Films de Jacques Demy sur Netflix : Les conseils de visionnage de Rosalie Varda

CINEMA « 20 Minutes » a demandé à Rosalie Varda, qui s’emploie à « faire vivre » les films de ses parents, de mettre en avant quatre des films de Jacques Demy rejoignant le catalogue de Netflix ce vendredi

Fabien Randanne

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Catherine Deneuve et Françoise Dorléac dans un extrait des «Demoiselles de Rochefort»
Catherine Deneuve et Françoise Dorléac dans un extrait des «Demoiselles de Rochefort» — NANA PRODUCTIONS/SIPA
  • Ce vendredi, Netflix met en ligne neuf films de Jacques Demy.
  • Rosalie Varda, dirigeante de Ciné-Tamaris, société chargée de défendre les oeuvres d'Agnès Vard et Jacques Demy, fait un gros plan sur quatre longs métrages pour 20 Minutes.

Neuf films de Jacques Demy arrivent ce vendredi sur Netflix. Parmi eux, des classiques tels que Les Parapluie de Cherbourg ou Peau d’âne, et des œuvres plus méconnues, à l’image du Joueur de flûte. Pour Rosalie Varda, fille d’ Agnès Varda et Jacques Demy, c’est une excellente nouvelle. « Je suis heureuse que les plateformes telles que Netflix ou Amazon commencent à s’ouvrir au cinéma d’auteur. Je suis favorable au fait d’aller chercher les spectateurs et les futurs cinéphiles là où ils sont et qu’on leur donne la possibilité de choisir. Si dans ce choix, il y en a un qui tombe sur Lola et qui reste, peut-être qu’après il aura envie de voir un autre film de Jacques Demy, puis un Truffaut, un Chabrol… », avance la dirigeante de Ciné-Tamaris, société chargée de « faire vivre » les films de ses parents.

« En faisant ça, on met des cailloux, comme le Petit Poucet », sur la route de la cinéphilie. 20 Minutes a demandé à Rosalie Varda de servir de guide dans l’œuvre de Jacques Demy, en conseillant quatre longs-métrages.

« Les demoiselles de Rochefort » (1966)

« C’est un film transgénérationnel. On a la chance que les films de Jacques Demy soient aimés par la nouvelle génération et que la plupart d’entre eux aient assez bien traversé les décennies. Les demoiselles de Rochefort a un aspect vintage des années soixante avec un côté amusant sur la mode, le style, les couleurs. J’ai toujours pensé que les projections de ce film devraient être remboursées par la Sécurité sociale parce que c’est beaucoup plus positif qu’un anxiolytique. Quand vous avez un coup de mou, vous vous mettez Les Demoiselles de Rochefort, et une heure et demie plus tard, ça va beaucoup mieux. C’est un film que l’on ne voit pas de la même manière selon l’âge que l’on a. Je dis toujours que j’ai grandi avec les films de mes parents. Je n’ai pas vu Les Parapluies de Cherbourg de la même manière quand j’avais 11 ans, que quand j’en ai eu 18, avec mon premier chagrin d’amour, ou même maintenant que j’en ai 62. On grandit avec les films de notre enfance, de notre adolescence. »

« L’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la Lune » (1973)

« C’est un clin d’œil aux comédies américaines légères de l’après-guerre. C’est un film délicieux, drôle. Cette idée un peu loufoque avec Catherine Deneuve en coiffeuse et Marcello Mastroianni en moniteur d’auto-école qui tombe "enceinte" vient du fait que Marcello et Jacques buvaient des verres ensemble le soir. Ils adoraient l’alcool de poire, ils ont dû se prendre une petite cuite en ayant leurs femmes [respectivement Catherine Deneuve et Agnès Varda] enceintes et se dire "Elles n’arrêtent pas de nous dire qu’elles attendent un bébé et nous, si on faisait un film ensemble ?". Catherine Deneuve a accouché de sa fille Chiara en 1972. Ma mère, Agnès Varda, a accouché de mon frère Mathieu en 1972. L’événement le plus important… est sorti en 1973. Ce n’est pas un grand film de l’histoire du cinéma, mais c’est une pépite qu’on n’a pas l’occasion de voir souvent. »

« Une chambre en ville » (1982)

« C’est un film insensé, une espèce d’opéra contemporain, complètement chanté. C’est une tragédie qui, en même temps, parle des grandes grèves des chantiers navals de Saint-Nazaire dans les années 1950. C’est un truc improbable, dingue et pour certains, c’est un film culte. Thierry Frémeaux, le délégué général du Festival de Cannes, m’a raconté qu’il se rappelle parfaitement du moment où il a vu Une chambre en ville et du choc que cela a représenté pour lui, sur le plan visuel, de la narration. Sur Instagram, j’essaie de suivre les posts liés à Jacques Demy et Agnès Varda. Je suis tombée sur la publication d’un internaute : une photo d’Une chambre en ville avec en commentaire quelque chose comme "Mon film préféré". Je me suis demandé "Qui est ce fou ?" (rires), je lui ai écrit un petit mot en lui disant qu’il avait éclairé ma journée. Eh bien cet homme travaille dans une pharmacie à Paris. Hier [mardi], on lui a envoyé des petits cadeaux de Ciné-Tamaris parce que j’adore l’idée que des gens que je ne connais pas, aiment le cinéma, transmettent et partagent leur amour des films. »

« Parking » (1985)

« Parking est un film assez loupé mais dans cette œuvre mineure et méconnue, il y a un regard intéressant sur l’homosexualité et la bisexualité. Il date de 1985, on est en pleine période de la découverte du sida. Il parle d’enjeux de société en étant très en avance, d’une façon inhabituelle, ouverte. Le film a été mal aimé, mal compris. Peut-être que Francis Huster n’était pas forcément la meilleure personne pour jouer le personnage principal, mais le rôle est très bien écrit. Les textes des chansons sont magnifiques. La musique de Michel Legrand est superbe. »

Agnès Varda sur Amazon Prime

Le couple Varda-Demy est prisé des plateformes de streaming. Fin avril, Amazon Prime Video annonçait l’ajout à son catalogue de six films d’Agnès Varda. En l’occurrence, Cléo de 5 à 7, L’Un Chante l’Autre Pas, Le Bonheur, Les Cent et Une Nuits de Simon Cinéma, La Pointe Courte et Sans toit ni loi. L’occasion de (re) voir l’œuvre de celle qui fut une pionnière de la Nouvelle vague.