Coronavirus : « Je me suis dit que je pouvais faire mieux qu’applaudir aux fenêtres tous les soirs », explique l’artiste Kongo

INTERVIEW Kongo, artiste urbain, a réalisé deux œuvres dans la cour et la chapelle de l’hôpital Lariboisière, à Paris. Il vendra également, au profit de l’hôpital, des œuvres tirées de ces réalisations

Propos recueillis par Benjamin Chapon

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Cyril Kongo (avec un chapeau) et Cyril Bismuth à l'hôpital Lariboisière à Paris
Cyril Kongo (avec un chapeau) et Cyril Bismuth à l'hôpital Lariboisière à Paris — Kongo

« Franchement, j’ai vécu ces derniers jours comme une sorte de petit déconfinement  avant l’heure », rigole Kongo. A l’instar de Banksy à l’hôpital de Southampton, l’artiste urbain a réalisé deux œuvres pour l’hôpital parisien de Lariboisière. La première œuvre prend place sur un kiosque à musique, au milieu de la cour, entourée d’arbres et de pelouses. Un havre de paix pour l’artiste qui a réalisé cette œuvre pour venir en aide aux soignants.

Alors qu’il terminait l’installation d’une autre œuvre, cette fois sur les vitraux de la chapelle de l’hôpital, Kongo a répondu aux questions de 20 Minutes.

Comment en êtes-vous arrivé à faire ces deux œuvres pour l’hôpital Lariboisière ?

Tout est arrivé très vite. Une fois que j’ai eu cette idée, il a fallu trouver un point de contact. Mais dès que j’ai eu l’autorisation, tout a été très fluide. L’objectif était de dire merci aux soignants, qui sont enfin mis en lumière. Je voulais faire un geste citoyen concret, à partir de ce que je sais faire.

Ces œuvres seront-elles vendues au profit de l’hôpital, comme celle que Banksy à l’hôpital de Southampton ?

Non, ce sont des œuvres pérennes. J’ai voulu faire quelque chose de lumineux et coloré pour apporter quelque chose au quotidien des médecins et soignants, mais aussi des patients. Pour l’instant je n’ai que des retours super positifs, tout le monde me dit merci, alors qu’au départ, c’est moi qui veux leur dire merci, à tous.

Quelles œuvres seront mises en vente au profit de l’hôpital ?

Je vais éditer des digigraphies qui seront mis en vente 500 euros, et dont les bénéfices iront à l’hôpital. Comme tout le monde, j’ai entendu parler du manque de moyens, de matériel… A un moment, chez moi, je me suis dit que je pouvais faire mieux, et plus, que seulement applaudir aux fenêtres à 20 heures pour soutenir le personnel hospitalier.

Est-ce aussi une façon pour vous d’échapper au confinement ?

Un peu… J’ai travaillé au cœur de la vie de l’hôpital, qui est paradoxalement un endroit très calme, où les gens passent et se reposent. Moi, de toute façon, je suis un peu confiné toute l’année, dans mon atelier… Donc ce confinement, je l’ai plutôt bien vécu.

Votre exposition à la grande arche de la Défense a tout de même dû être arrêtée.

Oui, c’est vrai mais bizarrement, j’ai eu du nez parce que j’avais conçu une version virtuelle de l’exposition. Donc, elle a pu continuer à vivre, même pendant la fermeture.

On a beaucoup parlé de la situation très difficile des soignants pendant la crise du coronavirus. Qu’en est-il des artistes visuels comme vous ?

Ça va être très difficile pour certains, économiquement. Peut-être va-t-il falloir redessiner notre monde, notre travail. Heureusement qu’on a d’autres outils pour continuer à diffuser nos œuvres. On l’a vu avec les initiatives de street artistes, sur Instagram par exemple. Mais à un moment, rien ne remplace le contact physique. J’ai peur qu’on perde la part d’humain. Mais plutôt que s’inquiéter, je crois qu’il faut s’interroger. La peur n’évite pas le danger.

Les soignants craignent qu’après la crise, on retombe dans les mêmes travers avec un manque de moyens chroniques pour l’hôpital. Craignez-vous aussi un retour aux mêmes difficultés qu’avant la crise dans le monde de l’art ?

Je ne sais pas. Je crois que dans un premier temps on va avoir de très belles fleurs pousser ce printemps… Des œuvres qui vont pousser dans toutes les villes du monde. On a tous besoin de sortir, de s’ouvrir à nouveau.