Disquaires Days: « Tant que je n’ai pas un album en vinyle, ce n’est pas un vrai disque », confie Etienne Daho

INTERVIEW Alors que samedi marque le premier jour des Disquaires Days 2020, « 20 Minutes » a demandé entre autres, au parrain de l’événement d’évoquer son amour des vinyles

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Le chanteur Etienne Daho.
Le chanteur Etienne Daho. — Richard Dumas Presse Polydor
  • Etienne Daho est le parrain des Disquaires Days 2020.
  • Cette année, les Disquaires Days se tiennent les 20 juin, 29 août, 26 septembre et 24 octobre. Il s’agit de célébrer les disquaires indépendants.
  • « Je pense qu’il y a beaucoup de jeunes gens qui redécouvrent le vinyle par réaction à leurs aînés qui étaient grisés de voir des disques durs remplis de mp3 qu’ils n’écoutaient jamais », avance Etienne Daho pour expliquer l’engouement toujours plus vif pour ce support.

Les Disquaires Days lui ont fait une offre qu’il ne pouvait pas refuser. Etienne Daho a d’ailleurs rapidement accepté d’être le parrain de l’édition 2020 de cet événement célébrant les disquaires indépendants (voir encadré). « Je suis un amoureux du vinyle, c’est grâce à ce support que j’ai découvert la musique », glisse le chanteur, qui a accepté de dévoiler sa carte du tendre mélomane à 20 Minutes.

Comment qualifieriez-vous votre rapport aux vinyles ? De fétichiste ?

Pas fétichiste ! Pour moi, cela reste un objet magique. Tant que je n’ai pas un album en vinyle, ce n’est pas un vrai disque (sourire). A une époque où les maisons de disques considéraient que c’était un support terminé, mes albums n’étaient plus édités sur ce format et j’en éprouvais une grosse frustration. Je me suis rattrapé depuis, puisqu’ils sont désormais tous disponibles en vinyle. Je ne collectionne pas. Je n’achète pas un vinyle pour acheter un vinyle. C’est quand même un objet précieux, assez rare, qui ramène au côté artisanal de la musique qu’on a un peu oublié. Quand j’aime un artiste, je veux tout acheter. J’ai besoin de comprendre son cheminement. Je ne suis donc pas fétichiste mais complétiste, ce qui est aussi valable pour les livres.

On dit qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture. Faut-il juger un disque à sa pochette ?

En général, mes rencontres se font grâce à la pochette. C’est mon premier contact avec ce qu’il y a dedans. J’ai rarement été déçu. Je suis même souvent tombé amoureux de disques grâce à leurs pochettes.

Lorsque vous entendez le mot « vinyle », lesquels vous viennent en tête spontanément ?

Oh la la, il y en a tellement ! Je dirais l’album du Velvet Underground et Nico, parce que c’est incroyable d’avoir fait une pochette avec un fruit aussi banal qu’une banane. Andy Warhol a conçu d’autres visuels comme celui de Stinky Fingers pour les Stones, avec la braguette. Quand une pochette devient une œuvre d’art, c’est fantastique.

Vous-même accordez beaucoup d’importance aux visuels de vos albums…

Oui, ça m’importe vraiment beaucoup. La plupart du temps, ça me permet de faire des rencontres avec des artistes ou des photographes que j’apprécie. Comme Pierre et Gilles qui ont conçu [pour La notte, la notte en 1984] cette image de moi avec la marinière et le perroquet, qui est restée une image forte au-delà du disque, pour moi, pour eux. J’attache beaucoup d’importance à l’enveloppe, ça explique ce qu’il y a à l’intérieur. C’est un prolongement du disque. Ce n’est pas fragmenté.

Comment expliquez-vous l’engouement toujours plus vif pour le vinyle depuis quelques années ?

La musique est quelque chose d’assez sentimental, affectif. On a besoin d’avoir un rapport avec l’objet, comme avec un livre. Je pense qu’il y a beaucoup de jeunes gens qui redécouvrent le vinyle par réaction à leurs aînés qui étaient grisés de voir des disques durs remplis de mp3 qu’ils n’écoutaient jamais. Le côté glouton, comme ça… Il y a quelque chose qui s’est renversé même si beaucoup de gens écoutent de la musique en streaming – ce qui est fantastique aussi. Le retour au vinyle montre l’attachement à l’objet, cela n’est pas anodin. Ça dénote une envie de posséder quelque chose quand on l’apprécie.

Un vinyle a bien plus de charme qu’un CD…

Quand les CD sont arrivés, c’était assez magique parce que, à l’époque, on ne trouvait pas les intégrales. J’ai été disquaire quand j’étais étudiant. Il y avait trois ou quatre disques par artiste dans les bacs : le best-of, l’album en cours et l’album qui avait le mieux marché. Jamais la discographie entière. Avec le CD, on a eu l’expérience d’un son différent, ce qui était assez excitant, puis la possibilité d’avoir accès au catalogue d’un artiste, y compris aux raretés. Cela a permis de redécouvrir des choses. Il y a eu une période assez grisante avec le CD jusqu’à ce que les maisons de disques abusent de cette manne en finissant par produire des albums avec un son pourri, sans livret. Ces abus ont certainement dégoûté des consommateurs.

