Trinity The Tuck, star de « RuPaul’s Drag Race », veut « aider d’autres drag-queens à réussir »

SHOW EN LIGNE La gagnante de la quatrième saison « All Stars » de « RuPaul’s Drag Race » présente depuis début août « Love for the Arts » sur Twitch. Elle s’est entretenue avec « 20 Minutes »

Fabien Randanne

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Trinity The Tuck, en décembre 2018.
Trinity The Tuck, en décembre 2018. — Mike Coppola / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
  • Trinity The Tuck est une drag-queen, incarnée par Ryan Taylor, 35 ans, connue pour sa participation à RuPaul’s Drag Race dont elle a remporté la quatrième édition « All Stars ».
  • Depuis début août, elle anime chaque mardi (à 1h30 dans la nuit du mardi au mercredi, heure de Paris) sur Twitch, Love for the Arts, une compétition de drag-queens.
  • L’artiste a accordé un entretien à 20 Minutes. L’occasion d’évoquer son parcours et la vision de l’évolution de la scène drag.

Trinity The Tuck est l’une des drag-queens les plus célèbres. Une notoriété due à ses performances dans RuPaul’s Drag Race, la compétition américaine de drag-queens passionnant un public toujours plus large depuis sa mise en ligne sur Netflix.

En 2017, Trinity The Tuck était dans le carré finale de la neuvième saison. Un an plus tard, elle remportait – ex aequo avec Monét X Change – la quatrième édition All Stars, réunissant une poignée d’ex-candidates emblématiques.

A 35 ans – dont la moitié passée à incarner son personnage glamour sur scène – celle qui, à la ville, se nomme Ryan Taylor, n’a pas l’intention de jouer les reines cramponnées à leur gloire, craignant d’être détrônées par d’autres. « Une personne qui réussit peut aider les autres à réussir à leur tour », affirme-t-elle à 20 Minutes.

« Je sais le travail qu’il faut fournir pour se faire un nom »

Dont acte. Depuis le 4 août, elle présente sur TwitchLove for the Arts, un concours de drag-queens auquel prend part une dizaine de candidates. « C’est important de donner une plate-forme d’expression aux personnes qui ne l’ont pas encore. J’ai été longtemps une artiste drag locale, je sais les efforts, le travail qu’il faut fournir pour se faire un nom », confie-t-elle.

Spécificité de Love for the Arts, les participantes, sont originaires des Etats-Unis, du Mexique, de Colombie, du Guatemala ou de Grande-Bretagne. Elles ne sont pas réunies sur un même plateau mais tournent leurs performances chacune chez elles. Un dispositif apparu durant le confinement, au printemps. De nombreuses drag-queens, de New York à Paris ou Canberra, faute de pouvoir se produire dans les bars et les clubs, se sont repliées sur les directs via Instagram ou Facebook.

« On doit trouver de nouvelles manières de divertir le public et de l’atteindre. C’est une expérience différente et profitable : une fois la crise sanitaire passée, je veux continuer à faire du virtuel », assure Trinity The Tuck qui voit dans ces outils un moyen d’être vue par un public n’ayant pas l’opportunité d’aller l’applaudir sur scène pour des raisons géographiques ou économiques.

« Le drag n’est pas réservé aux hommes cis et gays »

En près de dix-huit ans de carrière, Trinity a vu le monde du drag « beaucoup changer ». Elle a fait ses premiers pas sur scène à l’âge de 18 ans, dans une petite ville de l’Alabama d’où elle est originaire. « Toutes les drags étaient les mêmes et faisaient ce qu’elles considéraient être du transformisme, c’est-à-dire qu’elles tentaient d’être le plus réaliste possible dans l’incarnation féminine. Par la suite, j’ai découvert plein d’autres artistes et constaté qu’il y a plusieurs styles de drags. »

Elle poursuit : « Aujourd’hui, on peut faire du drag sur Twitch, Youtube, Instagram et devenir célèbre en ligne. Je trouve ça bien. Cela aide notre art à avancer. Avec le temps, les gens se rendent compte que le drag n’est pas réservé aux hommes cis [non trans] et gays. C’est pour tout le monde : les femmes cis, les personnes trans – qui sont sur la scène drag depuis le début. »

Ces dernières années, le public international a l’occasion de se familiariser avec ce qui était à l’origine un pan de la contre-culture LGBT [lesbienne, gay bi et trans]. En plus de RuPaul’s Drag Race qui vient d’officialiser le lancement de sa treizième saison américaine et a vu son concept être décliné en Thaïlande, au Royaume-Uni, au Canada et aux Pays-Bas, il faut aussi compter avec Dragula, Celebrity Drag Race et donc, Love For The Arts. Et encore, on ne liste ici que des concepts d’émissions s’appuyant sur une compétition. N’y a-t-il pas un risque de saturation ? « Non, répond sans hésitation Trinity The Tuck. C’est une forme d’art. Il y a tant d’artistes. Ces shows ne montrent qu’une fraction d’entre eux. Si vous êtes fan de drag, vous avez envie d’en voir. »

« La dimension politique du drag ne disparaît pas, elle évolue »

Elle n’est pas davantage de ceux qui déplorent de voir devenir grand public des émissions qui étaient jusque-là un plaisir d’initiés. Elle perçoit d’un très bon œil cette démocratisation. « Drag Race et Dragula ont une influence positive, pas seulement pour la communauté LGBT. La communauté hétéro peut apprendre plein de choses en les regardant, se retrouver dans les histoires [les artistes en lice évoquent parfois leurs difficultés, traumatismes et problèmes personnels], il n’y a pas de limite, avance-t-elle. »

Sur les réseaux sociaux, Trinity The Tuck est très suivie. Elle compte 300.000 abonnés sur Instagram, plus d’un million sur Twitter où elle exprime clairement ses opinions et ses engagements. « Politiquement, c’est plus efficace pour faire passer les messages sur ce en quoi je crois, c’est-à-dire l’égalité pour tous, la justice, de meilleurs lendemains », affirme celle pour qui « la dimension politique du drag ne disparaît pas, elle évolue ».

« L’art du drag est politique en soi », rappelle-t-elle. Car il ne faut pas oublier que sous les atours du divertissement et de l’exubérance plus ou moins prononcée, les drag-queens, parfois malgré elles, questionnent et bousculent les normes, les genres et les injonctions sociales.

L’hommage à Chi Chi DeVayne

Jeudi, le décès de Chi Chi DeVayne (Zavion Davenport à l’état civil) était annoncé. La drag-queen, qui avait participé à la saison 8 de RuPaul’s Drag Race et à la troisième édition All Stars a succombé à une pneumonie, à l’âge de 34 ans. Trinity The Tuck a réagi lundi à cette information auprès de « 20 Minutes » : « J’ai eu la chance de faire une tournée avec Chi Chi il y a quelques années, pour un show de Noël. Elle était une belle âme, si gentille, l’une des plus sympathiques et pures que j’ai rencontrées. On a perdu quelqu’un de formidable. Beaucoup ne réalisent pas qu’elle étaient une excellente vocaliste. Elles chantait très bien. J’encourage vraiment les gens à faire des recherches et à regarder des vidéos de ses performances sur Internet. »