« Mignonnes » : La droite américaine se mobilise contre le film, les réalisateurs français contre-attaquent

VERSUS Aux Etats-Unis, le film « Mignonnes » suscite l’ire des conservateurs, tandis qu’en France le monde du cinéma, le gouvernement et des militantes féministes s’activent pour défendre le film

A.L. avec AFP

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Affiche du film Mignonnes
Affiche du film Mignonnes — Bac Films
  • Mignonnes, de Maïmouna Doucouré, suscite des appels au boycott aux Etats-Unis, de la part de la frange conservatrice américaine. Les désabonnements à Netflix, la plateforme sur laquelle le film est diffusé, se sont multipliés.
  • L’appel au boycott du film français Mignonnes sur Netflix aux Etats-Unis est « une grave attaque contre la liberté de création », juge la société civile des Auteurs Réalisateurs Producteurs, présidée par Claude Lelouch et Pierre Jolivet.
  • « Regardez le film et vous comprendrez que nous menons le même combat », réplique la réalisatrice Maïmouna Doucouré.

C’est une bataille qui fait rage, et qui oppose deux rives de l’Atlantique, deux visions opposées d’un même film : Mignonnes, de Maïmouna Doucouré. Aux Etats-Unis, le film est accusé d’hypersexualiser les enfants ; en France, des réalisateurs français dénoncent « une attaque contre la liberté de création ».

De l’autre côté de l’océan, plusieurs républicains locaux ont relayé la semaine dernière l’appel au boycott de Netflix, la plateforme de films sur laquelle il est diffusé. Le sénateur Ted Cruz, qui n’a pas vu le film, a appelé le ministère de la Justice à enquêter sur de possibles infractions aux lois protégeant les mineurs. L’élu à la Chambre des représentants Jim Banks a estimé, sur la chaîne Fox News, que « Netflix devrait être poursuivi » en justice.

« Indispensable liberté d’expression »

Dans l’Hexagone, la société civile des Auteurs Réalisateurs Producteurs, présidée par Claude Lelouch et Pierre Jolivet, a répliqué. L’appel au boycott du film français Mignonnes sur Netflix aux Etats-Unis est « une grave attaque contre la liberté de création », a jugé mardi l’ARP.

« Ce film produit en France, puis acheté par Netflix pour sa diffusion aux Etats-Unis, est emblématique de l’indispensable liberté d’expression dont le cinéma, dans toute sa diversité, a besoin pour aborder des sujets dérangeants, donc nécessaires à l’exercice de la démocratie », a estimé l’ARP (Auteurs, Réalisateurs, Producteurs) dans un communiqué.

Soutien du gouvernement

De nombreuses actrices, réalisatrices, militantes féministes et journalistes ont soutenu le film. Maïmouna Doucouré dit aussi avoir reçu un « soutien extraordinaire » du gouvernement français qui envisage d’utiliser Mignonnes comme un support pédagogique. Elisabeth Moreno, ministre déléguée chargée notamment de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a applaudi « un film poignant et pédagogique ».

Mignonnes évoque l’histoire d’Amy, Parisienne de 11 ans qui intègre un groupe de danse formé par trois autres filles de son quartier, dont les chorégraphies sont parfois suggestives, à l’instar de celles de beaucoup de stars de la pop actuelle.

« Regardez le film et vous comprendrez »

L’intention de la réalisatrice est sans équivoque possible : dénoncer l’hypersexualisation. Elle dénonce dans toutes ses interviews le « danger » que représentent les réseaux sociaux pour des petites filles attirées par les modèles de femmes hypersexualisés qu’on leur propose, et parce que le système de « likes » et les algorithmes de ces applications encouragent ce phénomène.

« Regardez le film et vous comprendrez que nous menons le même combat », a réagi lundi la réalisatrice Maïmouna Doucouré lors d’une table ronde virtuelle organisée par UniFrance. La réalisatrice dit avoir reçu de « nombreuses menaces de mort » et souligne que les personnes qui la ciblaient « n’avaient pas vu le film ».

Désabonnements

Mais selon le cabinet YipitData, les désabonnements à Netflix ont augmenté après la mise en ligne de Mignonnes et atteint, samedi, huit fois la moyenne quotidienne enregistrée en août. Une première vague de critiques, en août, avait amené Netflix à retirer un visuel utilisé pour promouvoir le film, sorti sous le titre « Cuties ».

Au sein du parti démocrate, seule l’ancienne candidate à la primaire présidentielle Tulsi Gabbard a pris position, contre le film, qui « aiguise l’appétit des pédophiles », selon elle.

En filigrane, des sympathisants d’extrême-droite ont lié l’affaire à QAnon, théorie complotiste qui veut notamment que des personnalités, de gauche pour la plupart, aient organisé un vaste réseau pédophile, que Donald Trump aurait pour mission de démanteler.