Coronavirus : Les chats en ont-ils plein les pattes d’avoir leurs maîtres à la maison ?

COHABITATION Les chats doivent composer avec des humains bruyants et ce n'est pas toujours facile

Laure Beaudonnet

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Au bout du rouleau, ce chat compte les jours jusqu'au 11 mai, et ça fait longuet... (Illustration)
Au bout du rouleau, ce chat compte les jours jusqu'au 11 mai, et ça fait longuet... (Illustration) — FRANCK LODI/SIPA
  • Le confinement n’a pas épargné nos animaux de compagnie, en particulier les chats.
  • Si certains d’entre eux nagent dans le bonheur, d’autres doivent supporter les cris d’enfants et l’invasion de leur espace.
  • Et le pire pourrait être à venir pour ces pauvres bêtes. On fait le point.

« L’après-midi, Lutèce part dormir dans la penderie, sur un tas de pulls. Elle ne le faisait pas avant le confinement. On se dit qu’on doit commencer un peu à l’embêter », observe Thibaut. Et c’est bien possible. On a tendance à oublier que la crise du coronavirus ne perturbe pas seulement les humains. Nos compagnons à poils doux doivent aussi composer avec un quotidien parfois compliqué à tolérer. Entre le bruit et l’invasion du territoire, le confinement ne les a pas non plus épargnés.

Evidemment, dans la majorité des cas, avoir son maître à disposition réserve bien des avantages : un accès quasi illimité au jardin (pour ceux qui ont la chance d’avoir un espace extérieur), des câlins et des jeux à volonté. Sur le Twitter des chats (mieux connu sous le nom de «Touitoui des pôtichats», présidé par Nounours le présinours), les matous ont l’air plutôt unanimes pour décrire cette période : c’est le gros kiffe.

Pareil du côté de Julie qui vit dans une maison à Nantes. « Marcel ne me lâche plus d’une semelle depuis que mon conjoint et moi travaillons à la maison. Il s’est même mis à m’attendre tous les matins sous les combles où j’ai installé mon bureau, c’est un nouveau rituel. Même les jours où je ne travaille pas, il est fidèle au poste ».

Les signes de stress

Seulement voilà, tous les chats n’ont pas la chance de résider dans des grands espaces silencieux en pleine campagne. Certains vivent dans des appartements étroits au milieu de gremlins déscolarisés et au bord de la crise de nerfs. « Les chats qui habitent avec une famille et qui n’aiment pas, à la base, être dérangés se retrouvent avec des cris d’enfants et un tumulte inhabituel, souligne Sylvia Masson, consultante en psychiatrie vétérinaire. Ceux-là vont moins bien ». Mais les enfants ne sont pas les seuls responsables du stress du matou.

« Miss Kitty est contente mais je pense qu’elle trouve ça un peu oppressant, explique son humaine qui habite dans le sud de Caen. On a un chat qui ressent très fortement le stress et qui a tendance à faire des pelades. Et là, elle recommence à en faire donc je pense que le changement de situation lui crée de l’anxiété. On déplace des meubles, on fait de la peinture… » Inutile de préciser que les félins n’aiment pas les changements.

Et certains signes ne trompent pas. Si l’animal évite le contact et s’il ne vient plus réclamer à manger à l’heure habituelle, ça ne sent pas bon. De même, s’il devient agressif ou s’il se met à uriner en dehors de sa litière, il faut commencer à se poser des questions et envisager une consultation avec le vétérinaire (en visio, ça marche aussi). Tout changement brutal de comportement doit alerter.

L’après-confinement pourrait être pire

« Lorsqu’on sent son chat perturbé, c’est peut-être le moment d’en profiter pour lui construire des cachettes avec les enfants, lui mettre des boîtes en hauteur », poursuit la vétérinaire. En résumé, trouver des astuces pour l’aider à supporter la présence désagréable des bipèdes. Et s’il est vraiment au bout du rouleau, « il existe des phéromones pour chat qui permettent de structurer le territoire ou le Zylkène qui est un aliment antistress à base de protéine de lait », indique-t-elle.

Mais le pire est à venir pour nos compagnons à quatre pattes. Les chats qui nageaient dans le bonheur pendant la période de confinement pourraient très mal vivre le retour à la normale. « Pour les animaux qui souffrent d’autonomopathie, c’est-à-dire qui ne supportent pas de rester seuls, le déconfinement sera difficile », poursuit Sylvia Masson. Le chat adore les rituels, mais lorsqu’on en met un nouveau en place, il faut pouvoir le maintenir. Histoire d’éviter de lui créer une trop grosse perte au moment du retour au travail.

En réalité, ces adorables bestioles ne sont pas bien différentes des humains, elles ont des difficultés à s’adapter à des nouvelles conditions de vie. Et, comme les humains, elles sont toutes différentes. Les femmes et les hommes ne supportent pas le confinement de la même façon : certains ont fini par y voir une occasion de se consacrer à d’autres activités, d’autres ne supportent pas du tout et pourraient décompenser une maladie psychiatrique. C’est pareil chez les chats. Il n’y a pas de règle absolue. Regardez la tête qu’il fait et vous saurez.