Stéphane Lissner va quitter un Opéra de Paris « à genoux » avant la fin de son mandat

DRAME LYRIQUE Stéphane Lissner quitte ses fonctions de directeur de l’Opéra de Paris plus tôt que prévu, son successeur Alexander Neef doit élaborer un plan pour combler un déficit de « 40 millions d’euros de dettes »

A.D.

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L'intérieur de l'Opéra Garnier
L'intérieur de l'Opéra Garnier — Patrick Touneboeuf / Tendance Floue / OnP

Un mandat écourté. Stéphane Lissner, directeur général de l’Opéra de Paris depuis 2014, mettra un terme à ses fonctions le 31 décembre 2020, six mois avant l’échéance initialement prévue de son mandat. Il a pris cette décision afin de laisser les mains libres à son successeur Alexander Neef qui devra gérer un plan de relance drastique afin de relever la grande maison d’art lyrique.

Le gouvernement a refusé que son mandat soit prolongé. « Il m’a beaucoup été reproché la forme de soutien que j’ai exprimée vis-à-vis des grévistes de l’Opéra de Paris en décembre 2019 », estime Stéphane Lissner, interrogé par nos confrères du Monde.

Les grèves contre la réforme des retraites du 5 décembre au 3 mars 2020 ont entraîné l’annulation de nombreuses représentations, soit plus de 14,5 millions d’euros de perte. La fermeture du Palais Garnier et de l’Opéra Bastille pour cause de pandémie de Covid-19 équivaut à un manque à gagner de 31 millions d’euros, selon les chiffres du Monde.

« Des organisations braquées contre toute forme de gouvernance »

« Fin 2020, il est probable que l’Opéra de Paris n’aura plus de fonds de roulement », explique-t-il. « Nous affichons 40 millions d’euros de dettes et l’Opéra de Paris est à genoux », poursuit-il.

Et d’analyser : « Il y a, à l’Opéra de Paris, des syndicats responsables qui travaillent dans une confrontation constructive. Et il y a des organisations braquées contre toute forme de gouvernance, qui, en croyant défendre le salarié, mettent en péril l’outil de travail. »

Alors que Stéphane Lissner va prendre la direction du Théâtre San Carlo de Naples, le directeur préfigurateur, Alexander Neef, assisté de Martin Ajdari, directeur général adjoint de l’Opéra, ont pour mission à partir du 1er juillet de « dresser un constat sur la situation de l’établissement au terme d’une année de crise inédite », selon un communiqué du ministère de la Culture.

Ils devront également « proposer dès l’automne 2020 des orientations pour maintenir l’excellence et le rayonnement de l’Opéra national de Paris tout en revisitant son modèle économique, social et organisationnel afin d’assurer les conditions d’une exploitation équilibrée ».

La programmation lyrique et chorégraphique de l’Opéra national de Paris reprendra à partir de la fin du mois de novembre 2020 à Bastille et janvier 2021 à Garnier, après des travaux scéniques initialement programmés en 2021 et avancés compte tenu des incertitudes liées à la crise sanitaire actuelle. Une nouvelle scène et une nouvelle équipe pour relever la grande maison d’art lyrique.