Coronavirus : Le plan de l’Etat pour soutenir les séries et les films français

MESURE Emmanuel Macron a annoncé ce mercredi deux grandes mesures pour soutenir la création de fictions télévisées et cinématographiques

A.D. avec AFP

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Emmanuel Macron lors de sa présentation des mesures en faveur du secteur de la culture le 6 mai 2020.
Emmanuel Macron lors de sa présentation des mesures en faveur du secteur de la culture le 6 mai 2020. — Ludovic Marin/AP/SIPA
  • Emmanuel Macron a dévoilé ce mercredi les grandes lignes de son « plan culture ».
  • Alors que les tournages de films et séries sont à l’arrêt depuis la mi-mars, le chef de l’Etat a annoncé deux mesures pour soutenir la création audiovisuelle.
  • Le président a annoncé la création d’un fonds d’indemnisation temporaire.
  • Emmanuel Macron entend exiger des « plateformes » étrangères, comme Netflix, Disney+, Amazon Prime Video ou encore Apple TV+, une « contribution ».

Tournages interrompus et productions à l’arrêt depuis la mi-mars. La crise sanitaire est aussi un coup dur pour l’industrie audiovisuelle. Le président de la République Emmanuel Macron et le ministre de la Culture Franck Riester se sont entretenus ce mercredi pendant deux heures de visioconférence avec 12 artistes. Le chef de l’Etat a ensuite annoncé les grandes lignes de son « plan culture ». Comment l’Etat va soutenir la production audiovisuelle française ?

« Ce sera très dur de reprendre des tournages de façon concrète, sauf quelques exceptions, avant la fin mai », a lancé Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat « espère, si les choses avancent bien », une reprise des tournages « au cas par cas » en « juin juillet ».

La mise en place d’un fonds d’indemnisation temporaire

« Il faut qu’on aide les artistes, les structures, les producteurs », a déclaré le président de la République. Le chef de l’Etat a annoncé la mise en place d’un « fonds d’indemnisation temporaire » pour les tournages de séries et de films, annulés ou reportés en raison de la crise du coronavirus.

Pour ce fonds d’indemnisation temporaire qui servira « au cas par cas », Emmanuel Macron souhaite que le ministère de la Culture travaille en étroite collaboration avec le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), les régions mais aussi les partenaires privés. « Il faut que les assureurs, les banques, les Sofica, viennent avec nous pour nous aider et mettre en place ce fonds d’indemnisation temporaire », a-t-il dit. « On va mettre les assureurs, les Sofica devant leurs responsabilités », a-t-il insisté, précisant que toute l’année ceux-ci vivent de la création audiovisuelle.

Il y a quelques jours, les producteurs de fiction avaient averti qu’ils ne reprendraient pas les tournages sans un fonds de garantie.

Le coût des tournages va augmenter de 10 à 30 %

Les nouvelles contraintes et réglementations liées au Covid-19 et à l’application des gestes barrières vont entraîner un allongement de la durée de production des films cinématographiques et publicitaires.

« La reprise des tournages se fera parfois au prix d’une adaptation des scripts et toujours des conditions de tournage », ont prévenu mercredi l’association des agences-conseils en communication (AACC) et l’alliance des producteurs de films publicitaires ( APFP). Ces deux organisations professionnelles tablent sur une augmentation du coût des tournages « entre 10 % et 30 % en moyenne »

L’AACC et l’APFP publieront prochainement deux documents décrivant les actions à mettre en place lors du tournage de films publicitaires et cinématographiques.

La production devra être consultée sur le respect des conditions sanitaires « avant soumission des projets », « le nombre de personnes présentes sur le tournage devra être limité », et les tournages devront, « sauf impossibilité majeure » être réalisés en France, avertissent l’AACC et l’APFP.

Les recettes publicitaires des chaînes ont chuté de 50 %

En outre, alors qu’on observe une hausse historique du temps passé par les Français devant la télévision depuis le début du confinement, les chaînes, une des principales sources de financement de l’audiovisuel français, font face à une chute d’au moins 50 % de leurs revenus publicitaires pour les mois d’avril et mai, selon Les Echos. « Plusieurs marques envisagent de ne pas communiquer avant la fin de l’été », explique à nos confrères, Jean-Luc Chetrit, directeur de l’Union des marques.

Dans ce contexte, Emmanuel Macron entend exiger des « plateformes » étrangères, comme Netflix, Disney+, Amazon Prime Video ou encore Apple TV+, une « contribution » à la création audiovisuelle française et européenne. Le président a annoncé que la directive sur les services de médias audiovisuels (SMA), obligeant les plates-formes à se conformer à l’exception culturelle française, « devra être transposée avant la fin de l’année ».

Les plateformes comme Netflix devront contribuer dès le 1er janvier 2021

« On doit aussi réussir à protéger nos catalogues d’œuvres cinématographiques françaises grâce à la directive SMA », a-t-il ajouté. « Les plates-formes seraient assujetties aux obligations de financement dès le 1er janvier 2021 », a-t-il indiqué. Pour mettre tout cela en place, le chef de l’Etat compte sur le travail conjoint du Ministère de la Culture et du CNC.

Ce texte était initialement inclus dans la grande réforme de l'audiovisuel, qui ne pourra pas être examinée dans un futur proche en raison du coronavirus. Alors que les services linéaires comme TF1 ou M6 devront investir au minimum 16 % de leur chiffre d’affaires en France dans la production d’œuvres françaises et européennes, les services non-linéaires comme Netflix devront aussi contribuer, voire davantage. Le ministre de la Culture avait évoqué un minimum de 25%.

Il faut dire qu’avec la fermeture des salles de cinéma, les plateformes de streaming sont les grandes gagnantes du confinement dans l’industrie audiovisuelle. Netflix a renforcé sa position de leader et compte désormais 183 millions d’abonnés. La plateforme a séduit 15,8 millions de nouveaux abonnés payants de janvier à mars, contre 9,6 millions sur la même période l’année dernière, d’après son communiqué de résultats publié le 21 avril.

La firme de Reed Hastings et Audiens, groupe de protection sociale du secteur de la culture, ont d’ores et déjà créé début avril un « fonds d’aide d’urgence pour les artistes et techniciens intermittents de l’audiovisuel et du cinéma », durement touchés par la crise du coronavirus, en concertation avec le CNC. Netflix a contribué à hauteur d’un million d’euros à la création de ce fonds d’aide sociale d’urgence français, dans le cadre de son fonds de soutien mondial à la filière du divertissement, lancée le 20 mars doté d’une enveloppe globale de 100 millions de dollars.