Coronavirus : « Je voulais aller à l’encontre du tout divertissement qui a fleuri au début du confinement », explique le musicien Molécule

INTERVIEW Molécule a sollicité plusieurs musiciens pour créer une compilation inédite de morceaux ambient electro, « Music for Containment »

Benjamin Chapon
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Le musicien Molécule a composé un album à bord d'un chalutier et rend cette atmosphère marine lors de ses concerts
Le musicien Molécule a composé un album à bord d'un chalutier et rend cette atmosphère marine lors de ses concerts — Vanessa Bosio
  • Confiné, comme ses collègues musiciens, Molécule a imaginé une compilation de morceaux inédits d’ambient electro.
  • Le musicien explique comment 33 artistes ont répondu présents pour cet album qui doit « inviter à la réflexion ».
  • Pour Romain Delahaye, alias Molécule, la musique peut « permettre de prendre du recul sur le moment présent ».

Sortie il y a quelques jours, la compilation inédite avec 33 artistes Music for Containment est déjà un hit sur les plateformes de streaming. Imaginé par  le compositeur électro Molécule, l’album rassemble des morceaux d’ambient, et les bénéfices des ventes seront reversés à la Fondation de France.

Arthur H, Flavien Berger, Bertrand Burgalat, Etienne de Crécy, Rebeka Warrior, Rone, Nosfell et Bertrand Belin ont notamment répondu à l’appel. Romain Delahaye, alias Molécule, explique à 20 Minutes la genèse et le sens de ce projet artistique.

Comment est né Music for Containment ?

L’idée est née de manière très spontanée, comme beaucoup d’initiatives actuelles. Après quelques expérimentations nocturnes, chez moi, en confinement, j’ai pensé que j’avais peut-être un rôle à jouer dans cette époque charnière. La musique peut servir d’échappatoire, et permettre un voyage intérieur.

Comment avez-vous choisi les musiciens qui figurent sur le projet ?

J’ai écrit à tout mon carnet d’adresses en fait… Le brief était assez simple. Le seul cahier de charges était de composer un morceau inédit d’ambient electro, exclusivement instrumentale.



Pourquoi de l’ambient ?

Je trouve que c’est une musique qui amène à la réflexion, qui permet de prendre du recul sur le moment présent. Cet album va à l’encontre du tout divertissement qui a fleuri au début du confinement. La musique peut avoir un rôle quasi-thérapeutique.

Et pourquoi uniquement des morceaux sans chant ?

Je pense que cela permet de mieux entrer en réflexion, de ne pas avoir sa pensée ou sa rêverie polluée par les mots d’un autre.

Sur quoi souhaitez-vous que ces musiques fassent réfléchir ?

Je crois qu’il faut savoir prendre la mesure de l’importance de ce qu’on vit, et pas seulement se divertir ou s’occuper. On a été mis en garde de cette situation, on savait que le respect de la biodiversité aurait pu nous protéger… On a toujours cette idée qu’on ne peut pas s’arrêter. Cette situation nous prouve le contraire : on peut s’arrêter. Il ne faudrait pas repartir tête baissée comme avant quand l’épidémie sera passée.

A quoi fait référence le titre de la compilation, Music for Containment ?

C’est un hommage à Music for Airports de Brian Eno, l’immense maître… Cet album est une sorte de manifeste.

Avec l’arrêt des concerts et l’annulation des festivals, quelle est la situation des musiciens avec lesquels vous avez travaillé pour cette compilation ?

On est tous déboussolés. Personne ne réagit pareil. Il y en a qui en profitent pour apprendre. Arthur H lit beaucoup sur la théorie musicale. D’autres artistes ont mis complètement la musique de côté. Flavien Berger m’a remercié de la proposition parce que ça l’a remis à la musique. Bertrand Belin m’a envoyé une musique jouée seul à la guitare enregistrée avec son téléphone…

Il n’y aura donc pas forcément une avalanche de nouvelles musiques à l’issue du confinement ?

Je ne sais pas. C’est difficile d’avoir un projet artistique dans cette période angoissante. On se fait un peu ballotter. Les artistes ont une sensibilité qui les expose, même si on a aussi la chance de pouvoir s’imaginer des mondes, créer des voyages…