / Maxele Presse

Si on l’a, en effet, plus vue au café de Flore que sur la place de la Comédie, sa médaille de la ville de Montpellier, Juliette Gréco l’avait brandie, fièrement, devant une nuée de photographes. « Cette distinction signifie beaucoup pour moi, Montpellier est une ville chargée d’histoire, qui a nourri les ambitions résistantes de Jean Moulin, avait confié la chanteuse et comédienne. C’est une ville jeune et pleine d’espoir. Tout ce que j’aime. »

« Elle a fait un concert mémorable »

Le soir même, dans un Opéra Berlioz plein à craquer depuis des semaines, Juliette Gréco avait chanté La môme, Déshabillez-moi ou La Javanaise. « Elle a fait un concert mémorable de 100 minutes, sans entracte, sans prendre une seule gorgée d’eau, avec une énergie qui avait transporté le public, reprend Talaat El Singaby. C’était invraisemblable. Elle n’a jamais vieilli, elle était jeune, moderne. »

En souvenir de « la très grande artiste qu’elle a été », le maire de Montpellier Michaël Delafosse (PS) a promis mercredi de donner le nom de Juliette Gréco, prochainement, à « un lieu culturel de la ville ». « Nous disons adieu à la muse de Saint-Germain-des-Prés mais aussi à une des enfants les plus célèbres de Montpellier », note l’élu.