Marseille : « Mon Dieu, c'est Saint-Exupéry »... La folle histoire du plongeur qui a localisé l'épave de l'écrivain il y a 20 ans

LITTÉRATURE Le 27 mai 2000, un plongeur marseillais, Luc Vanrell, parvenait à localiser avec certitude l’épave d’Antoine de Saint-Exupéry. « 20 Minutes » l’a retrouvé

Mathilde Ceilles

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Le plongeur marseillais Luc Vanrell devant les débris de l'avion de Saint-Exupéry qu'il a permis de retrouver
Le plongeur marseillais Luc Vanrell devant les débris de l'avion de Saint-Exupéry qu'il a permis de retrouver — GERARD JULIEN / AFP
  • Le 27 mai 2000, un plongeur marseillais, Luc Vanrell, annonçait avoir localisé avec certitude l’épave de l’avion d’Antoine de Saint-Exupéry.
  • L’écrivain a disparu en vol le 31 juillet 1944.
  • Vingt ans après, 20 Minutes a retrouvé ce plongeur qui raconte, avec la même fougue, ce qui constitue l’histoire de sa vie.

C’était le 27 mai 2000. Il y a tout juste vingt ans. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. « Ça a fait le tour de la planète en un rien de temps », se souvient Luc Vanrell. Il faut dire que le plongeur marseillais vient de lâcher une bombe. Après des décennies de mystère, de spéculation, Luc Vanrell affirme avoir retrouvé et identifié au large de Marseille l’épave de l’avion d’Antoine de Saint-Exupéry, mort dans des circonstances mystérieuses en Méditerranée alors qu’il était en opération, le 31 juillet 1944, en pleine Seconde Guerre mondiale.

Vingt ans plus tard, Luc Vanrell raconte cette histoire avec la même passion. L’histoire d’une rencontre fortuite entre un jeune plongeur et quelques bouts de métaux, posés à vingt mille lieues sous les mers, au large de l’île du Riou, à quelques encablures du Vieux-Port. Nous sommes alors dans les années 1980. Le jeune Luc Vanrell plonge dans le coin pour des entraînements, et croise la route… d’un avion, posé là, sur le fond.

Tout part d’une gourmette

Il croit d’abord à un appareil de l’armée allemande qui s’est écrasé là en pleine Seconde Guerre mondiale, comme il en existe des dizaines dans les mers marseillaises, vaste cimetière immergé. Passionné de photographie et d’épaves sous-marines, Luc Vanrell immortalise sur la pellicule sa découverte, sans nulle autre intention que celle de ramener un souvenir. Ce détective d’un genre un peu particulier se retrouve face à une énigme supplémentaire, une carlingue de plus dont il essaiera de retracer l’histoire, comme tant d’autres à venir.

Cette enquête-là, malheureusement, patine. Impossible d’identifier ce qui lui apparaît alors comme une mystérieuse épave de la Luftwaffe. Jusqu’en 1998. Un pêcheur marseillais dit avoir retrouvé dans ses filets une gourmette, siglée… Antoine de Saint-Exupéry. « Ce n’était au début qu’un bruit de fond, qu’une rumeur, se souvient Luc Vanrell. Ça commence à sortir discrètement dans la presse. Je vois les recherches commencer tout aussi discrètement. »

Des photos dans un journal

Quelques mois plus tard, Sciences et Vie consacre un article à cette découverte. « Dans cet article, ils disent que toute cette histoire de gourmette était fausse, affirme Luc Vanrell. Mais surtout, il y a des photos d’une épave prises pendant les recherches. Et je reconnais tout de suite. » A force de potasser les bouquins spécialisés et de photographier des avions échoués par dizaines, Luc Vanrell identifie sur ces clichés l’épave qu’il avait rencontrée et photographiée quelques années auparavant, au large de l’île de Riou. Des restes qui se révèlent être non pas ceux d’un avion allemand, mais d’un modèle américain, un Lockheed P-38 Lightning. Celui-là même à bord duquel Antoine de Saint-Exupéry, dont on a retrouvé la gourmette dans le même secteur que cette carcasse, a disparu.

L’enquête de Luc Vanrell reprend de plus belle. Le plongeur amasse « un mètre cube de livres » sur ce type d’avions, contacte des vétérans américains. Il s’agit d’être sûr de soi avant d’annoncer la nouvelle. Aidé d’experts, d’historiens et de passionnés, le plongeur parvient à une certitude : seuls quatre avions de ce type ont disparu en Méditerranée. Trois d’entre eux ont été localisés et identifiés. Un seul était jusqu’ici introuvable : celui d’Antoine de Saint-Exupéry.

« Mon Dieu, c’est Saint-Exupéry »

Rapidement, à force de collecter des preuves, le plongeur arrive au bout de ses recherches, non sans une certaine tristesse. « L’affaire était presque bouclée, explique-t-il dans un sourire. Mais c’est toujours difficile d’arrêter une aventure sous la mer. Alors peut-être que j’ai abusivement traîné, pour ne pas arrêter, victime de mes lectures de Saint-Exupéry. Il reste l’idole de ma jeunesse. »

Avant de faire la grande révélation, Luc Vanrell retourne une dernière fois en mer, à la rencontre de l’appareil. « Je voulais vérifier quelque chose, raconte-t-il. Dans l’avion, il y avait un petit coffre à bagage, pour le pilote. J’aperçois un chiffon blanc. En rentrant dans l’épave, j’arrive à le décrocher. Je me dis qu’un mécanicien a dû laisser là un bout de tissu avant le décollage, et que ce n’était pas bien sérieux… Mais quand je l’ai à la main, je m’aperçois qu’il s’agit d’un foulard de soie, de très bonne qualité, avec un liseré noir. Un bas de femme qui a été transformé en écharpe. Il y a encore le nœud pour la nouer autour du cou. Je suis dans un désert sous-marin, entouré de tôles. Je fais l’analogie avec la couverture du Petit Prince, avec ce foulard qui flotte au vent. Je le mets autour de mon cou. Et je me dis : "Mon Dieu, c’est Saint-Exupéry. C’est son tombeau." A cet instant, l’épave est devenue l’avion de Saint-Exupéry. »

Une fois à la surface, la découverte est révélée au grand jour. Le Lockheed est sorti des eaux, scruté, et exposé désormais au musée du Bourget. De son côté, Luc Vanrell se fixe un autre objectif, qu’il atteindra : celui de retrouver le soldat allemand qui a abattu Saint-Ex. Une enquête qui durera des années encore pour éclaircir les circonstances de la mort de l’écrivain. Malgré de réelles avancées, le doute plane toujours, et les théories, plus folles les unes que les autres, viennent ajouter leur part de mystère à cette tragédie énigmatique. Mais, ça, c’est une autre histoire…