Incendie de la cathédrale de Nantes : Pourquoi la destruction du tableau de Flandrin est « une perte patrimoniale immense »

PATRIMOINE Cette toile du XIXe siècle est probablement l’œuvre qui paiera le plus lourd tribut de l’incendie de la cathédrale de Nantes

Julie Urbach
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Le tableau de Flandrin a été détruit lors de l'incendie  de la cathédrale de Nantes
Le tableau de Flandrin a été détruit lors de l'incendie de la cathédrale de Nantes — Diocèse de Nantes / DRAC. Montage 20 Minutes
  • De gros dégâts ont eu lieu dans la cathédrale Saint-Pierre de Nantes, touchée par un incendie samedi.
  • Si l'orgue ou la verrière pourront être reconstruits, le tableau d'Hippolyte Flandrin est quant à lui définitivement perdu.

De l’imposante toile (2,36 m de hauteur pour 1,35 m de largeur), il ne reste rien de plus qu’une grosse traînée de suie. Accroché dans le bras droit du transept, non loin du tombeau de François II et de Marguerite de Foix et au-dessus d’une armoire électrique, le tableau d’Hippolyte Flandrin est probablement l’œuvre qui paiera le plus lourd tribut de l’incendie de la cathédrale Saint-Pierre de Nantes, survenu samedi matin. Si le grand orgue ou les vitraux de la verrière pourront être reconstruits, cette toile du XIXe siècle, Saint Clair guérissant les aveugles, est définitivement perdue. « C’est un grand chagrin », a déclaré samedi la ministre de la Culture Roselyne Bachelot.


Encore « sous le choc », Clémentine Mathurin, conservatrice à la Drac des Pays-de-la-Loire, parle quant à elle d’« une perte patrimoniale immense ». « Ce tableau était important à plusieurs titres, explique celle qui se rend régulièrement sur les lieux depuis le sinistre pour prendre soin des autres œuvres. Flandrin était un grand peintre très connu du XIXe. L’œuvre a aussi un lien très fort avec l’histoire du lieu puisqu’il s’agit d’une commande de la cathédrale, grâce à un don d’un bienfaiteur au clergé en 1833. Saint-Clair, qui est représenté sur cette scène de miracle, est le premier évêque du diocèse de Nantes. »

Rénovateur de la peinture religieuse

Classé monument historique et propriété de l’Etat, le tableau était l’une des premières œuvres religieuses du peintre lyonnais (1809-1864), qui fut l’un des élèves préférés d’Ingres. « Après ce tableau, il va devenir l’un des rénovateurs les plus importants de la peinture religieuse, explique Jean-Rémi Touzet, conservateur en charge des collections du XIXe siècle au Musée d'arts de Nantes. Sous la Restauration, les églises vont être restaurées et Flandrin va se voir attribuer de nombreuses commandes de grandes églises parisiennes, comme celle de Saint-Germain-des-Prés où il réalisera une vingtaine de peintures murales. On parle alors de lui comme le nouveau Fra Angelico. »

Jean-Rémi Touzet poursuit : « Il y a ce côté très classique, inspiré de la Renaissance, et en même temps cette capacité à retranscrire les sentiments humains. On retrouve souvent cette superposition : il y a l’idéal du dessin, de la lumière, mais aussi des ombres très prononcées et des regards profonds. »

« Sa place était évidemment à la cathédrale »

Moins monumentale, Saint Clair guérissant les aveugles faisait donc partie des œuvres majeures. Fallait-il la conserver ici ? « Sa place était évidemment à la cathédrale, c’est là qu’elle a tout son sens tant l’œuvre était intrinsèquement liée au lieu », estime Clémentine Mathurin, alors que des voix s’élèvent quant à la conservation des œuvres dans les lieux de culte.


Si l’original est jugé « irremplaçable », une copie, en modèle très réduit (réalisée par Paul, le frère d’Hippolyte, lui aussi peintre), est conservée au musée du Louvre. Deux autres œuvres célèbres de Flandrin sont visibles au musée d’Arts de Nantes. L’an prochain, elles seront prêtées au musée des beaux-arts de Lyon qui prépare une rétrospective dédiée à l’œuvre de ce grand maître du XIXe siècle, également connu pour ses portraits.