Ils compilent en données la vie de leur bébé pour un résultat très graphique

GRAPHIQUE Little Big Data suit, en infographies et sur les réseaux sociaux, les tourments et les joies de deux jeunes parents

Benjamin Chapon
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Un exemple d'infographie du compte Little Big Data, qui suit les premiers mois de vie d'un bébé
Un exemple d'infographie du compte Little Big Data, qui suit les premiers mois de vie d'un bébé — C.Dealberto et J.Grandin
  • Clara Dealberto et Jules Grandin, deux infographistes, ont eu une fille au début du confinement.
  • Sur les réseaux sociaux, les jeunes parents publient des infographies, touchantes et hilarantes, qui racontent ces premiers mois de vie de leur bébé.
  • Leurs graphiques suscitent aussi débats et réflexions sur la parentalité, et l’art délicat de la visualisation des données.

Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Ok, mais en termes statistiques, ça donne quoi cette histoire. Clara Dealberto et Jules Grandin, deux infographistes et cartographes, ont eu un bébé au début de l’épidémie de coronavirus  (aucun lien de causalité) et ont décidé de raconter les premiers mois de la vie de leur enfant… en infographies.

« On y avait pensé pendant la grossesse, on avait même trouvé le nom du projet, Little Big Data, raconte le papa. Et c’est vrai qu’avec le confinement, on se sentait seuls avec cet événement. Alors le projet est devenu aussi une plateforme d’échanges et de conseils. » Depuis deux mois, Clara Dealberto et Jules Grandin  publient ainsi un graphique par jour sur des comptes Instagram et Twitter  créés pour l’occasion. « A la base, on faisait ces graphiques pour les groupes Whatsapp familiaux, pour gérer la frustration des grands-parents de ne pas voir le bébé. Mais très vite c’est devenu un projet pour les réseaux sociaux. »


De quoi s’agit-il concrètement ? Les titres des « figures » numérotées (55 à ce jour) peuvent aussi bien être très poétiques et froidement analytiques : « Evolution de l’amour porté à la table à langer, en taux de kiff sur les deux premiers mois », « Taux de frustration des grands-parents depuis la naissance et le début du confinement », « Evolution de la température du bain pendant qu’on le fait couler », « Evolution du taux d’angoisse parentale en fonction de l’intensité des bruits en l’absence de contact visuel avec le bébé »… Le point commun de ces infographies est d’être touchantes et souvent hilarantes.

Une base de données unique

« Avant la naissance, on se disait qu’il faudrait noter pas mal de données pour avoir une base fiable. On ne savait pas que, de toute façon, tous les parents le faisaient déjà avec l'heure des tétés ou des biberons… », raconte la maman. « On a donc des données réelles et quantifiables mais aussi des données plus farfelues comme l’intensité des cris ou le taux de bonheur… Quoi qu’il en soit, on travaille avec une base de données spécifique basé sur un bébé unique. »


Unique, mais un peu universelle aussi si on se fie aux nombreux commentaires et retours que suscite le projet. « On est très heureux que ça puisse parler à un maximum de gens et on y veille. Par exemple, notre enfant n’a pas de nom dans le projet, on utilise le pronom "on" pour la nommer », explique le papa. « On est partagé entre le fait de faire quelque chose sur notre fille, pour garder un souvenir, et le fait d’identifier des situations, des joies, des émerveillements, des problèmes que presque tous les jeunes parents peuvent rencontrer, explique la maman. Il faut quand même bien se rendre compte qu’on ne parle pas de TOUS les bébés. »

Débat infographique

Certaines infographies ont ainsi touché un point sensible et suscité des commentaires plus véhéments : celles sur l'utilisation de la tétine, ou pire, celles sur l’allaitement. « On avait décidé d’allaiter mais finalement, on est venu au biberon assez vite, explique Clara Dealberto. C’est une décision personnelle, on ne milite pas pour ça. On savait que ça allait susciter des débats et des prises de tête alors on a fait une infographie "Evolution multifactorielle de l’allaitement vers le biberon, suivi sur sept jours". C’était un peu notre réponse. »


Avec ses teintes pastelles et l’humour qui vient toujours se nicher au détour d’une abscisse ou d’une ordonnée, Little Big Data raconte ainsi les grands et petits bonheurs de la parentalité sans éluder les galères, les découragements, les angoisses…

Question de projection

Tout comme l’enfant va grandir, va se poser, pour les parents, la question de l’avenir de leur autre bébé. « Pour l’instant, tant qu’on tient debout et qu’on ne tombe pas de fatigue, on continue sur le rythme d’un graphique par jour. Et pour l’instant ça reste sur les réseaux sociaux. Mais bien sûr qui si on a une proposition pour en faire un livre, on y réfléchira. Il paraît que Steven Spielberg est intéressé pour l’adapter en film… »

Plus sérieusement, ce projet est aussi pour ces deux infographistes travaillant dans la presse, l’occasion de « s’éclater sur les formes. Dans nos boulots, on n'a pas toujours une totale liberté sur tous les sujets, notamment parce qu’on doit traiter de sujets d’actualité lourds. Là, on est maîtres de ce qu’on produit, on peut prendre toutes les formes que l’on veut. On veut aussi montrer qu’on peut tout raconter en infographies. »