Coronavirus à Montpellier : Comment le musée Fabre a pu prolonger l'exposition sur Jean Ranc

CULTURE L'exposition est à découvrir jusqu'au 28 juin. Mais il a fallu l'accord des musées prêteurs

Nicolas Bonzom

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L'exposition sur Jean Ranc est à découvrir jusqu'au 28 juin
L'exposition sur Jean Ranc est à découvrir jusqu'au 28 juin — Cécile MARSON - Montpellier Méditerranée Métropole
  • Au musée Fabre, l’exposition sur Jean Ranc ayant été stoppée par l’épidémie de Covid-19, la métropole de Montpellier a décidé de sa prolongation jusqu’au 28 juin.
  • Il a fallu, notamment, convaincre les musées prêteurs.
  • Cette crise pourrait avoir un impact sur le modèle économique des musées.

Au musée Fabre, à Montpellier (Hérault), les chefs-d’œuvre de Jean Ranc n’ont pas été décrochés, comme ils devaient l’être, le 26 avril. Le Covid-19 ayant privé les amateurs d’art, pendant plus de deux mois, de cette rétrospective consacrée à ce portraitiste de génie, la métropole a décidé qu’elle serait prolongée jusqu’au 28 juin.

« Nous l’avons prolongée, parce que Jean Ranc fait partie du patrimoine montpelliérain, et que les visiteurs n’ont pas eu le temps d’en profiter, confie Bernard Travier (DvG), l’élu métropolitain à la culture. L’exposition est splendide, il y a des toiles à couper le souffle. » « Je recevais des pluies de messages de personnes qui n’avaient pas pu voir l’exposition », confie Michel Hilaire, le conservateur du musée.

« Une vraie solidarité entre les musées »

Il a fallu, cependant, l’accord des musées partenaires, dont certains ont prêté des œuvres, comme le musée du Prado, le musée national de Stockholm et le Château de Versailles. « Il a fallu négocier, bien évidemment, avec les prêteurs, reprend Michel Hilaire. Pendant le confinement, nous avons contacté tout le monde. Le prolongement a été possible, aucun n’a réclamé une œuvre. Il faut dire que la dimension européenne de la crise a joué dans cette décision. Tous les musées ont été affectés de la même manière. Moi-même, pour la quinzaine de tableaux du musée qui étaient engagés ici et là, j’ai accepté les prolongations. » « Il y a une vraie solidarité entre les musées, c’est dans l’intérêt de tous, note Bertrand Travier. Les calendriers de tous ont été décalés. »

L’impact de ce type de pandémie n’est d’ailleurs pas vraiment prévu dans les contrats qui lient les musées entre eux, lors de la création d’expositions. « C’est assez inédit, indique Michel Hilaire. Et je pense que cette crise sanitaire va désormais être prise en compte dans les nouveaux contrats de prêts. » Les assurances ont par ailleurs été prolongées.

« Un musée qui reste fermé pendant des mois va à la mort »

Tout cela a un coût. Et pour Bernard Travier, la réouverture du musée était nécessaire, dès que les signaux étaient au vert. C’est le cas depuis le 2 juin. « Un musée qui reste fermé pendant des mois va à la mort, explique l’élu à la culture. Dans la mesure où les conditions sanitaires le permettaient, il fallait absolument rouvrir. La billetterie est importante. Quand vous n’allez plus dans un lieu pendant des mois, vous n’y pensez plus. Ça casse l’appétence. Mais cela peut aussi avoir l’effet contraire. Moi qui suis un féru de cinéma, je n’ai par exemple qu’une hâte, c’est que le cinéma Utopia rouvre ! Cela peut être aussi la même chose pour les expositions. »

Au musée Fabre, comme dans d’autres établissements culturels, aucune assurance n’a permis d’assumer les pertes d’exploitation. « Mais nous nous en tirerons, c’est un musée métropolitain, reprend Bernard Travier. Il faut désormais avoir une véritable réflexion sur le modèle économique des musées. Nous, nous sommes dans des coûts acceptables. Mais imaginez une exposition comme "Toutankhamon", à Paris, en pleine pandémie. Il y avait des millions d’euros engagés, c’était la mort assurée de l’équipement. »

Depuis quinze jours, le musée a rouvert. Et même s’il n’y a pas foule, « ça revient ». Tous les visiteurs doivent porter un masque, et une jauge a été fixée à 70 personnes dans l’exposition consacrée à Jean Ranc et à 240 dans l’ensemble du musée. « Visiter le musée en ce moment, c’est presque un luxe, note Michel Hilaire. Il y a moins de monde, et on peut avoir des moments magiques, face aux œuvres. »