La députée Céline Calvez veut conditionner les aides à la presse au respect de l’égalité entre femmes et hommes

PARITE La députée Céline Calvez remet ce mardi son rapport d’étape sur les femmes dans les médias pendant la crise sanitaire

Aude Lorriaux

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La députée Céline Calvez.
La députée Céline Calvez. — @AssembleeNationale
  • La députée Céline Calvez, missionnée pendant le confinement par Marlène Schiappa pour faire des recommandations sur la place des femmes dans les médias, rend son rapport ce mardi.
  • Deux enquêtes du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) confirment pour l’un une très faible présence des femmes à la télévision, et pour l’autre une baisse de la présence des femmes expertes pendant la crise sanitaire.
  • La députée veut que l’audiovisuel compte mieux et plus souvent les femmes, et recommande pour la presse écrite de conditionner ses aides au respect de l’égalité entre femmes et hommes.
     

« Les experts doivent aussi être des expertes », prévenait, le 5 avril, Marlène Schiappa, dans sa lettre de mission adressée à la députée Céline Calvez sur la place des femmes dans les médias en période de crise. Une mission confiée à la suite du tollé provoqué par la une du journal Le Parisien. Deux mois et demi après, alors que deux enquêtes, une du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et l'autre de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) viennent confirmer les craintes de la secrétaire d’Etat, la députée sort un premier rapport d’étape, remis au ministre de la Culture et à la secrétaire d'Etat à l'égalité entre femmes et hommes. Il recommande notamment de mieux compter les femmes dans les médias, plus finement et plus souvent, et veut conditionner les aides à la presse à des critères d’égalité.

Ce travail, qui porte sur les mois de mars et avril 2020 et le début du mois de mai, est le fruit de l’analyse de ces deux enquêtes et de l’audition de près de 150 personnes. Le texte reconnaît d’abord les difficultés qu’ont traversées les médias pendant le confinement, et souligne le « rôle d’exhausteur des inégalités entre les femmes et les hommes » de la crise sanitaire.

« On a un vrai décrochage »

Les femmes expertes, ou celles dotées d’une « autorité » supérieure, selon les catégorisations différentes du CSA et de l’INA, ont été très minoritaires pendant cette période : elles forment respectivement 20 % des personnes vues pendant les reportages, émissions, JT, et autres débats d’informations, contre 38 % sur l’année 2019, comme le démontre le CSA.

Mais la députée se veut plus volontariste que le CSA, qui dans son rapport impute largement ce déficit de présence à la composition réelle de la société : « On a un vrai décrochage qu’on ne peut pas uniquement attribuer à la répartition du pouvoir dans les sphères économiques et politiques. Il ne faudrait pas juste se dire que c’est parce que la société est comme ça que les médias le sont », explique-t-elle à 20 Minutes. La députée en veut pour preuve la remontée observée dans les chiffres des matinales radio ou de France Télévision, qui donnaient 9 % d’expertes au mois de mars, avant de remonter à 20 % au mois d’avril.

« Resserrer les mailles du filet »

Pour remédier à ce déficit de présence, le texte de la députée recommande d’abord de chiffrer plus précisément cette présence, à la fois au niveau des organisations (postes à responsabilité, conditions de travail, etc.) et des contenus : « Pour que les femmes comptent, il faut d’abord les compter. » Céline Calvez propose ainsi de « poursuivre l’enrichissement des indicateurs du rapport annuel du CSA », notamment en période de crise, et d’encourager les médias audiovisuels à compter tous les mois, ou au moins tous les trois mois. « Compter tous les ans c’est une bonne chose, mais quand on est en période de crise on a besoin d’avoir des alertes, c’est pour cela qu’il faut peut-être resserrer les mailles du filet », nous dit-elle.

Alors que l’audiovisuel est obligé de compter les femmes sur ses antennes, la députée souhaite, et ce serait une nouveauté, « proposer des solutions à la presse écrite » et jouer le rôle, dans un premier temps d’incitateur envers ce secteur.

Certains médias comptent déjà : le journal Ouest France dispose d’un baromètre de données, alors que le quotidien Les Echos procède régulièrement à des « screenings » de la version numérique. Le journal Le Monde collecte des données tous les trois mois sur le sexe des signataires des tribunes, des personnes interviewées et sur la une du journal, selon le rapport.

Une thématique qui « irrite »

Pour inciter la presse écrite, tout ou partie des aides qui lui sont versées par l’Etat pourraient être conditionnées au respect d’un certain nombre d’indicateurs. Ou un bonus être versé aux magazines et journaux vertueux. Les journaux qui investiraient dans des outils pour mieux compter, tel le paritomètre du journal Le Temps, pourraient toucher un crédit d’impôt. Plusieurs médias se sont d’ailleurs proposés pour tester cet outil. « L’idée de ce rapport c’est aussi de repérer des bonnes pratiques. Si quelques médias arrivent à le faire et qu’on arrive à montrer aux autres que cela marche cela aura une capacité d’entraînement », estime la députée.

En attendant, l’idée de conditionner encore plus les aides de la presse (elles le sont déjà) fait grincer quelques dents. « Je sais que cette thématique irrite, mais je ne suis pas là pour rendre des choses sans aspérités. Nous sommes à un moment où on a une refonte de la filière presse, dans une période post-covid, avec un débat sur la conditionnalité de ces aides sur des objectifs environnementaux. Donc il faut le faire. Il faut que les aides puissent accompagner l’évolution des médias et de la société en général, si c’est de l’argent public », affirme la députée, annonçant à 20 Minutes une mission d’information sur ce sujet dans les prochains mois à l’Assemblée nationale.

Quid du Guide des expertes, un outil gratuit pour les journalistes, qui enregistre 700 connexions par jour, et propose quelque 4.000 expertes à près de 5.000 journalistes accrédités, mais n’a plus le sou ? La députée attend à ce stade de savoir si la pérennisation de cet outil -qui existe depuis 2015 sous forme numérique- pourra passer par un financement des médias eux-mêmes, ou devra nécessiter un sauvetage spécifique. « Notre boulot c‘est de dire "il faut financer" », assure la députée. Le rapport final est attendu pour fin août 2020.