De New York à Marseille, le post-graffiti prend ses quartiers au château de Forbin, nouveau lieu d’art ouvert au public

ART CONTEMPORAIN Trois collectionneurs marseillais ouvrent un centre d’art dédié au mouvement post-graffiti

Caroline Delabroy

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Une oeuvre de Delta 2 exposée au château de Forbin à Marseille.
Une oeuvre de Delta 2 exposée au château de Forbin à Marseille. — Pierre Belhassen
  • Aux portes des Calanques, le château de Forbin accueille un centre d’art dédié au mouvement post-graffiti des années 1980 et à la scène new-yorkaise de l’East-Village.
  • Les œuvres d’une vingtaine d’artistes pionniers de cet art sont exposées dans la collection permanente.
  • Vivante et ouverte à tous, la visite guidée nous en apprend beaucoup sur ce courant artistique.

Des icônes new-yorkaises du graff dans un château de Provence. On doit à trois collectionneurs cette nouvelle aventure qui s’écrit au pied des collines du parc national des Calanques, dans le quartier Saint-Marcel à Marseille. Lorsque l’on sonne à l’interphone du château de Forbin - coronavirus oblige, les visites se font pour le moment sur rendez-vous – d’imposantes grilles découvrent un parc reposant et une belle bâtisse du XIXe siècle, pour la première fois ouverte au public. A l’intérieur, la séduction opère vite : les toiles des pionniers de l’aérosol dialoguent joyeusement avec, ici du mobilier contemporain, là des faïences murales anciennes.

« Nous avons voulu réaliser un contraste entre l’histoire du lieu et l’histoire du mouvement post-graffiti et de la scène de l’East-Village des années 1980 », sourit la galeriste Caroline Pozzo di Borgo, l’une des membres du trio fondateur de ce lieu d’art. Il a fallu une dizaine d’années pour constituer la collection, dont 130 œuvres sont présentées dans l’exposition permanente. Rammellzee, Futura 2000, Dondi White, mais aussi Crash, Lady Pink ou encore Fab5Freedy : si ces grands noms ne vous disent rien, ils aiguiseront votre curiosité tant la visite guidée, touche après touche, nous plonge dans leur univers.

Le château de Forbin, à Marseille, devient un lieu d'art dédié au post-graffiti et à la scène de l'East-Village.
Le château de Forbin, à Marseille, devient un lieu d'art dédié au post-graffiti et à la scène de l'East-Village. - Pierre Belhassen

Dondi White, le Leonard de Vinci du graff

« Tous ces artistes ont créé une culture, rappelle Caroline Pozzo di Borgo. Au-delà de la peinture, ils s’intéressent à la musique, à la mode, tout cet univers qui a créé la génération hip-hop. C’est une histoire qui me touche. Il faut se remettre dans ce contexte de création de ces jeunes qui venaient de minorités, du Bronx, du Queen, de Harlem, de Brooklyn, et ont fait ces œuvres colorées, joyeuses. »

Très tôt, ces artistes vont peindre en atelier sur toile ou papier (d’où le nom de post-graffiti). La galeriste tient Dondi White pour le Leonard de Vinci du graff pour « sa façon qu’il avait d’apposer sa bombe, on ne sait pas là où il commence, là où il arrête. Il est dans la perfection, la minutie. » Des tirages argentiques d’époque témoignent de ses peintures de rames de métro.

L’exposition dévoile aussi la variété des styles, les artistes usant aussi bien du figuratif, de l’abstrait, de lettrages visibles, de signes pour les initiés, de traits fins, épais, etc. « En tant que collectionneurs, poursuit Caroline Pozzo di Borgo, nous voulions montrer ces œuvres et faire découvrir ce mouvement à des personnes qui ne le connaissent pas. Et dans un lieu qui ne soit pas une friche industrielle ou un hangar désaffecté ». Bientôt, il sera aussi possible de rencontrer des artistes en résidence. Rendez-vous est ainsi pris à l’automne avec Chris-DAZE-Ellis, une autre légende new-yorkaise.

Visites sur réservation au 04 91 45 39 68. Tarif plein/réduit : 10/5 euros.