Confinement : Comment une entrepreneuse du spectacle tente de « tenir jusqu’à la reprise »

POUR DES LENDEMAINS QUI CHANTENT Après l’arrêt brutal de son activité en raison du coronavirus, Natacha Campana, entrepreneuse dans le secteur du spectacle, raconte comment elle essaye de faire face à cette situation inédite

Anne Demoulin

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L'Ecran Pop lance son billet solidaire durant la crise du coronavirus.
L'Ecran Pop lance son billet solidaire durant la crise du coronavirus. — L'Ecran Pop
  • En raison de la pandémie de coronavirus, cinémas, théâtres, salles de spectacles et musées resteront fermés jusqu’à une date encore indéterminée.
  • Les professionnels du secteur de la culture cherchent des solutions pour tenir durant la crise sanitaire.
  • Natacha Campana, fondatrice de L’Ecran Pop, séances d’un nouveau genre mêlant cinéma, karaoké et spectacle, raconte à 20 Minutes les solutions qu’elle a mises en place pour ne pas « couler ».

Si le déconfinement débute ce 11 mai, il n’en est pas de même pour tous les « lieux rassemblant du public ». Cinémas, théâtres, salles de spectacles et musées resteront fermés jusqu’à une date encore indéterminée. Un désastre pour les acteurs du secteur culturel, qui encaissent le coup, espérant qu’il ne soit pas fatal. En attendant de voir les mesures annoncées pour le secteur ce mercredi par le ministre de la Culture, Franck Riester, nombreux sont ceux qui mettent en place des solutions pour tenir pendant la crise sanitaire. Natacha Campana, fondatrice de L’Ecran Pop, séance de cinéma mêlant comédies musicales cultes, animations et surtout karaoké, lance un « billet solidaire ». C'est-à-dire qu'elle propose à celles et ceux qui le souhaitent d'acheter aujourd'hui des tickets qui seront utilisables dès la reprise de l'activité. Explications.

L’Ecran Pop s’inspire de la tradition britannique du Sing Along. « Il s’agit de chanter devant un film musical en mode karaoké », expliquait Natacha Campana à 20 Minutes un peu avant le lancement du concept en 2017. La séance, animée par un maître de cérémonie, est ponctuée par des numéros assurés par des professionnels de la comédie musicale, des jeux, des surprises, des défis. Les spectateurs sont invités à venir déguisés.

Grease, Les Demoiselles de Rochefort ou encore Bohemian Rhapsody… Ces séances de cinéma festives, spectacles d’un nouveau genre, sont devenues en deux ans un phénomène de divertissement, fédérant quelque 25.000 spectateurs, principalement à Paris (au Grand Rex), à Lyon (au Pathé Bellecour) et ponctuellement ailleurs en France.

« Un arrêt brutal de l’activité »

En mars, L’Ecran Pop devait démarrer une collaboration avec le Kinépolis-Lomme à Lille et le Pathé-Atlantis, près de Nantes. « On devait aussi lancer un cabaret karaoké au théâtre de Mogador [à Paris] le 15 mai », ajoute la fondatrice. La crise sanitaire a stoppé à ce bel élan. « Comme pour toutes les entreprises du spectacle, et les toutes les entreprises accueillant du public, on a connu un arrêt brutal de l’activité », raconte Natacha Campana.

L’entrepreneuse ne cache pas son inquiétude: « On ne sait pas quand les salles vont rouvrir et surtout dans quelles conditions. » Et de souligner : « Avec notre activité de cinéma karaoké, on sera les derniers à pouvoir reprendre. Vu notre concept, on ne peut imaginer une salle remplie avec un fauteuil sur deux et des spectateurs qui chantent avec un masque. »

« Soit couler, soit trouver des solutions »

Face à cette situation inédite et incertaine, « c’est soit couler, soit trouver des solutions », explique-t-elle. La cheffe d’entreprise a tout d’abord cherché à « supprimer toutes les dépenses ». « Nous avons quitté nos bureaux. J’ai aussi demandé toutes les aides », énumère-t-elle.

Même si L’Ecran Pop a déjà vendu des billets pour des événements prévus à la rentrée : « Tant que l’événement n’a pas eu lieu, on ne touche rien. L’entreprise a donc zéro trésorerie. », alerte-t-elle.

« Ce billet solidaire nous permet de générer de la trésorerie »

Afin de « passer le cap », Natacha Campana a lancé un billet solidaire. « Une idée classique, pas très créative, mais imaginer de nouveaux concepts dans l’événementiel n’a pas de sens actuellement », analyse-t-elle.

« Ce billet solidaire nous permet de générer de la trésorerie, parce qu’il s’agit non pas d’un billet daté mais d’une contremarque », détaille-t-elle. Ce « billet solidaire » coûte 18 euros, soit 4 euros de moins qu’un billet habituel et est disponible sur le site de L’Ecran Pop. Les acheteurs de cette contremarque pourront l’échanger contre un billet à tout moment après la reprise des séances de L’Ecran Pop. « Il est utilisable sans limite de temps », précise Natacha Campana.

L'Ecran Pop lance son billet solidaire durant la pandémie de coronavirus.
L'Ecran Pop lance son billet solidaire durant la pandémie de coronavirus. - L'Ecran Pop

« Lors de la reprise, on saura que les gens vont revenir en salles avec nous, parce qu’ils auront déjà des billets. C’est rassurant de le savoir », confie-t-elle. Ce billet solidaire permet aussi à L’Ecran Pop de « garder le contact » avec ses participants. « Un véritable enjeu dans cette période pour toutes les entreprises et les marques », estime Natacha Campana.

« De la solidarité entre différents projets »

Afin de préserver le lien, Rachid Santaki, à l’origine des Dictées géantes sur Facebook, a proposé dans le cadre de cette opération solidaire de thématiser une de ses fameuses dictées à l’Ecran Pop « au chant et à ses bienfaits, au cinéma et à la comédie musicale ». « C’est bien de voir qu’il y a de la solidarité entre différents projets », se réjouit-elle.

Les fans du concept ont d’ores et déjà répondu à l’appel. « C’est chouette de voir qu’il y a des personnes qui nous soutiennent, qui nous font des petits mots et nous disent qu’ils ont hâte de reprendre les séances avec nous, Ça met un peu de baume au coeur ! », confie Natacha Campana. Objectif ? « Tenir jusqu’à la reprise » comme l’ensemble du secteur culturel.