ADN, Crunchyroll, Wakanim... La montée en puissance des plateformes d'animés japonais

JAPANIME Le Cyber Festival de l'Animation, organisé par ADN, commence vendredi, l'occasion de revenir sur la manière dont les fans vivent la japanime grâce aux plateformes et aux simulcasts

Vincent Julé
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«Yu Yu Hakusho», classique de l'animation japonaise, est enfin disponible en streaming, sur la plateforme ADN
«Yu Yu Hakusho», classique de l'animation japonaise, est enfin disponible en streaming, sur la plateforme ADN — Original comics: ©Yoshihiro Togashi 1990-1994 / TV animation series: ©Pierrot/Shueisha

Comme les services de streaming généralistes Netflix, Amazon ou Disney+, les plateformes spécialisées ont aussi « profité » du confinement, pour ne pas dire qu’elles l’ont sauvé. C’est le cas de Wakanim, Crunchyroll et Anime Digital Network, les trois références de l’animation japonaise en France. ADN compte même sauver la saison des festivals, suite à l’annulation de presque tous les événements consacrés à la japanimation, Japan Expo en tête. Le Cyber Festival de l'Animation se tient ainsi de vendredi à dimanche sur les internets (Twitch, YouTube, Twitter…), avec des rencontres, des projections, dont Akira en réalité virtuelle, ou encore un concert sur Jojo's Bizarre Adventure, en live depuis le Japon. C’est également l’occasion pour 20 Minutes, partenaire du festival, de rendre compte du rôle joué aujourd’hui par ces plateformes sur le marché de la SVOD, et dans le coeur des fans.

Le simulcast, le nerf de la guerre

Elle semble loin l’époque du Club Dorothée, de la collection Manga Vidéo en libraire, des VHS sous-titrées d’Evangelion chez Dynamic Visions, l’époque où il fallait donc attendre plusieurs années pour découvrir les derniers animés à succès. Aujourd’hui, ils sont disponibles une heure après leur diffusion au Japon, ce sont les fameux simulcasts pour reprendre le terme consacré (contraction de « simultaneous broadcast », pour « diffusion simultanée »). C’est aussi le nerf de la guerre des plateformes de streaming.

« Les premiers simulcasts remontent à 2009 avec Dybex sur Dailymotion, KZPLAY de Kazé, et Wakanim, mais c’était déjà tardif, raconte Olivier Fallaix, spécialiste de la japanime, ancien rédacteur en chef du magazine Anime Land et aujourd’hui directeur du marché français de Crunchyroll. En effet, il y avait tout sur Internet, illégalement bien sûr, et la demande des fans était si forte, qu’ils se débrouillaient par eux-mêmes, par le piratage. L’offre légale a mis dix ans à se structurer avec ADN, Crunchyroll, toujours Wakanim, et, on ne va pas se mentir, l’arrivée de Netflix a boosté le marché, démocratisé les usages. » Olivier Fallaix se souvient d’ailleurs, avec un sourire, de comment les médias pouvaient s’extasier sur le H + 24 d’un OCS ou d’un Canal+ sur certaines grosses séries américaines, alors que les simulcasts étaient déjà proposés une heure après le Japon.

De la VOD avec publicité ou avec abonnement

Pourquoi cette précipitation, une heure après la diffusion ? « Le noyau dur de la communauté veut tout de suite son épisode, sinon ils iront le chercher ailleurs », explique-t-il. Les simulcasts sont souvent disponibles d’abord à H + 1 pour les abonnés payants puis gratuitement à J + 7, à l’instar de Demon Slayer et L’Attaque des Titans sur Wakanim, ou Black Clover et Re : ZERO sur Crunchyroll pour citer les séries les plus populaires. ADN propose même certains titres, « les plus gros », direct gratuitement, avec publicité, par exemple My Hero Academia et One Punch Man. « L’objectif est d’ouvrir au plus grand nombre lorsque cela est possible », commente Julien Lemoine, responsable d’Anime Digital Network.

Vous l’aurez compris, l’une des spécificités des plateformes japanime est d’être à la fois un service de VOD avec abonnement (SVOD) et avec publicité (AVOD), avec une offre de près de 8.000 épisodes, entre 10 et 20 simulcasts par saison, des exclusivités pour les abonnés Premium (One Piece sur ADN et Crunchyroll), et aussi des séries disponibles sur plusieurs plateformes à la fois. Ce qui est plus rare entre Netflix et Amazon (South Park et… ?). « Plusieurs cas de figure sont possibles, détaille Julien Lemoine. Un ayant droit peut ne pas souhaiter céder l’exclu d’une licence et ainsi la diffuser plus largement, deux plateformes peuvent trouver un accord sur une série, ou l’une vendre des droits à l’autre… » C’est ainsi que l’on retrouve Fire Force sur ADN et Wakanim, JoJo’s Bizarre Adventure sur ADN et Netflix, ou L’Attaque des Titans sur Wakanim et Netflix.

Netflix, mon meilleur ennemi

« Netflix est le premier concurrent et le meilleur allié des plateformes d’animés, réagit le responsable d’ADN. Si les deux premières saisons de JoJo sont sur Netflix, c’est grâce à nous, cela offre une nouvelle exposition à la série, et nous ramène des abonnés pour les saisons suivantes. » Matthias Jambon-Puillet, manager marketing pour l’Europe chez Wakanim, l’a bien vu pendant le confinement, « l’ajout des saisons 1 et 2 de L’Attaque des Titans sur Netlix a provoqué un pic d’abonnés chez nous ». Car Wakanim a la saison 3. Mais Netflix a aussi ses propres exclus, comme Knights of Sidonia, Seven Deadly Sins ou le dernier Ghost in the Shell.

Un marché en pleine transformation

Le marché français connaît lui-même, en coulisses, une redistribution des cartes, puisque Crunchyroll a racheté la moitié d’ADN, et Wakanim appartient maintenant à Funimation. Crunchyroll et Fumination étant les deux gros acteurs américains du streaming d’animés, et des filiales de, respectivement, Warner et Sony. Les chiffres ne sont pas vraiment comparables, car les territoires concernées pas les mêmes, mais ADN, le numéro en 1 en France, comptait plus de 100.000 abonnés fin 2019, et Crunchyroll et Wakanim plus de deux millions dans le monde.

Pour le fan, cela signifie surtout des stratégies différentes, au-delà de l’incontournable simulcast. ADN mise ainsi sur la nostalgie et les classiques, avec l’ajout récent de Yu Yu Hakusho et Escalflowne, également projetés au Cyber Festival. 

Après avoir coproduit des animés, Crunchyroll est passé à l’étape supérieure avec les Crunchyroll Originals, « nés d’un deal avec la plateforme WEBTOON, pour adapter leurs webcomics en animés, comme Tower of God ou The God of High School, diffusé depuis le 6 juillet », confie Olivier Fallaix. Wakanim est le seul à proposer le simuldub, soit des épisodes doublés en français 15 jours après la version VOST, par exemple sur la nouveauté du moment DECA-DENCE. Julien Lemoine d’ADN confirme que la VF est un vrai enjeu, pour un public différent.

L’autre défi qui attend ADN, Crunchyroll et Wakanim est le quota de productions françaises que veut imposer la France aux plateformes comme Netflix, Amazon, Disney et donc à elles aussi, spécialisées en animation… japonaise.