« L’égalité pour tous, qu’importe qui vous êtes, d’où vous venez… C’est le "People power" », affirme Melanie C

« 20 MINUTES » AVEC... En ce mois de juin où se déroulent habituellement les Marches des fiertés, l'ex-Spice Girl Melanie C évoque pour « 20 Minutes » son rôle d’alliée de la cause LGBT mais aussi ses projets musicaux

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Melanie C aux Brit Awards 2020 à Londres, le 12 février 2020.
Melanie C aux Brit Awards 2020 à Londres, le 12 février 2020. — Joel C Ryan/AP/SIPA
  • Tous les vendredis, 20 Minutes propose à une personnalité de commenter un phénomène de société, dans son rendez-vous « 20 Minutes avec… ».
  • Melanie C était « Sporty », la sportive, au sein des Spice Girls. Depuis la séparation du groupe, elle a enregistré sept albums solo. Le huitième est attendu pour le second semestre.
  • L’an passé lors de la tournée des stades des Spice Girls, le slogan « Girl power » est devenu « People power ». « On a subi le sexisme très tôt dans nos carrières et on a pris conscience que l’on avait une tribune […]. En prenant de l’âge, en apprenant du vécu des autres, on a eu envie de parler de l’égalité pour tous. »
  • La chanteuse a fait une tournée des Marches des fiertés en 2019. « Je suis devenue une alliée de la cause LGBT […]. J’ai eu l’occasion de m’éduquer, d’apprendre ce que cela fait de grandir en se sentant différent des autres », confie-t-elle à « 20 Minutes ».

Au sein des Spice Girls, elle était « Sporty ». Maillot de foot sur le dos, baskets aux pieds, Mel C a marqué la bande-son de toute une génération qui, aujourd’hui encore se met à crier son envie de « zigazig ah » dès que les premières notes du tube Wannabe résonnent quelque part. Le groupe a marqué la pop de la fin des années 1990 et a fini par se séparer au début du millénaire. Depuis, la chanteuse a conservé l’initiale de son nom (Chisholm) mais récupéré l’intégralité de son prénom et poursuit sa carrière en tant que Melanie C.

Sa discographie solo compte des tubes (Never Be The Same Again, I Turn To You, First Day of My Life…) mais ces chansons ont essentiellement cartonné au Royaume-Uni, en Suède, en Allemagne, en Italie et au Brésil tandis que la France n’y a accordé aucune attention. La donne changera peut-être cet automne, avec la sortie de son huitième album studio solo, dont les titres Who I Am et Blame It on Me ont déjà été révélés. 20 Minutes a saisi l’occasion pour interviewer Melanie C et parler de sa musique, de « girl power », de son confinement et de ses engagements.

Il y a un an, vous avez retrouvé vos acolytes des Spice Girls – à l’exception de Victoria Beckham – le temps d’une tournée des stades de treize dates au Royaume-Uni. 700.000 personnes sont venues vous applaudir. Quels souvenirs en gardez-vous ?

L’année dernière était probablement la meilleure année de ma vie ! Revenir sur scène avec les Spice Girls dans des stades immenses, c’était incroyable. A l’époque, dans les années 1990, nos fans étaient pour la plupart très jeunes. Aujourd’hui, ce sont des adultes, l’énergie était évidemment différente. Il y avait de la nostalgie. Le public replongeait dans l’enfance, dans les souvenirs… Cela a rendu tout cela magique. Puis, dans la foulée je suis partie en tournée avec Sink The Pink, un collectif LGBTQ +. J’ai pu me produire dans des Marches des fiertés tout autour du monde avec des drag-queens. Je suis passée directement des Spice Girls aux drag-queens, ce qui n’est pas un si grand écart que ça (elle sourit). Je suis reconnaissante que 2019 ait été pour moi aussi riche d’expériences, de voyages, de concerts. On ne peut pas en dire autant de 2020, évidemment.

Comment avez-vous vécu le confinement ?

