Marseille : « La musique se consomme trop vite », le rappeur Kemmler sort son nouvel album « Gris » de manière évolutive

INTERVIEW Le rappeur marseillais Kemmler sort vendredi son nouvel album, Gris, de manière évolutive comme une série, dans lequel il se livre sur ses attaches familiales

Kemmler sort son nouvel album
Kemmler sort son nouvel album — Fifou
  • Kemmler sort son nouvel album Gris, ce vendredi, de manière évolutive, sept titres seront dévoilés dans un premier temps, et sept autres suivront.
  • Le rappeur marseillais dans ce nouvel album ses fortes attaches familiales.
  • Il revient pour 20 Minutes sur sa période de confinement.

Le rappeur marseillais Kemmler sort ce vendredi un nouvel album, Gris, deux ans après la sortie du premier, Rose. Il a choisi de le sortir de manière évolutive, avec sept premiers titres, puis sept autres qui suivront prochainement. Il revient sur cette période de confinement « compliquée personnellement » mais « positive professionnellement », et espère rapidement retrouver ses fans.

Vous sortez un nouvel album vendredi, deux ans après le premier, pourquoi avoir attendu si longtemps ?

J’ai choisi de faire une musique où je raconte vraiment ce que je vis, je raconte les trucs que je connais. Je pars du principe que si tu racontes vraiment ce que tu vis, si tu racontes des trucs à deux ou trois mois d’intervalle, il n’y a pas grand-chose qui change. Tourner en rond c’est dommage, et je trouve que c’est un peu se foutre de la gueule des gens. Donc vraiment je veux vivre des trucs. Chaque album que je vais faire, ça va vraiment être une espèce de marqueur dans le temps, ça va représenter une partie de ma vie, et mon humeur actuelle sur un moment donné.

Qu’est ce qui a changé en deux ans ?

Beaucoup de choses. Ma musique et ma vie sont très liées, j’accorde beaucoup de temps à la partie professionnelle. J’ai sorti un album qui s’appelle Rose il y a deux ans. Suite à ça, j’ai eu pas mal de maisons de disques qui se sont intéressées à moi, donc j’ai signé chez Universal music, chez Def Jam. J’ai commencé à écrire pour des artistes, Shy’m, LEJ, je me suis même retrouvé à écrire pour Faudel, c’est totalement improbable. Je me retrouve à beaucoup moins voir, ma famille, mes amis, être souvent à Paris, à l’étranger. Beaucoup de choses changent, tu rencontres de nouvelles personnes, il y a des choses qui se créent avec les nouvelles personnes avec qui tu bosses, parce que vous vivez plus ou moins la même chose. Des amitiés se forment, elles deviennent même peut-être plus fortes que tes amitiés qui sont là depuis longtemps. Il y a beaucoup de choses qui changent, et c’est ce que je raconte dans l’album.


C’est difficile de voir que les choses changent comme ça ?

C’est dur parce que tu as des gens qui te font ces réflexions-là et quand c’est des gens que tu aimes, c’est forcément plus difficile à entendre parce que tu sais que c’est vrai. Tu sais que c’est vrai, et même quand tu es là ils ont l’impression que tu n’es pas vraiment là ; Je suis là mais je vais recevoir 17 coups de téléphone, je vais parler du taf, puis on va discuter mais je serai toujours en train de penser au truc du taf.

C’est plus mes potes qui me le reprochent. Des fois tu as des réflexions pour vanner du genre « oh ca va, la star arrive » ou des trucs comme ca. Ça me touche parce que je sens qu’un décalage se fait. Mes parents ne me font pas forcément de reproches, j’essaye d’être chez mes parents une fois ou deux par semaines. Mais quand tu es à Paris, puis que tu pars à Marrakech, tu te retrouves à pas trop les voir. Sans parler des horaires, je vis en décalage.

Pour faire de la musique ?

Ouais totalement, je dors à 7 h du matin, je me réveille à 15 h. C’est un rythme qui me va, il est 16 h je profite du soleil, de la journée, je commence vraiment quand le soleil commence à tomber. Je me sens bien. Si on est passé de Rose à Gris, c’est parce que justement j’ai peut-être des idées un peu plus sombres, la nuit c’est plus facile de le penser.

Pourquoi avez-vous des idées un peu sombres en ce moment ?

C’est ce que je vis, je n’ai pas réussi à me demander ce qui me rendait comme ça, et c’est peut-être les questions que je me pose au fil de l’album, mais je sens que ça arrive. Les trucs que tu voulais toujours commencent à arriver et puis tu te dis « ouais mais je ne veux peut-être pas ça au final », donc tu te remets en question.

Vous avez dû pas mal gamberger pendant le confinement ?

La musique c’est une passion et j’ai eu la chance de continuer ma passion. J’ai été hyperactif, ça m’a permis de plus parler avec le public que j’ai aujourd’hui. Ça a permis à des gens de me découvrir. Ça a été une période professionnellement parlant positive, mais humainement compliquée. Parce que tu vois encore moins ta famille, tes proches. Moi je suis hypertactile, ne pas embrasser ma mère c’est hyperdifficile, me retrouver à ne pas la voir. Donc ouais tu as des gamberges. Tous les apparts que j’ai eus, j’essaye d’être pas trop loin d’eux. Parce que j’ai un lien très fort. Je suis très famille, très très famille donc c’était très difficile pour moi.