Les Disquaires Days sont l’occasion de célébrer les disquaires indépendants. Quelles sont vos habitudes en tant que client ?

J’ai des boutiques de prédilection mais en général, dès que je passe devant un magasin de disques, je ne peux pas m’empêcher d’entrer. Je suis irrésistiblement attiré. J’adore ça, j’adore chercher, la possibilité d’avoir des surprises. Il faut choisir la personne qui vous accompagne, parce que souvent les gens fatiguent assez vite (rires) et vous tirent par la manche en disant « Bon, on y va ? ! » Il faut donc être tout seul ou accompagné d’un grand malade comme soi.

Vous sortez ce vendredi « Surf », un album de reprises de standards tels que « Falling in Love » ou « Moon River », uniquement disponible chez les disquaires indépendants. Mais vous ne l’avez pas conçu spécialement pour les Disquaires Days. Vous avez commencé à travailler dessus en 2004. Pourquoi une si longue gestation ?

Ça a été compliqué parce que la maison de disques n’y accordait aucun intérêt. Pour moi, ce n’est pas un side-project, mais un vrai projet, un vrai disque, avec des chansons qui me racontent et que j’aime tellement que j’ai l’impression de les avoir écrites. Je l’avais commencé en 2004 et puis ça devenait compliqué, alors j’ai laissé tomber. Pour que j’en arrive là, vraiment, il faut y aller ! (rires) J’ai vaguement repris ce projet en 2006… et puis quand on m’a proposé d’être le parrain des Disquaire Days, je me suis dit que ce serait génial de faire ce disque tel qu’il aurait dû exister à l’époque, avec la photo d’origine pour la pochette. Il a fallu le refaire à 90 % parce que je ne savais plus où étaient les sessions studios que nous avions faites. On avait travaillé sur 45 titres à peu près, dont une vingtaine aboutis. C’est une telle joie que ce disque existe enfin. Je l’ai eu entre les mains il y a deux jours et ça a été un moment d’émotion. Cela ne m’est jamais arrivé de laisser tomber un disque. J’avais un regret de ne pas être allé au bout. Alors qu’il existe, que je puisse le partager avec les autres, ça m’apporte beaucoup.

Entre deux albums, vous laissez passer trois, quatre, voire six ans… C’est un rythme qui vous convient ?

La création est une petite bête très particulière. Parfois ça vient très vite, parfois c’est un peu plus long à se mettre en place. Je produis aussi les disques d’autres artistes, je les fais comme si c’était pour moi. L’album de Jane Birkin qu’on a terminé hier [mercredi 10 juin, l'entretien a été réalisé le 11 juin] soir, ça m’a pris un an. Je l’ai fait avec le même amour que si c’était l’un des miens. En tout cas, entre deux disques, je n’arrête jamais de travailler ou de faire de la musique.

A quoi peut-on s’attendre avec ce nouvel album de Jane Birkin ?

Ce disque est une merveille. On est parti d’une pièce qu’elle a écrite, Oh ! pardon, tu dormais… Je lui ai proposé de la mettre en musique. Cela a mis vingt ans à se faire. Il y a eu un temps de maturation extravagant. Mais c’était le bon moment de s’y coller maintenant. Il y a des textes issus de cette pièce, Jane en a écrit d’autres sur des événements récents concernant sa vie personnelle… J’ai fait de mon côté les musiques avec Jean-Louis Piérot. Ce sera vraiment un grand disque. Je crois qu’il est prévu pour novembre.

Ce samedi, ce sera la Fête de la musique, qui se déroulera dans des conditions particulières en cette période de déconfinement…

Tout est particulier en ce moment. On est dans une espèce de zone entre-deux. Mais c’est intéressant. J’ai beaucoup aimé le confinement, cet arrêt sur image. Ça a été très bénéfique pour moi, cela a été une manière de me reconnecter avec le temps que je peux m’accorder.

Cela a été une source d’inspiration ?

Non, mais j’ai retrouvé dix inédits sur un disque dur, que je n’aurais jamais retrouvé sans ce moment d’arrêt. Peut-être qu’ils sortiront un jour. Le confinement a été un temps pour ranger, réfléchir, me resituer et être juste par rapport à ce que je veux faire. Alors que, quand on est dans un train qui va à 500 à l’heure, il est souvent difficile de s’arrêter pour réfléchir et on enquille les projets.

La fête des disquaires indépendants

Cette année, en raison du contexte particulier lié au Covid-19, les organisateurs du Disquaire Day ont choisi de décliner l’événement sur quatre journées : le 20 juin, le 29 août, le 26 septembre et le 24 octobre. Plusieurs vinyles exclusifs, édités spécialement pour l’occasion, seront disponibles uniquement chez les disquaires indépendants. Outre l’album Surf d’Etienne Daho, les amateurs de disques pourront porter leur dévolu sur plus de 120 références, parmi lesquelles des albums de NTM, Malik Djoudi ou le projet d’Emily Loizeau en hommage à Lou Reed. Plus d’informations sur le site www.disquaireday.fr