Présidentielle américaine : Entre talent, égotisme et troubles bipolaires, qui est le candidat Kanye West ?

PORTRAIT Le rappeur, qui s’est déclaré candidat à l’élection présidentielle américaine en 2020, s’est mis à pleurer en prononçant un discours anti-avortement lors de son premier meeting de campagne ce dimanche

L. Be.
— 
Kanye West : Du rap à la Maison Blanche ? — 20 Minutes
  • Vêtu d’une veste pare-balles où était inscrit « sécurité », Kanye West a livré un discours décousu au cours d’un meeting réservé à des invités ce dimanche.
  • Des passages de ce discours sont devenus viraux sur les réseaux sociaux, et ont provoqué de l’émoi, de la colère et des inquiétudes quant à la santé mentale du chanteur.
  • Portrait d’un rappeur qui se prend pour Dieu et qui le chante haut et fort.

On n’est jamais au bout de nos surprises avec Kanye West. Le rappeur s’est mis à pleurer ce dimanche en prononçant un discours anti-avortement lors d’une réunion politique confuse censée marquer le lancement de sa candidature à l’élection présidentielle de novembre aux Etats-Unis, ce dimanche à Charleston, en Caroline du Sud. Vêtu d’une veste pare-balles où était inscrit « sécurité », il a livré un discours décousu au cours de ce meeting réservé à des invités qui devaient signer un formulaire de décharge de responsabilité liée au coronavirus, porter des masques et pratiquer la distanciation sociale.

Rappeur, auteur-compositeur-interprète, producteur mais aussi designer, Kanye West s’est imposé comme un des artistes les plus talentueux de sa génération au début des années 2000 et a décroché pas moins de 21 Grammy Awards entre 2004 et 2012, un record. Mais ces dernières années, il s’est aussi fait remarquer pour ses démonstrations d’ego, délires de toute puissance et positions politiques polémiques. Retour sur un adepte de la démesure.

Le complexe de Dieu

Kanye West, qui se dit sauvé par la religion, évoque régulièrement la Dieu et le Christ dans ses chansons (et pas seulement). Dès son premier album en 2004, il chantait sa foi dans Jesus Walks. En 2013, il sort son album Yeezus, en référence au surnom qu’il s’est donné. « West est mon nom d’esclave et Yeezus mon nom divin », aurait-il déclaré lors d’une soirée à New York. Dans la chanson I’m a god tiré du même album, il imagine une discussion avec Jésus, avant de répéter « Je suis un dieu ».

Au cas où on n’aurait pas compris, il en remet une couche cinq ans plus tard avec l’album Ye et change officiellement son nom de scène pour Ye, qui veut dire « vous » dans la Bible. C’est aussi une référence aux deux dernières lettres de son prénom. A l’automne 2019, le rappeur de 43 ans a sorti l’album Jesus is King. En parallèle, il organise de façon itinérante aux Etats-Unis des Sunday services, des messes évangéliques à mi-chemin entre le concert gospel et les services religieux lancinants. N’oublions pas que deux des enfants qu’il a eus avec Kim Kardashian se prénomment Saint et Psalm… Normal.

Soutien de Trump et polémiques

A partir de 2018, il s’exprime de plus en plus fréquemment sur la politique. Dans son titre Ye vs the people, il affiche son soutien à Donald Trump. « Je sais qu’Obama était un envoyé de Dieu, mais depuis que Trump a gagné, il a prouvé que je pouvais être président ». Sur Twitter, autre terrain d’expression du rappeur, il était allé jusqu’à qualifier le président des Etats-Unis de frère, posant avec une casquette « Make America Great Again », le slogan de Donald Trump lors de la campagne présidentielle en 2016.

Kanye West a d’ailleurs rencontré le président républicain en tête à tête dans le Bureau Ovale en 2018. Un événement qui lui a valu de nombreuses critiques, tout comme ses propos sur l’esclavage la même année qui l’ont placé au coeur d’une polémique. « On entend parler de l’esclavage qui a duré quatre cents ans. Pendant quatre cents ans ? Ça ressemble à un choix », avait-il déclaré à TMZ.

Fin 2019, il a déclaré que son soutien ouvert au président républicain avait pour but d’énerver ses adversaires démocrates et de lui frayer un chemin. Kanye West a annoncé sa candidature sur Twitter le 4 juillet. Il a dépassé la date limite pour figurer sur la liste officielle des candidats dans plusieurs Etats.

Une instabilité psychologique

Des passages du discours prononcé ce dimanche soir sont devenus viraux sur les réseaux sociaux, et ont provoqué de l’émoi, de la colère et des inquiétudes quant à la santé mentale du chanteur. On se souvient de l’hospitalisation en urgence de Kanye West en 2016. Quelques jours plus tôt, il avait sidéré son public lors d’un concert à Sacramento où il n’avait interprété que trois chansons avant de se lancer dans un discours décousu. Diagnostiqué bipolaire, il fait d’ailleurs souvent référence à sa maladie. Sur la pochette de son album Ye, il a écrit : « I Hate Being Bipolar It’s Awesome » (Je déteste être bipolaire, c’est génial). Dieu, prochain président des Etats-Unis ou personnage délirant… Le rappeur excelle en tout cas dans l’art de faire parler de lui.