Musée du Louvre, tour Eiffel, château de Versailles... On s'est enfilé la trilogie touristique de l'enfer

PARIS Même si les touristes étrangers ne sont pas encore revenus en masse, les hauts lieux culturels de la capitale accueillent à nouveau le public

Marjorie Le Meur

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Une visiteuse au musée de Louvre le 6 juillet 2020, jour de réouverture du musée après plusieurs mois de confinement
Une visiteuse au musée de Louvre le 6 juillet 2020, jour de réouverture du musée après plusieurs mois de confinement — ISA HARSIN/SIPA
  • Les touristes étrangers ne sont pas de retour mais les grands sites culturels parisiens accueillent à nouveau le public.
  • La majorité des visiteurs du musée du Louvre ou du château de Versailles goûtent avec joie le plaisir de voir ces sites dans de bonnes conditions, avec de faibles jauges.
  • Pourtant, les contraintes de sécurité sanitaire et l’impact économique de la crise se font également ressentir.

Attention, instant complice. Côte à côte, deux inconnus s’échangent leurs impressions sur l’œuvre qu’ils observent depuis plusieurs minutes. Regards en coin, signes de tête, sourires derrière les masques… Nous sommes au Louvre, pas dans un film français romantique. Le musée accueille à nouveau du public depuis lundi. Et même si les hordes de touristes étrangers ne sont pas de retour, les grands sites parisiens les plus visités ont tous rouvert. Pour fêter ça, 20 Minutes a décidé de s’enfiler la trilogie de l’enfer touristique :  musée du Louvre, château de Versailles et  tour Eiffel. En une seule une journée…

Au matin, dans les salles du Louvre, pas encore épuisée, l’ambiance est donc au calme. Les habitués en profitent pour venir redécouvrir leurs toiles favorites. « C’est tellement agréable, atteste Rose-Marie, 60 ans, accompagnée de son mari. La différence est gigantesque pour nous qui sommes familiers des lieux. Je profite de ce moment pour revoir des peintures que j’adore mais que je ne peux jamais vraiment contempler. » Pour d’autres au contraire, c’est une première. Pour eux, le clou de la visite reste l’iconique Joconde. « D’habitude, c’est impossible d’échapper au troupeau devant le tableau. Mais là, on a même plus besoin de faire la queue, il suffit de se mettre sur le côté et on peut l’apercevoir sans aucun souci, affirme Sophie, 20 ans, venue de l’Oise avec ses amies.

9.000 visiteurs, et moi, et moi, et moi

Dans sa grande salle, la Vénus de Milo s’ennuie presque. Est-ce que l’amas de perches à selfie qui l’enserre habituellement lui manque ? Plus loin, un silence de cathédrale submerge la salle des Caryatides : « Une première, affirme une employée du musée. Même pendant les périodes les plus creuses de l’année, on a jamais vu si peu de monde ». Pour certains, c’est encore trop. Comme Michel, 50 ans : « Je suis un peu déçu, je pensais que je serais plus tranquille que ça… » Arpenter le Louvre en solitaire reste un fantasme. Avec un quota de 9000 visiteurs par jour, nombreux sont ceux qui profiteront tout de même de l’été pour visiter le musée dans de telles conditions.

A peine le temps de reprendre son souffle et hop, direction le château de Versailles. Dans les jardins, les habitants de la ville promènent leurs jeunes enfants alors que des parisiens consacrent une journée de repos à visiter les lieux. Là encore, la faible affluence est une joyeuse surprise. « La dernière fois, à 8h30 la file d’attente allait au-delà des grilles de l’entrée, s’étonne Elodie, 28 ans. C’est un endroit qu’habituellement on n’aurait jamais visité en été car il est impossible d’accès. Là c’est fluide, on peut circuler sans être emporté par la foule. Ce matin, on était à peine dix dans la galerie des Glaces ! ».

C’est beau mais c’est haut

De passage, quelques rares étrangers font une halte sur un banc de la promenade au bord du grand canal. Les forêts du parc sont pratiquement infréquentées et on peut sans peine s’isoler complètement. Au détour d’une allée, on croise Brice 22 ans : « Avec la fermeture des frontières et l’absence de touristes, c’est vraiment le moment de venir. Pour s’approprier les lieux, c’est tellement mieux. » Le temps est bon à Versailles mais il faut déjà repartir pour la dernière étape du marathon : à nous deux la tour Eiffel !

Aux pieds de la Dame de Fer, plusieurs couples passent par les portiques de sécurité alors que la journée s’achève. « On a joué les romantiques, sourit un couple parisien. En fait Madame n’était jamais montée ! Et vu qu’il n’y a pratiquement que des locaux, on a voulu profiter de ce moment privilégié nous aussi ». Après une journée de vadrouille, on n’a pas la force de monter voir de nos propres yeux… De toute façon, seul le premier étage est ouvert. Pour accéder au dernier étage, il faudra revenir, à partir du 15 juillet.

Retour sur Terre

Parmi tous ces témoignages enthousiastes, Jason, 38 ans, douche notre optimiste : « Avant, on finissait toujours par être ennuyé par le monde ou par le bruit. Maintenant, on peut pleinement du site mais derrière ce calme persiste je trouve une inquiétude sous-jacente, non-dite mais palpable. » Claudia opine, : « C’est vrai, on continue à se méfier, on garde nos distances, on voit bien que la situation n’est pas rétablie, et c’est bien de ne pas l’oublier. Et puis, si pour nous visiteurs la situation est agréable, nous devons avoir une pensée pour ceux qui travaillent dans le tourisme, dans la culture ou dans l’art et dont la situation est très inquiétante. ».

On se souvient alors de l’amertume de Christelle, artiste croisée au Louvre : « Je donne des cours de dessin dans des lieux publics et là ça n’est plus possible… Et ce ne sera plus possible pendant des mois. Je n’ai pas le statut d’intermittent du spectacle, et aux yeux de l’Etat, on ne travaille pas. On n’est même pas chômeur, en fait on n’est rien. On est complètement mis de côté. » Un frappant retour à la réalité qui soutenir la culture vivante, et ses professionnels lourdement touchés par la crise sanitaire.