Incendie de Notre-Dame de Paris : « Ces vestiges, on les a sous les yeux pour la première fois depuis 800 ans »

INTERVIEW France 2 diffuse mardi soir un documentaire sur le chantier de reconstruction de Notre-Dame de Paris, an après l’incendie qui a ravagé sa toiture. Dominique Garcia, président de l’Institut national d’archéologie préventive (Inrap), explique en quoi consistent les fouilles qui s'y déroulent actuellement

Benjamin Chapon

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Vue de la fouille archéologique à l'intérieur de Notre-Dame de Paris
Vue de la fouille archéologique à l'intérieur de Notre-Dame de Paris — M.Viré/Inrap
  • Un an après l’incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris, le 15 avril 2019, des archéologues fouillent les débris de la voûte effondrée.
  • France 2 diffuse ce mardi soir le documentaire Sauver Notre-Dame sur le chantier de restauration, dont le travail des archéologues de l’Institut national de recherches archéologiques préventives.
  • Dominique Garcia, président de l’Inrap, explique à 20 Minutes les enjeux de ces fouilles exceptionnelles.

Un an après l’incendie qui a ravagé le toit et la voûte de Notre-Dame de Paris, France 2 diffuse Sauver Notre-Dame un documentaire exceptionnel sur le chantier de restauration, mardi soir à 20 h 50. Le film sera traduit en 28 langues dans 160 pays. On y découvre les différents ouvriers au travail : architectes, cordistes, charpentiers, mais aussi archéologues.

Dès le lendemain de l’incendie, les archéologues de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) sont intervenus dans la cathédrale avec un programme de diagnostics, de fouilles et prospections, pour accompagner le projet de restauration de la cathédrale. Dominique Garcia, président de l’Inrap, explique à 20 Minutes les enjeux de cette fouille au cœur de la cathédrale.

Le documentaire Sauver Notre-Dame montre que les archéologues ont été parmi les premiers à intervenir dans la cathédrale après l’incendie du 15 avril. Pourquoi ?

Nous sommes intervenus très tôt, dès qu’il a fallu commencer à déblayer. Déblayer, ça nous connaît… Et il était primordial de le faire avec des méthodes d’études archéologiques. Dans la partie effondrée, on travaille comme dans un contexte archéologique.

N’y a-t-il pas que des gravats calcinés à ramasser ?

Mais c’est très intéressant les gravats calcinés ! Il y a beaucoup d’éléments fondus ou carbonisés bien sûr, mais on trouve aussi énormément d’indices sur la méthode de construction de la voûte qui n’avait jamais été observée. On étudie par exemple les liants calcaires. En croisant les informations avec la géographie de l’Ile-de-France on pourra savoir de quelles carrières venaient les matériaux. On va savoir combien de chantiers travaillaient en connexion avec celui de Notre-Dame. On retrouve aussi des morceaux de bois que l’on peut dater, et dont on peut savoir de quelles essences ils sont.

Mais ces informations étaient connues, non ?

Pas du tout. Notre-Dame est un bâtiment historique qui a été très peu étudié sur sa structure parce qu’il s’agit d’un sanctuaire fossilisé. On ne pouvait rien voir de la voûte avant l’incendie. Ces éléments étaient en place et inaccessibles. On retrouve des éléments de la voûte qui vont être replacés. Ces blocs, c’est la première fois qu’on les a sous les yeux depuis 800 ans. En étudiant les bois, on a aussi une photographie de la végétation de l’époque, de l’évolution du climat… C’est un peu un cliché mais c’est vrai : Notre-Dame est une bibliothèque de savoirs.

Vos découvertes auront-elles un impact sur le chantier de reconstruction de la voûte ?

Il faudra demander aux personnes en charge de cette restauration. Mais nous, nous les renseignerons sur les choix faits par les bâtisseurs de Moyen-Âge qui, puisque la cathédrale a tenu jusqu’à aujourd’hui, semblent avoir été de bon choix… Nous pouvons, pour la charpente notamment, enrichir le cahier des charges de la restauration.

Avez-vous fait des découvertes étonnantes à ce stade ?

On a trouvé des traces de plâtre pour le mortier et c’est assez inédit pour l’époque. Comme pour les bâtiments « premium » d’aujourd’hui, le chantier de Notre-Dame a été l’occasion d’innover sur les techniques. Et d’ailleurs nous aussi, dans la fouille archéologique, nous innovons d’un point de vue technologique.

On voit dans le documentaire que vous avez utilisé des robots.

Oui, pour accéder aux zones non sécurisées on a utilisé de petits robots mais aussi des radars, des méthodes géophysiques non invasives… L’Inrap travaille avec le CNRS pour que les métiers du patrimoine innovent. Ce chantier de fouille à Notre-Dame est aussi un laboratoire de recherche.

Ces innovations ont été rendues nécessaires pas la complexité de la fouille ?

Non, pas du tout. Mis à part la mise en sécurité et la gestion de la pollution au plomb, nos archéologues sont habitués à fouiller des choses bien plus complexes. D’habitude, une fouille sur un site détruit a pour but de découvrir l’origine de la destruction : guerre, incendie, abandon du site… Là, on connaît déjà la fin de l’histoire.

On découvre aussi dans le documentaire des fouilles en dehors de la cathédrale.

Nous avons effectué des fouilles sur le parvis à l’endroit où a été installée la grande grue de 80 mètres, parce que ses fondations allaient dans le sous-sol. C’était formidable de pouvoir fouiller là, parce qu’il s’agit d’un gisement archéologique rare et très intéressant. Les fouilles dans Paris sont très rares. Le Paris antique est moins bien connu que Vaison la Romaine par exemple. Peut-être allons-nous pouvoir fouiller à l’intérieur de Notre-Dame si des piliers doivent être construits. Nous aurons alors accès à des niveaux inférieurs inconnus.

Finalement, cet incendie, ça a été un peu une aubaine pour les archéologues alors ?

(Rires) Personne ne souhaitait l’incendie ! Mais c’est vrai que l’on réalise à quel point on connaît mal Notre-Dame mais aussi tous les grands bâtiments sacrés, toutes les grandes cathédrales. Sans doute faudrait-il lancer un plan national pour certains sites patrimoniaux majeurs et peu documentés. On investigue beaucoup sur les sites dégradés ou détruits mais très peu sur les bâtiments en élévation et occupés. Notre-Dame a toujours vécu et été respecté, c’est un bâtiment vivant.