Qu’est ce que ca vous apportent ces liens familiaux ?

C’est primordial pour moi, je pense que sans ça je peux ni écrire ni continuer à faire ce que j’aime. C’est l’essence même de ma musique, de ma vie. J’ai un lien très fort avec la famille, ça se ressent tout au long de l’album j’ai beaucoup de titres ou ma famille entre en jeu, pour une phrase, ou pour un morceau entier même. D’ailleurs c’est très nouveau pour moi, j’ai toujours eu une pudeur. Quand j’ai commencé la musique, mes parents savaient que j’en faisais mais ce n’était pas mon travail donc je ne voulais pas qu’ils écoutent. Je dis des gros mots alors que devant mes parents je ne parle pas mal. Aujourd’hui c’est mon travail donc de toute façon c’est aux yeux de tout le monde, sur les réseaux, mes parents l’ont vu. Là dans cet album je me suis lâché, j’ai fait un morceau pour ma mère, je parle beaucoup de mon frère, de mon père, ma mère.

Kemmler lors de son concert à Aix-en-Provence, juste avant le confinement
Kemmler lors de son concert à Aix-en-Provence, juste avant le confinement - Pat&Patate

Mes parents ne m’ont jamais vu sur scène, la veille du confinement j’avais un concert à Aix. Ils devaient venir, c’était la première fois, mais au final il y a ce truc. Mes parents ont 70 ans donc je lui ai dit que c’était mort, ça a été dur pour ma mère de se dire « ah c’est la première fois que je pouvais voir mon fils et je ne peux pas ». J’ai fait un vrai avancement d’enlever cette barrière pudique entre mes parents et mon travail.

Comment entretenir ce lien avec les fans sans concerts ?

Ça a été difficile d’apprendre ça, quand j’ai sorti Rose je n’ai pas fait de tournée. La musique commence à plutôt marcher maintenant, donc là ça allait être l’occasion de ma première tournée. J’espère que ça va pouvoir se faire quand même. C’est un peu un rêve de faire une tournée, rencontrer les gens, et là on a commencé à faire les premiers concerts et confinement. A Aix, c’était la première fois que je rencontrais mon public réel, ça fait une drôle de sensation, c’était la première fois que les gens connaissaient mes paroles. Donc ça a été un peu difficile d’apprendre ça. Mais ça m’a permis d’être encore plus présent sur les réseaux pour garder ce contact-là, et puis il y a eu des lives ou tu rencontres les gens. Il n’y a pas ce contact humain, c’est un peu difficile mais on s’adapte.

Et vous avez fait participer les internautes sur le morceau Confinez moi avec elle…

Le son est rentré dans l’album, j’ai crédité toutes les personnes qui ont donné des mots dans le titre. Donc ça permet à une partie de mon public d’être présent sur l’album, physiquement je trouve ça marrant. Ca entretient une forme de lien avec les personnes qui me suivent, c’est cool. Comme sur les réseaux, j’essaye vraiment d’être comme je suis avec mes potes dans la vie. Il y a un lien qui se crée assez fort entre eux et moi.

Vous avez décidé de sortir le nouvel album Gris en plusieurs fois, pourquoi ?

Oui, ça va être un album évolutif, on a voulu faire quelque chose d’original donc c’est un album qui va arriver petit à petit. En gros là c’est le début de l’album qui sort, l’album va évoluer en plusieurs phases. Quand j’ai sorti Rose, au bout de deux semaines la question c’était « c’est quand le prochain album ». Tranquille les gars, je viens de sortir un album. Là je me suis dit pourquoi pas faire durer un album dans le temps. La musique se consomme trop vite, ça a trop changé. Ça va leur permettre d’apprécier chaque morceau à sa juste valeur, je vais déjà sortir sept morceaux, on va se retrouver dans un mois, un mois et demi à sortir les 7 suivants, sans date précise. On se dit que tant que l’album vit, on continue. Je trouve ça marrant, ça change un peu des habitudes.


Vous avez participé au premier épisode d’OM Sessions, puis au titre " OM, La Compo ", vous avez un lien particulier avec le club ?

C’est ouf pour moi, parce que je suis un vrai fan total de l’OM. Je suis malade, autant j’ai du recul pour la musique, autant pour le foot je n’ai aucun recul. Je suis vraiment fan de la première heure. Le jour où ils nous ont contactés pour OM Sessions c’était dingue. J’ai ramené mon père pendant le tournage, on était à la Commanderie c’était dingue pour mon père qui est fan depuis les années 70. J’essaye de regarder tous les matchs avec lui, si je suis à Marseille je ne peux pas regarder un match sans mon père. On s’est vraiment bien entendu avec l’équipe média de l’OM du coup ils m’ont appelé pour un jour commenter un match à la place de Jean-Marc Ferreri qui n’était pas là, c’est ouf je me retrouve à commenter un match alors que quand on est sur la PlayStation c’est nous qui commentons avec mon frère. C’était dingue.