Nantes : « Fontaine », œuvre du Voyage à Nantes, fait déjà couler beaucoup d’encre

CULTURE Cette sculpture, représentant une vulve pissante, n’a pourtant pas encore pris place au milieu de la fontaine de la place Royale

David Phelippeau

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«Fontaine», l'oeuvre d'Elsa Sahal.
«Fontaine», l'oeuvre d'Elsa Sahal. — Denis Amon
  • Fontaine, sculpture d’Elsa Sahal, suscite la polémique, notamment sur les réseaux sociaux.
  • L’œuvre, qui représente un sexe féminin urinant, doit être installée vers le 5 août au beau milieu de la fontaine de la place Royale à Nantes.
  • L’artiste est surprise par cette polémique et assume « son intention féministe ».

Même pas encore installée, déjà décriée. Fontaine d’Elsa Sahal, représentant une vulve pissante, suscite la polémique sur les réseaux sociaux. Certains fustigent « la laideur », mais aussi et surtout l’irrévérence de cette œuvre de 3 mètres, qui devrait prendre place dans la fontaine de la place Royale à Nantes aux alentours du 5 août dans le cadre du Voyage à Nantes.

A l’origine, cette œuvre, créée en 2012 et installée au Jardin des Tuileries, face au Louvre, n’était même pas prévue pour le VAN 2020. « Place Royale, ça devait être une énorme coque de bateau rouillée d’Hugo Schiavi, raconte Jean Blaise, directeur artistique du Voyage à Nantes. Mais à cause du confinement, les entreprises qui devaient produire cette curiosité ont été mises à l’arrêt. On la verra en 2021. » Les têtes pensantes du VAN ont alors réfléchi à « un ouvrage déjà existant qui pourrait avoir une bonne place Royale ». Fontaine d’Elsa Sahal, qui a beaucoup voyagé depuis plusieurs années, a tout de suite fait l’unanimité. « On ne s’est absolument pas dit qu’il fallait prendre une œuvre qui fasse du buzz », s’agace Jean Blaise. C’est d’ailleurs la première fois qu’il y a une polémique autour de cette sculpture en grès émaillé rose.

Elsa Sahal.
Elsa Sahal. - D.P. / 20 minutes

Elsa Sahal, formée à l’école des Beaux-Arts de Paris, assume « l’intention féministe » de « cette figure pissante, dont le titre est un pied de nez à l’urinoir de Marcel Duchamp ». « L’idée de cette sculpture est de représenter une petite fille qui défie l’ordre établi en urinant debout comme les garçons, explique-t-elle. L’intrusion dans cette place Royale est formidable car elle sera entourée de petits garçons qui ornent la sculpture et qui sont eux aussi nus. » Elle se dit « surprise par le timing de la polémique » car sa sculpture n’a toujours pas été installée.

Tous les ans, des œuvres du VAN font réagir

« Je ne l’ai pas réalisée dans une démarche de provocation, mais plutôt dans une démarche d’humour, observe l’artiste, qui regrette le miroir grossissant des réseaux sociaux. C’est une sculpture joyeuse et drôle. Il n’y a rien de pédopornographique. Il faut avoir beaucoup d’imagination pour y déceler ça. » A titre de comparaison, le fameux Manneken Pis, statue qui représente un garçon qui urine debout avec le sexe à la main, fait partie de l’histoire artistique de la Belgique.

Le Manneken Pis.
Le Manneken Pis. - Emmanuel DUNAND / AFP

Jean Blaise ne regrette évidemment pas son choix. « Quasiment à chaque édition, il y a des réactions à une œuvre. » Lorsque des loups avaient pris leurs quartiers d’été dans les douves du château des Ducs en 2009, cela avait suscité des réactions violentes des défenseurs des animaux. « Dans l’espace public, toutes les œuvres sont livrées aux jugements de tous les passants, conclut le directeur artistique du VAN. Les artistes troublent l’espace public à Nantes et c’est tant mieux. »