Coronavirus : La maison natale de Colette appelle à l'aide après un déficit de 60.000 euros

PATRIMOINE Malgré sa réouverture, le directeur de l’établissement déplore une situation qui n’est pas « économiquement viable »

20 Minutes avec AFP

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La maison de Colette avait déjà été sauvée de l'oubli en 2011
La maison de Colette avait déjà été sauvée de l'oubli en 2011 — LIDO/SIPA

C’est ici, dans cette maison bourgeoise de l’Yonne, que  Sidonie-Gabrielle Colette est née le 28 janvier 1873. Une demeure dans laquelle la romancière passe les 18 premières années de sa vie et qui s’inscrit même comme un personnage à part entière de ses œuvres. En 2011, la bâtisse avait déjà nécessité un élan de solidarité pour être sauvée de l’oubli. En 2020, c’est le Covid-19 qui menace cet objet du patrimoine culturel français.

La toute petite structure, propriété d’une association sans but lucratif qui ne bénéficie d’aucune subvention, dépend quasi exclusivement des entrées payantes. Elle a donc subi de plein fouet la fermeture due au confinement. « Il nous faut 15.000 à 17.000 visiteurs par an pour être rentable. Et encore tout juste », confie Frédéric Maget, le directeur.

« Le déficit est de 60.000 euros »

Les portes ont depuis rouvert mais la règle des 4m2 minimum d’espace par personne, voulue par l’épidémie, oblige la maison à refuser du monde et à n’accepter que la moitié des visiteurs qu’elle peut accueillir. « Ce n’est pas économiquement viable. Le déficit est de 60.000 euros », lâche Frédéric Maget, qui craint de subir le sort de la maison de Jane Austen, en Angleterre : la fermeture.

« En 2016, on s’était dit : ça y est, elle est sauvée. Aujourd’hui, on a l’impression que c’est le rocher de Sisyphe. On ne s’est pas battu pendant dix ans pour que tout soit détruit en quelques mois. Ce serait dommage, tout ça pour des montants qui me paraissent raisonnables », souligne-t-il. Car, pour « tenir », l’association demande une subvention « de 20-30.000 euros par an ».

Une solution en vue du côté de la région

« La maison de Colette bénéficiera d’une aide », répond-on à la région Bourgogne Franche-Comté. Le montant reste à établir mais il « devrait permettre de la préserver », assure-t-on. Le département de l’Yonne, quant à lui, « pourrait » verser 20.000 euros d’avance remboursables et « envisager une subvention exceptionnelle » d’un montant non encore déterminé. Le département ne veut cependant « pas installer cette subvention dans la durée ».

Pourtant, assure Frédéric Maget, « aucun lieu ne fonctionne comme nous à 100 % en autofinancement : ce n’est pas tenable ». La ruine guette-t-elle à nouveau la maison de Colette, comme en 1891, quand la famille de l’écrivaine, sans le sou, a dû vendre « la maison du bonheur » ? « Colette ne se remettra jamais de ce départ », rappelle le directeur Maget. Elle décédera à Paris en 1954, non sans avoir écrit sur une lithographie jaunie de la maison : « J’aimerais bien aussi y mourir ».

Une « maison-livre » déjà sauvée auparavant

Une telle maison ne pouvait pas disparaître. C’est donc un formidable élan de solidarité qui se crée quand, en 2007, la demeure est mise en vente, alors que le toit s’effondrait. Carole Bouquet, Mathieu Amalric, Arielle Dombasle entre autres aident à collecter des fonds et le ministre de la Culture d’alors, Frédéric Mitterrand, annonce avec fierté en 2011 que la maison a « pu être rachetée et sauvée de l’oubli ».

Des années de travaux, et 1,5 million d’euros, sont nécessaires pour la reconstituer telle qu’elle était entre 1873 et 1891 et, en 2016, le public est admis dans ce paradis ressuscité. « Tout est recréé selon les textes », se félicite M. Maget. 30 % du mobilier est d’origine, le reste est reconstitué très fidèlement, tel que décrit par l’autrice, jusqu’aux livres de la bibliothèque, placés dans l’ordre où ils étaient alors. La maison de Colette se visite comme si, à chaque pièce, on tournait une page de son œuvre, telle une « maison-livre ».