Netflix : Pourquoi la docu-série « Tiger King » fascine-t-elle autant les Etats-Unis ?

DOCUMENTAIRE La série documentaire, disponible sur Netflix depuis deux semaines, est un carton aux Etats-Unis

Laure Beaudonnet

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Joe Exotic dans Tiger King
Joe Exotic dans Tiger King — NETFLIX
  • La série documentaire Tiger King plonge dans le monde des propriétaires de félins aux Etats-Unis.
  • A mi-chemin entre Making a murderer et Wild Wild Country, elle possède tous les ingrédients pour créer la fascination : sexe, drogue, gros chats sur fond de tentative de meurtre.
  • Retour sur un phénomène outre-Atlantique.
     

La nouvelle docu-série Netflix, Tiger King [Au royaume des fauves, en français] est devenue en l’espace de deux semaines un véritable phénomène aux Etats-Unis. Les talk-shows et les stars américains n’ont que le nom « Joe Exotic » à la bouche. Il faut dire que le documentaire signé Eric Goode et Rebecca Chaiklin était l’un des sujets les plus discutés sur Twitter outre-Atlantique le week-end dernier.

Dans une période où plus de trois milliards de personnes sont confinées entre quatre murs pour éviter la propagation du coronavirus, comment expliquer que Joe Exotic (Joseph Maldonado-Passage de son vrai nom), polygame gay coiffé d’un mulet peroxydé et passionné de gros chats (lions, tigres, ligres…), fascine autant les Américains ? D’abord revenons sur ce carton made in Netflix.

Le culte de la personnalité

Joe Exotic, propriétaire d’un parc zoologique populaire de l’Oklahoma, est un homme paranoïaque et un peu trop porté sur les armes à feu. Il a été condamné pour avoir tenté d’assassiner sa rivale, Carole Baskin, défenseuse de la cause animale et propriétaire d’une réserve pour félins qui menaçait de mettre un terme à ses activités. Il est également accusé d’avoir abattu cinq tigres d’une balle dans la tête pour libérer de l’espace.

Le documentaire de sept épisodes plonge dans l’univers des propriétaires de félins qui jouissent, assez étrangement, d’un véritable culte de la personnalité et porte à l’écran une enquête assez captivante. De la genèse de ses conflits avec Carole Baskin (elle-même soupçonnée d’avoir joué un rôle dans la disparition de son mari milliardaire) aux suspicions de maltraitance de ses « gros chats » [big cats, en VO], les deux réalisateurs parviennent à s’introduire dans une Amérique rurale et laissent le téléspectateur découvrir un éventail de personnages plus loufoques les uns que les autres.

Le confinement n’est certes pas étranger au succès de la série, mais ce n’est pas tout. « Comment ne pas être fasciné par la polygamie, les drogues, le culte de la personnalité, les tigres et un meurtre potentiel ? », a souligné le réalisateur Eric Goode dans une interview au New York Times publiée mercredi. Il faut admettre que tous les ingrédients étaient présents pour créer l’attrait. Et quand on connaît la folie d’Internet pour les chats, la série documentaire ne prenait pas trop de risques en s’attaquant à leurs cousins de 400 kg.

Une vraie histoire de crime

« Il y a une fascination générale pour les animaux sauvages, explique Eric Goode dans la même interview. Ils ont quelque chose de dangereux et de beau à la fois. Et cela a aussi avoir avec l’ego et le statut social : "Regardez, j’ai un tigre". C’est comme […] "Regardez, j’ai une Ferrari." […] Aux Etats-Unis, il existe également des parallèles entre "J’ai le droit d’avoir une mitraillette ou un semi-automatique" et "J’ai le droit d’avoir un tigre" ». Comme l’explique le réalisateur, c’est une sorte de Breaking Bad, mais à la place de dealer de la méthamphétamine en cristaux, ils dealent des animaux sauvages.

Sans oublier la cerise sur le gâteau : une vraie histoire de crime. Encore une fois, Netflix surfe sur la vague des faits divers. Dans le passé, la plateforme ne s’est pas trompée avec ses documentaires criminels. Que ce soit Grégory, Abducted in Plain Sight ou Wild Wild Country, le public était au rendez-vous. On se souvient de la fascination de millions d’Américains pour la saga judiciaire Making a murderer, convaincus de l’innocence de Brendan Dassey.

Alors que des stars américaines, comme Cardi B, proposent de lancer une cagnotte pour libérer Joe Exotic de prison et que les mèmes font littéralement exploser les Internet, Tiger King pourrait bien suivre le mouvement. Une affaire à suivre.