L'événement «Spy X Family», des «Tokyo Girls» irrésistibles, de la fantasy partout... Le manga dans tous ses états

RENTREE BD A l’instar de la littérature, le manga profite de la rentrée pour sortir l’artillerie lourde, du nouveau phénomène shônen aux (ré) éditions d’œuvres cultes

Vincent Julé

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« Spy X Family » et « Tokyo Tarareba Girls », deux exemples de la richesse de la rentrée manga 2020
« Spy X Family » et « Tokyo Tarareba Girls », deux exemples de la richesse de la rentrée manga 2020 — 2019 by Tatsuya Endo / SHUEISHA Inc. - 2014 Akiko Higashimura by Kodansha ltd.

Déjà qu’en temps normal, la rentrée manga est chargée, mais avec la crise sanitaire, la fermeture et heureusement réouverture des librairies et en conséquence le report de nombreuses et grosses sorties, le marché frôle la saturation en ce mois de septembre​.

Comme de plus en plus en souvent d’ailleurs, le lecteur ou lectrice aficionados ne s’en plaindra pas, mais il va falloir faire le tri, prioriser les achats, entre les événements (le shônen Spy X Family), les confirmations (la mangaka Akiko Higashimura), le tout-venant fantastique (démons, araignées, super-héros…) et le travail éditorial autour d’auteurs et autrices ( Rumiko Takahashi, Naoki Urasawa) ou de collections, comme autant de nouvelles portes d’entrée dans un univers manga toujours plus riche.

L’événement shônen « Spy X Family »

C’est l’événement manga de la rentrée. Et qui dit événement manga, dit le plus souvent événement shônen. Avec la fin de Demon Slayer en pleine gloire et l'annulation d'Act-Age suite à l’arrestation de son auteur, la bataille du shônen est relancé, et Spy X Family est un sérieux prétendant au trône. Succès du moment au Japon et au cœur d’enchères en France (c’est l’éditeur Kurokawa qui l’a emporté), ce titre de Tatsuya Endo, disponible ce jeudi, met en scène Twilight, le plus grand espion du monde, qui pour sa nouvelle mission doit créer une famille de toutes pièces.

Il adopte ainsi une petite fille, Anya, et épouse la timide Yor, sans se douter qu’elles sont respectivement télépathe et tueuse à gages. Un postulat à Mr. & Mrs. Smith et La Totale, avec son lot de missions, de quiproquos et bien sûr d’esprit de famille. Le premier volume, d’exposition, n’a rien de révolutionnaire mais se révèle prometteur pour la suite… Bond, mon chien est Bond !

De la fantasy en veux-tu en voilà

Ce n’est pas nouveau, les fans de fantasy en tous genres ont de quoi faire avec la production manga. A chaque mois, ses nouveaux titres, ses nombreuses suites. Mais cette rentrée est particulièrement force de propositions, comme la plus originale, So I’m a Spider, So What ? (Pika), qui voit une lycéenne se réincarner en petite araignée dans un univers hostile. Du pur isekai, un genre à part entière où des personnages se voient projetés ou piégés dans un univers parallèle, ici, proche d’un jeu vidéo.

Plus traditionnels, Alpi the Soul Sender (Ki-oon), Magnum Opus (H2T), Les Chroniques d’Azfaréo (Akata), Iruma à l’école des démons (nobi nobi) invoquent esprits divins, démons, dragons, magie… avec parfois ce petit pas de côté qui fait la différence, comme Cutious Hero (Doki Doki) et son héros très très (trop ?) prudent.

Akiko Higashimura et ses « Tokyo Tarareba Girls »

Déjà bien connue pour son trait puissant et ses personnages féminins qui le sont tout autant (des otakus de Princess Jellyfish à la samourai du Tigre des neiges, primé à Angoulême), la mangaka Akiko Higashimura connaît une double actualité en cette rentrée littéraire. Tokyo Tarareba Girls (Lézard Noir) est un portrait enlevé et irrésistible de trentenaires célibataires à Tokyo, et par extension de la société japonaise, tandis que Trait pour trait, dessine et tais-toi (Akata) est une autobiographie romancée mais redoutable sur ses débuts de dessinatrice, alors persuadée de son génie et qu’un professeur d’arts va ramener à la réalité, au travail, au sacrifice. Une double lecture incontournable.

« Life », ou la vie d’adulte racontée en mangas

L’Oeuvre d’Akiko Higashimura offre une transition parfaite pour évoquer la collection « Life » des éditions Kana. L’initiative est intéressante. L’offre manga est telle en France, qu’un travail éditorial nouveau, transversal, au-delà de la traditionnelle classification shônen/shôjo/seinen, est le bienvenu. Partant de ce constat, la collection « Life » propose d’explorer les différents aspects de la vie d’adulte, l’amour, le travail, la famille, les collègues… avec différents points de vue. Just Not Married de Kinoko Higurashi raconte ainsi le quotidien d’un couple de 10 ans, et la pression sociale qu’ils subissent pour se marier, selon leurs deux points de vue, d’un chapitre à l’autre.

First job, New Life de Yoko Nemu explore les premiers pas d’une jeune femme en entreprise, et Cigarette and Cherry de Daishiro Kawakami les maladresses du jeu de la séduction. Ce dernier titre sera disponible le 18 septembre prochain, les autres sont déjà en librairie, et on attend avec impatience & – and –, qui signe le retour de Mari Okazaki, la reine des sentiments à fleur de peau (Complément affectif, Shibuya Love Hotel). A noter que l’éditeur Delcourt/Tonkam propose également une éditorialisation de son catalogue avec la collection « Moon Light » et des titres tout en émotions (Derrière le ciel gris, Parasites amoureux, Le Prix du reste de ma vie…).

Rumiko Takahashi et Naoki Urasawa, deux légendes à l’honneur

Plus besoin de les présenter. Rumiko Takahashi et Naoki Urasawa sont deux légendes du manga, honorées au festival d’Angoulême et bien représentées en librairie. En effet, toutes leurs œuvres sont disponibles en français. Toutes ou presque. Le travail d’édition, et de réédition, de Rumiko Takahashi jouit à n’en pas douter de son Grand Prix à Angoulême en 2019, avec, après Ranma 1/2 et Lamu, la Perfect Edition de son chef d’oeuvre Maison Ikkoku alias Juliette, je t’aime (Delcourt/Tonkam) et la nouveauté Mao (Glénat), pas si « nouvelle » puisque l’autrice reprend sa formule à succès, un peu en pilotage automatique. La « reine du manga » a même le droit le 18 septembre à une biographie signée Pauline Croquet aux éditions Pix'N Love.

Naoki Urasawa fait aussi ce qu’il sait mieux le faire actuellement avec Asadora, un nouveau thriller puzzle à la 20th Century Boys (bientôt réédité chez Panini), mais Kana comble un gros manque en éditant – enfin – Yawara !, du nom de son héroïne future championne de judo et la série qui l’a révélé au Japon. Entre le manga de sport et la comédie romantique, le mangaka déjoue les attentes du public d’alors, les années 1980, et s’impose comme un roi de la narration, du suspense. La preuve également avec le recueil d’histoires courtes Atchoum !, toujours chez Kana, et lui aussi le 25 septembre.