Coronavirus : « Comme un cadeau aux confinés », l’humoriste Dédo met son spectacle en ligne gratuitement

INTERVIEW L’humoriste Dédo explique à « 20 Minutes » pourquoi il a décidé de mettre son spectacle « Killing Joke » à la libre disposition du public

Fabien Randanne

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L'humoriste Dédo.
L'humoriste Dédo. — ZYTOUN
  • Fin mars, l’humoriste Dédo a mis en ligne son spectacle « Killing Joke » gratuitement sur sa chaîne YouTube.
  • « Cela permettra peut-être aux gens de passer une heure sympa et de penser à autre chose », explique Dédo à « 20 Minutes ».
  • « On a été suffisamment matraqués par ça consciemment ou non. » Dédo n’est pas certain d’évoquer le confinement et la pandémie de coronavirus dans son nouveau spectacle.

« La France confinée, j’ai décidé d’occuper votre vide intersidéral actuel avec la mise en ligne de mon deuxième spectacle. Pas de mercis. Venez juste me voir sur scène juste après la fin du confinement dès avril 2031. » Fin mars, Dédo mettait à disposition gratuitement sur YouTube son one-man-show Killing Joke. En un peu plus d’une heure, il y brasse un grand nombre de sujets, de ses grands-parents aux jeux vidéo en passant par le football. Un passage, concernant les médecins, trouve un écho particulier en cette période de pandémie de coronavirus… « Pourquoi on ne les glorifie pas plus ? C’est mille fois plus fort que les athlètes de haut niveau. Les mecs sauvent des vies. Cela vient prouver que la société ne réfléchit plus comme avant », avançait l’humoriste sur scène il y a plusieurs mois. En une dizaine de jours, Killing Joke a été regardé plus de 270.000 fois. Pour 20 Minutes, Dédo revient sur sa démarche et évoque l’humour au temps du confinement.

Pourquoi avez-vous décidé de mettre à disposition gratuitement votre spectacle ?

C’est une période assez particulière. Un maximum de personnes se retrouvent confinées chez elles sans pouvoir trop sortir, donc on a décidé, avec ma production, de mettre le spectacle en ligne. Cela permettra peut-être aux gens de passer une heure sympa et de penser à autre chose. J’étais en attente de plateformes VOD mais comme les réponses venaient à tarder on s’est dit que c’était maintenant qu’il fallait le faire, parce que c’est en ce moment que c’est chiant pour les gens.

Sur le plan financier, c’est un manque à gagner pour vous…

Dans l’absolu, oui. Mais cela a été fait en accord avec ma production. On voit ça comme une sorte de cadeau cool. Cela pouvait intéresser des gens qui me connaissaient déjà. Et puis, cela peut aussi permettre à des personnes qui ne connaissaient pas ou peu mon travail de le découvrir et leur donner envie de venir me voir sur scène si on peut rejouer un jour avant ces vingt-cinq prochaines années.

Vous dites « Venez juste me voir sur scène à la fin du confinement ». C’est donnant/donnant ?

C’est plus un clin d’œil qu’autre chose, parce qu’il n’y a aucune obligation vis-à-vis de ça. Je me disais que c’était rigolo de le faire passer pour ça tout en laissant entendre qu’un nouveau spectacle était en train de se roder. Si tu donnes un peu de kif aux gens et que derrière ils ont envie d’en savoir plus sur ta création, tout le monde est gagnant.

Cela vous a ouvert à un nouveau public ?

Par la force des choses. Le spectacle a été partagé assez massivement sur les réseaux. Il y a des recommandations qui peuvent tomber sur YouTube, le bouche-à-oreille virtuel peut aussi inciter certains à jeter un œil… Si les personnes qui ont découvert ce spectacle l’ont aimé, c’est positif. Dans les messages que je reçois, certains me disent « On ne te connaissait pas, on a beaucoup aimé, on s’est bien marré et si tu reviens sur scène, on sera là ». Même si au final ils ne viennent pas dans la salle, avoir ce genre de retour reste gratifiant.

Votre nouveau spectacle était en rodage. Quelle influence la pandémie de coronavirus et le confinement ont-elles sur ce show ?

On est tous en stand-by général. Dans le domaine du spectacle vivant, on est au chômage technique. Je n’ai aucune idée de comment tout ça va redémarrer. Personne ne peut savoir comment va se faire le retour progressif, on ne sait déjà pas quand le confinement sera levé. Une fois que ce sera terminé, les gens ne vont pas forcément avoir envie de retourner voir des spectacles pour être collés à d’autres personnes…

Vous allez ajouter des références au coronavirus et au confinement ?

J’ai fait vingt et une dates de rodage, il m’en restait une quinzaine. Il y a des choses qui sont fixées car elles fonctionnent et elles ont une place dans la logique de l’ossature du spectacle que j’ai créé. Maintenant, peut-être que je parlerai du confinement, peut-être pas. On a été suffisamment matraqués par ça consciemment ou non. A moins de trouver un angle vraiment intéressant, je ne suis pas sûr d’épiloguer là-dessus. Je pense qu’il va y avoir une évolution dans l’écriture en général dans les stand up. Cela va davantage influencer notre écriture de manière subliminale.

Aujourd’hui, pas mal d’humoristes sont actifs sur les réseaux sociaux par le biais de vidéos dans lesquelles ils parlent du confinement. Pierre-Emmanuel Barré le fait très bien dans son journal un peu trash et taré. Mais au final tout aura été dit, donc aborder la thématique à nouveau, à moins d’avoir un point de vue différent ce sera compliqué. Il sera plus intéressant de parler de la façon dont on va réagir à ça que de parler de la pandémie en tant que telle. Mais on s’en rendra compte une fois que ce sera terminé.