Cela a été un challenge. Pour tout le monde, il y a eu des choses difficiles à affronter, mais il y a du bon à retirer de tout ça. Je suis mère et je sais que beaucoup de parents ont tenté de trouver du positif pour aider leurs enfants à traverser cette période perturbante. J’ai aimé être à la maison. Je voyage beaucoup pour le travail, alors j’étais heureuse de retrouver mon propre lit chaque soir, de me réveiller avec ma fille [Scarlett, 11 ans], de dîner avec elle chaque soir. Et puis au bout de quelques semaines, je me suis dit que le confinement était en train de me rendre dingue (elle rit). Les gens, les voyages, chanter devant un public me manquaient.

Vous êtes pourtant restée très active, artistiquement parlant, pendant le confinement…

Oui, j’ai été très occupée. J’ai fait beaucoup de lives sur Internet, de DJ sets, d’interviews. J’ai eu l’opportunité de parler au monde entier depuis mon salon, donc ça a eu des avantages, mais l’énergie d’une salle pleine de monde, le fait d’être dépaysée, m’ont manqué.

Vous avez aussi tourné le clip de « Who I Am » en version confinée. Vous y montrez la Melanie C du quotidien, loin de l’image glamour…

Oui, Who I Am est sorti en mars, juste avant que le confinement soit mis en place au Royaume-Uni. On avait tourné une vidéo officielle. Cette chanson parle d’acceptation de soi. Quand j’étais sur scène avec les Spice Girls l’an dernier, j’ai beaucoup réfléchi. Etre à nouveau Sporty Spice, le temps de ces concerts, m’a fait comprendre que c’était une partie de moi, ce n’est pas comme un masque que je revêtirais puis que j’enlèverais. J’ai commencé à penser à ma vie personnelle et ma carrière et je me suis dit qu’on ne célébrait pas assez tout ce que l’on a accompli, que l’on n’embrasse pas tous ces aspects de nous-mêmes. On est multidimensionnels. Dans le clip officiel, je suis dans un musée où apparaissent différentes images de moi, de diverses époques. Il y a Sporty avec la longue queue-de-cheval, la période où j’avais les cheveux courts pour mon premier album solo, et puis mon look actuel.

Le confinement a offert diverses opportunités pour s’adresser au public. C’est pour cela qu’on a fait une version confinée de Who I Am pour une émission allemande, qui nous avait demandé de tourner quelque chose à la maison. Même si, pendant cette période, on était isolés, on vivait les mêmes choses, d’un pays et d’un continent à l’autre. Beaucoup de monde pouvait s’identifier à ce que je faisais dans la vidéo : cuisiner, faire le ménage, l’école à la maison, boire un coup (rire). C’était sympa de me connecter aux gens de cette manière.

Vous parliez à l’instant de votre tournée des Marches des fiertés. Vous êtes une alliée de la communauté LGBT ?

Cela a commencé il y a longtemps. En tant que Spice Girls, on était très conscientes que, parmi nos fans, il y avait beaucoup de jeunes filles, mais aussi un grand nombre de gays et de lesbiennes. La communauté LGBTQ + a continué de nous soutenir dans nos projets en solo. Je suis devenue une alliée de la cause, en utilisant ma plateforme pour parler de ces questions qui sont importantes pour moi. L’an passé, j’ai adoré travailler avec des membres de la communauté et j’ai eu l’occasion de m’éduquer, d’apprendre ce que cela fait de grandir en se sentant différent des autres. L’univers des Spice Girls est un lieu où tout le monde à sa place parce qu’on célèbre les différences de chacun et chacune.

C’est pour cela que votre cri de ralliement « Girl Power » est devenu « People Power » lors de la dernière tournée des Spice Girls ?

Oui, on pense que ça a évolué. C’était très important pour nous de parler de « girl power ». On a subi le sexisme très tôt dans nos carrières et on a pris conscience que l’on avait une voix, une tribune, et qu’il était important de bien l’utiliser. En prenant de l’âge, en apprenant du vécu des autres, on a eu envie de parler de l’égalité. L’égalité pour tout le monde, qui que vous soyez, qu’importe d’où vous venez… C’est le « people power ». On est fières de l’héritage que l’on a laissé.

Quel conseil donnerait la Melanie C de 2020 à la Melanie C de 1996, s’apprêtant à connaître un succès phénoménal avec les Spice Girls ?

