Coronavirus : Et à la fin, c’est le Covid-19 qui gagne ? Petit détour par la science-fiction qui a déjà tout imaginé

ANTICIPATION La science-fiction imagine des pandémies depuis la fin du XXe siècle

Laure Beaudonnet

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Un membre du personnel soignant masqué dans un hôpital du  Kazakhstan. Illustration
Un membre du personnel soignant masqué dans un hôpital du Kazakhstan. Illustration — Sputnik/SIPA
  • L’humanité n’a pas encore vaincu le coronavirus, même si une trêve semble se profiler en France.
  • En attendant de voir cette crise se résoudre, 20 Minutes étudie les pistes proposées par la science-fiction avec l’aide précieuse de Natacha Vas-Deyres, enseignante et chercheuse à l’Université Bordeaux Montaigne.
  • Une seule bonne nouvelle : on devrait être épargnés par les zombies (pour l’instant).

Après plus de deux mois de confinement et un déconfinement progressif un peu anxiogène, le Covid-19 semble prendre des petites vacances avec l’arrivée des beaux jours en France. Onze décès supplémentaires au cours des dernières 24h, ont été enregistrés ce mercredi, portant le nombre total de morts depuis le début de l’épidémie à 29.731, selon le bilan publié mercredi par la Direction générale de la santé (DGS). Plusieurs scénarios se dessinent déjà : l’hypothèse d’une deuxième vague, une crise économique sans précédent, une prise de conscience générale pour repenser la société (on peut toujours rêver)…

Alors que la pandémie n’est pas encore derrière nous, le nombre de malades atteint près de dix millions de cas dans le monde. Le rythme des contaminations s’est accéléré de manière alarmante jeudi aux Etats-Unis, de même au Brésil depuis le déconfinement. L’humanité n’a clairement pas encore vaincu le virus. A quoi peut-on s’attendre pour les mois à venir ? Petit détour par la science-fiction avec Natacha Vas-Deyres, enseignante et chercheuse à l’Université Bordeaux Montaigne, spécialiste d’anticipation et de science-fiction, pour avoir une vision plus claire de ce qui pourrait nous attendre.

La planète débarrassée de l’humanité

On ne va pas se mentir, c’est le scénario catastrophe. Les films sur le thème de la pandémie rejoignent souvent les films apocalyptiques où l’espèce humaine disparaît. La figure du zombie, qui revient souvent, est une sorte d’allégorie de la maladie. Dans Je suis une légende, de Francis Lawrence, les zombies ressemblent à des vampires. « C’est le récit du dernier homme épargné par ce virus, qui a transformé toute l’humanité en zombie », explique Natacha Vas-Deyres. Le virus vient à bout de l’Homme, mais pas de la planète. Derrière, il y a l’idée que l’humanité est une espèce animale comme une autre, qu’elle peut être vaincue.

« On retrouve ce thème dans la littérature, avec le roman Le monde enfin de Jean-Pierre Andrevon, précise la spécialiste de science-fiction. C’est l’illustration parfaite de la mort de l’humanité par une pandémie ». Le virus, qui peut faire penser au Covid-19, déshydrate le corps très rapidement. Les humains meurent en masse, et les groupes de survivants, trop éloignés les uns des autres, n’arrivent pas à recréer une vie collective. L’espèce finit par s’éteindre. Avec au moins 482.802 morts dans le monde depuis le début de la crise du coronavirus, on est encore loin de l’extinction de l’espèce.

L’effondrement de la civilisation

Si l’humanité a évité les zombies pendant la crise sanitaire, les scénarios de l’effondrement portés par les collapsologues relèvent un peu moins de la science-fiction. Selon la définition d’Yves Cochet, ancien ministre de l’Environnement et président de l’institut Momentum, l’effondrement est « le processus à l’issue duquel les besoins de base ne sont plus fournis à une majorité de la population par des services encadrés par la loi ». C’est un enchaînement de catastrophes qu’on ne peut plus arrêter et qui a des conséquences irréversibles sur la société. Et le coronavirus a esquissé les grandes lignes de l’effet domino : une crise économique sans précédent née d’une crise sanitaire sans précédent, elle-même la conséquence d’une crise de la biodiversité sans précédent.

L’apocalypse c’est l’étape qui suit l’effondrement de toutes les sources d’énergie. Sans énergie, les transports sont à l’arrêt et l’acheminement des marchandises n’est plus possible… « On tombe dans un schéma classique survivaliste », détaille Natacha Vas-Deyres. La série Canal + L’Effondrement a très bien mis en image les concepts effondristes qui pourraient mener au scénario postapocalyptique ambiance La Route de Cormac McCarthy. « Ce roman décrit précisément ce que pourrait devenir l’humanité sans aucune nourriture, observe-t-elle. Il n’y a plus de faune, plus de plantes et les hommes tombent dans le cannibalisme. C’est le stade ultime de la barbarie pour l’humain. »

Durant le confinement, la population mondiale n’a pas vécu de rupture des approvisionnements énergétiques. C’est la grande différence (qui nous a épargné des scènes de cannibalisme, ouf !).

Un modèle de société repensé

La littérature pandémique n’a pas attendu les collapsologues pour concevoir un virage de la société. L’Histoire de quatre ans, de Daniel Halévy, imagine une épidémie mondiale qui bouleverse les modes de production de la société. Dans ce roman d’anticipation, la découverte d'un aliment miracle résout le problème de la faim et celui de la production de nourriture. Elle va faire émerger une société de loisirs grâce à la réduction du temps de travail. « De même, dans La peste écarlate, de Jack London, une pandémie oblige le monde à repenser le système capitaliste », pointe l’universitaire. « Depuis très longtemps la science-fiction et l’anticipation ont déjà formalisé l’idée qu’une pandémie permettra peut-être de changer radicalement de modèle de société ».

Le confinement et l’arrêt de l’économie ont eu de réels bénéfices sur l’environnement (chute des émissions de CO2, baisse des nuisances sonores, retour des animaux dans la ville…). Devant le discours d'Emmanuel Macron qui a exhorté à « travailler et produire davantage », on est encore loin d’une révolution de la société…