De Booba à Tik Tok, la chanteuse Tessae prend son envol et sort son premier EP, « Printemps »

MUSIQUE Trois autres EP saisonniers devraient suivre cette année

Clio Weickert

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Tessae sort son premier EP vendredi.
Tessae sort son premier EP vendredi. — Eugénie Atinault
  • Repérée notamment par Booba lors d’un concours sur les réseaux sociaux l’an dernier, Tessae commence à se faire une petite place sur la scène urbaine française.
  • Après le succès du titre Bling, la Marseillaise sort Printemps, son premier EP.

Si vous n’avez pas encore entendu parler de Tessae, son nom ne devrait pas tarder à vous revenir aux oreilles. Après le succès du titre Bling en mai dernier, la jeune marseillaise de 18 ans sort vendredi son premier EP de cinq titres intitulé Printemps, suivi les prochains mois par trois autres EP saisonniers. Au programme ? De la « pop urbaine » entêtante, mêlant chant et flow rap, imprégnée d’une forte dose de mélancolie.

Repérée notamment par Booba lors d’un concours l’an dernier sur les réseaux sociaux, Tessae construit peu à peu son nid sur la scène musicale française. Comparée parfois à la Californienne Billie Eilish, l’artiste revendique son droit à la bizarrerie, et récolte les souvenirs des autres pour nourrir sa musique et apaiser les esprits.

Le coup de projo de Booba

Sur le papier, le parcours musical de Tessae (un dérivé de Tessa, son véritable prénom), est tout ce qu’il y a de plus classique pour une artiste de sa génération. La jeune femme baigne depuis toute petite dans la musique, prend des cours de chant dès l'âge de 10 ans, puis se lance dans l’art de la « cover » à l’adolescence, en postant des vidéos de reprises sur YouTube. Plus dans un délire Aurora ou 21 Pilots au départ, elle s’ouvre alors petit à petit au rap, à Orelsan, Rilès ou Booba. Bingo.

Au printemps 2019, B2O lance un concours sur les réseaux sociaux et propose à l’interprète de la meilleure reprise de son titre Arc-en-ciel (sa balade romantique), de l’accompagner sur scène lors du festival We Love Green en mai de la même année. Tessae décroche le ticket d’or.

« Le moment où j’ai appris que j’avais gagné, c’était crises de panique sur crises de panique. Mais j’ai tellement stressé avant que le jour même, plus rien !, confie-t-elle à 20 Minutes par téléphone. Chanter devant 40.000 personnes c’est ouf, et avec Booba en plus ! Il est super cool, il était vachement à l’écoute. » Le rappeur lui permet donc de prendre un premier vrai bain de foule, et donne un petit coup de pouce à sa carrière. D’autant que la veille du concert Tessae balance l’un de ses premiers sons pro, La Luna, la machine est lancée.

Confidences confinées

Suivront d’autres titres comme Ça tangue, Panthéon ou plus récemment Bling, qui est devenu un petit phénomène sur Tik Tok. Cette fois-ci le coup de projecteur vient de la tiktokeuse Lenna Vivas qui invite ses followers à reproduire une chorégraphie sur la musique de Tessae. Le « bling challenge » génère plus d’un million de vues, et sur YouTube, le clip du titre cumule actuellement plus de 130.000 vues. 

Les réseaux sociaux vont prendre une place particulière dans la carrière de la chanteuse. Alors que le confinement contraint une bonne partie des Français à rester chez eux, la Marseillaise décide de ne pas rompre le lien avec ses fans, au contraire. « Je reçois souvent des messages où les gens me disent qu’ils se reconnaissent dans mes textes et ça me touche beaucoup. Je me disais que ce serait bien de pouvoir encore plus aider les gens et leur donner une voix en chantant une partie de leur vie », explique-t-elle. « Ad vitam (la boîte à souvenirs) » voit alors le jour. Via les réseaux sociaux, les internautes partagent à Tessae un moment marquant de leur vie, et elle leur en fait des chansons, « à la façon » de leur artiste préféré.

Elle peut y aborder des sujets légers, mais aussi des thématiques douloureuses comme l’homophobie, le mal-être, le harcèlement… « C’est vrai qu’à des moments on se prend toute l’histoire d’une personne d’un coup et ça peut être lourd à lire, mais le fait de pouvoir faire ça et leur parler, je pense que ça aide, estime-t-elle. Même si je n’ai pas forcément de conseils à donner, je les écoute et ils peuvent se sentir plus légers après. J’essaye de mettre un peu de positif dans leurs souvenirs négatifs. » Une oreille attentive qui a elle-même connu des périodes difficiles.

Epreuves et douce folie

Gamine « rêveuse » et « un peu bizarre », elle a connu l’isolement, les critiques, la déscolarisation, la phobie sociale, et est particulièrement sensible à ces sujets. « J’ai déjà vécu ça, de m’enfermer et de m’éloigner de tout le monde, et ça ouvre les portes à plein de mauvaises choses », dit-elle. Des souffrances qu’elle raconte aussi dans ses chansons : « Pour le moment c’est ce que j’ai pu vivre dans mes années collège/lycée, des choses que je ressens, ça va forcément être très mélancolique parce que ça parle de harcèlement, de confiance en soi, de peur de l’échec, d’anxiété… Mais j’essaye toujours de garder une petite touche d’espoir dans les textes parce que le but est quand même de faire passer un message positif. J’ai eu une période compliquée mais je m’en sors quand même ».

Une sensibilité particulière et une folie douce qu’elle partage avec Billie Eilish, l’un de ses modèles. Mais n’allez pas lui coller une étiquette. « La comparaison ne me dérange pas tant qu’on ne me dit pas que je suis une copie. Je ne me considère pas du tout comme étant la "Billie Eilish française", j’essaye juste d’aider les personnes comme elle a pu le faire, et amener un univers différent. Pour moi c’est l’artiste qui a apporté une touche bizarre dans la musique pop, et qu’on me compare à une artiste qui a pu changé un mood, un style, ça me flatte », reconnait-elle. Et on lui souhaite un aussi beau début de carrière.