Je dirais : « Profite de chaque minute. » Quand on est dans ce tourbillon, les choses bougent si rapidement. Il est difficile d’assimiler tout ce qui se passe et puis, assez vite, c’est fini. Je dirais donc : « Prends plein de photos, écris des journaux intimes, parce que c’est fun de pouvoir, plus tard, replonger dans cette époque. »

Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération d’artistes ? Vous êtes amie avec Billie Eilish, vous avez chanté en duo avec Years & Years, MØ…

La musique est en perpétuel mouvement. Elle change, évolue… Au fil des ans, j’ai constaté avec plaisir que tant de genres musicaux se sont mélangés, créant de nouveaux genres. Ces dernières années, j’ai eu le plaisir d’apprendre que de jeunes artistes talentueux se disaient fans des Spice Girls. C’est le cas de MØ, qui, elle aussi, m’inspire tellement. C’est une sorte de cercle de la vie. Beaucoup de jeunes femmes artistes révélées ces dernières années ont confiance en elles, sont très positives, super talentueuses. C’est génial de voir des jeunes si sûres de ce qu’elles veulent faire.

A l’époque, Sporty Spice donnait l’impression d’être sûre d’elle. On a l’impression de la retrouver dans votre tout dernier clip, celui de « Blame It On Me », où vous apparaissez en héroïne de jeu vidéo, prête à la castagne. On voit aussi des références aux titres des chansons des Spice Girls…

Encore une fois, être sur scène avec les Spice Girls l’an passé m’a beaucoup inspirée. Je me disais que je voulais être cette über-version de Sporty, être une superhéroïne. Alors j’ai fait énormément de sport, j’ai suivi un nutritionniste, j’avais tout un plan d’entraînement, je n’ai pas bu une goutte d’alcool pendant six mois. C’est comme si je me préparais pour les Jeux olympiques. Une fois sur scène, je me sentais super bien, je me disais qu’une telle occasion ne se représenterait pas forcément et que je devais donc être la Sporty ultime.

Quand Sylvie Weber, la réalisatrice de Blame It on Me, m’a parlé de son idée de faire allusion aux jeux vidéo, à Mortal Kombat, j’ai dit oui. On a fait revenir le personnage de Katrina Highkick, que je jouais dans le clip de Say You’ll Be There. C’était amusant de revisiter cela. Me sentir forte physiquement m’a fait me sentir forte mentalement et émotionnellement.

A en juger par les premiers extraits, votre nouvel album s’annonce très dance. Vous confirmez ?

Cet album est principalement dance, oui. J’ai mixé comme DJ ces dernières années et ça a ravivé ma passion pour la dance et la house. J’ai toujours été une artiste pop. J’aime travailler différents genres, jouer en acoustique, aller vers le rock, comme j’ai pu le faire dans le passé. Mais là, on est vraiment à une époque où je voulais faire danser les gens, donner une vibration électro, avec des chansons honnêtes et émancipatrices.

Y a-t-il des artistes avec lesquels vous aimeriez faire des duos ?

Bosser avec Billie [Eilish] serait évidemment incroyable. J’ai découvert une artiste britannico-nippone, Rina Sawayama, qui a sorti un album cette année. Elle est très intéressante : elle fait de la pop, mais elle approche d’autres genres comme le new metal, le r’n’b des années 1990. J’ai été très enthousiaste de travailler avec Nadia Rose, j’ai hâte que les gens entendent notre duo [qui figurera sur le nouvel album]. J’aimerais aussi des collaborations avec des DJ. J’adore Calvin Harris, Jax Jones…

Vous avez été membre d’un des girls bands les plus aimés, vous avez été jurée d'« Asia’s Got Talent », vous officiez en tant que DJ et poursuivez votre carrière solo… Quel serait votre prochain projet rêvé ?

Maintenant, je me focalise sur ma musique. C’est mon premier amour. Ma période préférée, c’est quand j’ai un album sur le point de sortir. J’ai hâte que l’on puisse à nouveau vivre la musique en live, dans des salles, jouer devant les fans. Une fois que l’album sera sorti, et que les conditions de sécurité seront réunies, je compte bien venir à Paris. Cela fait tellement longtemps que je ne m’y suis pas produite en concert. Dès que je pourrai venir, je serai là.