Déconfinement à Paris : L’Institut Giacometti attend ses visiteurs pour un tête-à-tête avec les œuvres disparues du sculpteur

BOUFFÉE D'AIR Seulement dix personnes au maximum pourront contempler les œuvres du sculpteur, des œuvres de la première période qui avaient disparu, et ont été exhumées par l’Institut Giacometti

Aude Lorriaux

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Catherine Grenier, directrice de la Fondation Giacometti, montre la reconstitution d'« Oiseau silence », oeuvre disparue d'Alberto Giacometti, à la veille du déconfinement de l'exposition « À la recherche des œuvres disparues », à l'Institut Giacometti à Paris, le 14 mai.
Catherine Grenier, directrice de la Fondation Giacometti, montre la reconstitution d'« Oiseau silence », oeuvre disparue d'Alberto Giacometti, à la veille du déconfinement de l'exposition « À la recherche des œuvres disparues », à l'Institut Giacometti à Paris, le 14 mai. — Aude Lorriaux / 20 Minutes
  • L’exposition À la recherche des œuvres disparues de l’Institut Giacometti reprend à partir du 15 mai, après une interruption de deux mois. C’est une des premières expositions de la capitale à être déconfinée.
  • « Nous sommes un lieu qui a toujours privilégié un lien intime aux œuvres, c’était dans l’ADN de la Fondation, et cette relation unique et personnelle aux œuvres est encore renforcée », indique Catherine Grenier, directrice de la Fondation Giacometti.

C’est une entrée discrète mais colorée, avec une porte en fer forgée marine et des mosaïques blanches et jaunes. Et aujourd’hui ont été ajoutées d’autres couleurs : un cordon bleu électrique et des autocollants rouge vif, qui indiquent la « distance à respecter ». Nous sommes à Paris, dans le XIVè arrondissement, à l’Institut Giacometti, qui en ce matin du 14 mai, s’apprête à rouvrir ses portes dès le lendemain, comme l'y autorisent les mesures gouvernementales et préfectorales sur les « petits musées », dans une atmosphère sereine, pour montrer son exposition « À la recherche des œuvres disparues ». L’une des premières à être déconfinées dans la capitale.

Demain à la même heure, il y aura un agent de surveillance, qui attendra les visiteurs et visiteuses qui auront préalablement réservé leur billet avec un créneau spécifique sur Internet, et seront priés de bien vouloir entrer masqués, pour un bal en comité restreint. Pas plus de dix personnes en même temps, qui auront 20 minutes pour tout visiter, quand d’habitude les amateurs et amatrices d’art ont tout leur temps.

Christian Alandete, le directeur artistique de l'Institut Giacometti, entre dans le bâtiment qui abrite l'exposition « À la recherche des œuvres disparues », à la veille de son déconfinement, le 14 mai.
Christian Alandete, le directeur artistique de l'Institut Giacometti, entre dans le bâtiment qui abrite l'exposition « À la recherche des œuvres disparues », à la veille de son déconfinement, le 14 mai. - Aude Lorriaux / 20 Minutes

Lien intime

Une fois le ticket bipé, le curieux privé de contemplation pendant deux mois apercevra, dans la première salle, devant la billetterie, l’atelier d’Alberto Giacometti. 24 mètres carrés seulement, qui font dire à Christian Alandete, le directeur artistique, que le sculpteur était lui aussi en quelque sorte « confiné » : « Il a vécu toute sa vie dans cet espace réduit. » Mais pour savoir que le buste sur lequel notre regard se pose est celui du photographe Eli Lotar, ami de Giacometti et dernière œuvre sur laquelle l’artiste a posé ses doigts, il faudra écouter l’audioguide, car les fiches physiques ont été enlevées.

Pour assurer la sécurité de ses invités, le petit musée de 350 mètres carrés n’a pas lésiné. Quatre personnes seront sur les lieux pour indiquer le sens de circulation aux dix bienheureux, qui trouveront du gel hydroalcoolique dans chaque pièce et une intimité redoublée : « Nous sommes un lieu qui a toujours privilégié un lien intime aux œuvres, c’est dans l’ADN de la Fondation Giacometti, et cette relation unique et personnelle aux œuvres en est encore renforcée », indique Catherine Grenier, directrice de la Fondation Giacometti, qui veut positiver.

Christian Alandete, directeur artistique de l'Institut Giacometti, et Anne-Marie Pereira, attachée de presse, se passent du gel hydroalcoolique sur les mains.
Christian Alandete, directeur artistique de l'Institut Giacometti, et Anne-Marie Pereira, attachée de presse, se passent du gel hydroalcoolique sur les mains. - Aude Lorriaux / 20 Minutes

48 œuvres mises au jour

En toute sécurité, nous pouvons donc admirer dans la salle principale l’Oiseau silence qui étend péniblement ses ailes blanches au travers d’une cage, sans pouvoir nous empêcher d’y voir une sorte de métaphore de notre confinement. Il s’agit d’une reconstitution d’une version exposée en 1933 au salon des surindépendants.

Car l’idée de l’exposition est de montrer des œuvres disparues, ou détruites. Près de 48 ont été mis au jour, sur 150 réalisées dans cette période (1922-1935) dont on avait perdu la trace.

A côté de la cage à oiseau, un bas-relief créé pour Georges Henri Rivière en 1929 suggère une scène d’amour, une œuvre qui a disparu après le… divorce du couple en question. « Peut-être qu’elle existe encore, quelque part… » suggère, avec une dose de mystère et d’espièglerie, le directeur artistique de l’Institut.

Christian Alandete, directeur artistique de l'Institut Giacometti, à côté d'un bas-relief de l'artiste créé pour Georges Henri Rivière en 1929, et reconstitué pour l'exposition.
Christian Alandete, directeur artistique de l'Institut Giacometti, à côté d'un bas-relief de l'artiste créé pour Georges Henri Rivière en 1929, et reconstitué pour l'exposition. - Aude Lorriaux / 20 Minutes

« La culture est importante pour la santé mentale »

Vous ne pourrez pas en savoir plus en allant feuilleter le catalogue ou les livres de la bibliothèque, qui ne peuvent plus être consultés en cette période de virus. Ni aller aux toilettes pour vous soulager, elles sont désormais condamnées.

Quant aux réservations, on vous conseille de vous dépêcher, les créneaux pour ce week-end ont déjà été pris d’assaut, rapporte Christian Alandete. Le directeur artistique se réjouit de retrouver le public : « Il faut réapprendre à vivre une vie aussi normale que possible. La culture est importante pour la santé mentale. »

Un panneau dans l'exposition d'Alberto Giacometti « À la recherche des œuvres disparues », à l'Institut Giacometti, le 14 mai 2020.
Un panneau dans l'exposition d'Alberto Giacometti « À la recherche des œuvres disparues », à l'Institut Giacometti, le 14 mai 2020. - Aude Lorriaux / 20 Minutes
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