On a vu la classe du futur et une chose est sûre, l’école d’aujourd’hui a tout faux

PEDAGOGIE Un prototype de classe virtuelle et connectée a été développé par Pixminds et le Liris (Laboratoire d’InfoRmatique en Image et Systèmes d’information)

Laure Beaudonnet

— 

La classe du futur développée par Pixminds, Liris et Inseec U
La classe du futur développée par Pixminds, Liris et Inseec U — PIXMINDS
  • Un premier prototype de classe du futur a été développé à Chambéry.
  • L’occasion de réfléchir à l’école de demain et les pédagogies souhaitables.
  • Qu’on se le dise, le futur sera collaboratif et non compétitif.

Va-t-on bientôt dire « peut mieux faire » au schéma classique de la salle de classe qui repose sur une brochette d’élèves assis dans le silence à écouter parler le prof pendant une heure ? Le futur est en train de repenser la classe et, avec elle, le système d’apprentissage. Un prototype de classe virtuelle et connectée, développé par Pixminds et le Liris, a d’ailleurs fait sa rentrée à Chambéry.

Alors que We Demain et Franceinfo organisent l’événement « Et si on changeait l’école », le 24 septembre, 20 Minutes voyage dans l’avenir pour explorer les nouvelles façons d’apprendre. On peut déjà tirer un trait sur l’apprentissage pyramidal fondé sur la compétition et l’humiliation et c’est une bonne nouvelle.

« On construit une connaissance commune »

La classe développée par Pixminds et le Liris, installée dans l’école de commerce Inseec U, pose les jalons de ce vers quoi pourrait tendre l’apprentissage des jeunes adultes et des enfants dans les années à venir. Une salle de 100 m2 dotée d’un écran géant interactif qui se répand sur plusieurs murs.

Outre sa technologie, elle permet de faire travailler les élèves par petits groupes, d’interagir en direct avec son enseignant et d’adapter les façons de travailler en temps réel. Développée avant le déferlement de la pandémie du coronavirus, cette classe a été repensée pour répondre aux enjeux sanitaires. Pixminds fournit la technologie de l’écran et le laboratoire lyonnais Liris, spécialisé dans le développement de scénarios pédagogiques, met au point la partie logicielle qui permet un système de partage fluide des informations entre élèves et professeur.

« Les étudiants vont pouvoir suivre le cours à distance sur une plateforme comme Twitch ou YouTube grâce à des caméras disposées à plusieurs endroits de la classe », explique Léo Giorgis, associé de Pixminds. Sur le même principe qu’en présentiel, l’étudiant est intégré à la salle grâce à son téléphone ou sa tablette. « Il y aura des smileys qui indiqueront son état d’esprit, s’il décroche ou non », explique-t-il. « L’élève réfléchit à l’exercice sur sa tablette, il peut partager ses réflexions en envoyant une photo de ce qu’il a réalisé et cela apparaît directement sur le mur interactif, explique Jean-Charles Marty, enseignant-chercheur à l’Université de Savoie et chercheur au Liris. On construit une connaissance commune au groupe qui fait qu’on va avancer tous ensemble ».

Coopération, créativité, compassion…

Et cette classe ne vient pas du futur pour rien. Elle met en valeur un certain nombre des compétences du XXIe siècle décrites par François Taddei, cofondateur et directeur du Centre de Recherches Interdisciplinaires (CRI) : coopération, créativité, communication, critique constructive et compassion. « La classe de demain invitera les élèves à coopérer sur des problèmes ouverts qu’ils auront au moins en partie choisis, prévoit ce dernier. « On a tous vécu un défi important face au Covid-19 et aujourd’hui, la question c’est : est-ce qu’on saura faire collectivement face à des nouvelles crises ? »

Et les outils technologiques, comme les jeux vidéo, peuvent accentuer cet esprit collaboratif en troquant par la même occasion la sanction contre la récompense. « C’est l’immersion maximale, décrit Jean-Charles Marty. L’enseignant devient maître du jeu et essaye de faire avancer les élèves ou les groupes en fonction de leurs compétences ». A chaque nouvel apprentissage, une nouvelle compétence est débloquée. Elle apparaît sur le profil de l’élève, comme les pièces d’or que Super Mario récupère dans le jeu de Super Nintendo (oui, chacun ses références). Lorsqu’un élève est en difficulté, il va se tourner vers l’un de ses camarades qui a acquis la compétence dont il a besoin pour avancer dans le jeu. « L’intérêt, c’est de ne pas envoyer quelqu’un dans le mur, on s’assure de son niveau avant de lui proposer une nouvelle activité », poursuit le chercheur.

Bien sûr, toute innovation pédagogique comporte des limites et le jeu vidéo ne déroge pas à la règle. « Certaines personnes ont de très bons scores dans le jeu, mais elles n’arrivent pas à appliquer les compétences dans la vraie vie, observe Jean-Charles Marty. Elles ont une sorte de cloison mentale. » Et la collaboration arrive à nouveau en sauveuse. L’une des façons de résoudre ce problème de transfert des connaissances dans la réalité est le débrief. A chaque nouvel acquis, les élèves prennent le temps de discuter ensemble et cette prise de recul permet de consolider le savoir.

L’école la plus novatrice du monde… en Haïti

On vous voit déjà nous envoyer l’argument de la fracture numérique au visage, et vous auriez raison. Tout le monde n’a pas accès aux outils technologiques pour suivre à distance -la période du confinement l’a montré- ou pour utiliser l’application de Liris pour travailler dans la classe du futur. Mais cette philosophie peut être mise en place sans aucun outil numérique.

L’école haïtienne Catts Pressoir est un bon exemple de cette façon d’envisager la pédagogie. Elle a reçu le prix « Le défi de réinventer l’apprentissage » par la Fondation Lego pour sa façon d’amener les enfants à mettre en pratique leurs savoirs pour relever les défis de la société : refaire la signalisation d’un quartier, travailler sur le problème des tremblements de terre. « L’idée est de faire des allers et retours entre le think and do : je réfléchis, j’agis et je rétroagis. Cet aller et retour entre ce que j’essaie de faire et ce que je réussis à faire, c’est comme cela qu’on a appris à marcher », insiste François Taddei pour qui on ne peut faire face aux crises que collectivement.

Dans le futur, les élèves ne s’affronteront pas, mais collaboreront pour tenter de répondre aux enjeux de la société. Qu’est-ce qu’on a attendu pour le faire ?