Coronavirus : En quarantaine à Hong Kong, « j’ai collé des photos sur le mur, comme un détenu »

TEMOIGNAGE César a passé douze jours en quarantaine à Hong Kong. Il raconte les conditions de son confinement strict dans un studio de 8 m2

Laure Beaudonnet

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La quarantaine pendant la crise du coronavirus. Illustration
La quarantaine pendant la crise du coronavirus. Illustration — Gerd Altmann/Pixabay
  • Devant la crise sanitaire du coronavirus, César et deux amis français expatriés, rentrent d’urgence à Hong Kong.
  • Quelques heures plus tard, ses deux amis sont testés positifs au virus tandis que César se fait placer en quarantaine à l’autre bout de la ville.
  • Récit d’un confinement ultra-strict à l’heure de la deuxième vague d’infection.

César habite depuis près de quatorze ans à Hong Kong. Début mars, il est rentré voir sa famille dans le nord de la France et, avec deux amis expatriés, il a passé quelques jours au ski, à Méribel, avant de précipiter son retour en voyant se dessiner la crise sanitaire. Le lendemain de leur arrivée, ses deux amis ont été testés positifs au coronavirus et ont été hospitalisés dans la foulée, tandis que César a été placé en quarantaine pendant près de deux semaines, loin de chez lui. 20 Minutes a recueilli son témoignage.

« Mes deux amis sont allés le même jour à l’hôpital, le lendemain de notre retour à Honk Kong. Quand le premier a commencé à se sentir mal, on pensait qu’il avait une vilaine crève mais ça s’est dégradé et ça ressemblait aux symptômes du coronavirus. Quand j’ai appris que le deuxième, qui est mon associé, était lui aussi positif, j’ai commencé à avoir peur. J’avais passé cinq jours avec eux 24 heures sur 24 heures, sauf que je n’avais pas de symptômes. Je suis allé dans le même hôpital que mon associé. La veille, il m’a dit : "Je t’invite à prendre un sac, parce que tu es parti pour rester". J’ai fait mon sac, je ne savais pas quand j’allais rentrer. J’ai pris des bouquins, mon ordinateur portable, trois slips, des chaussettes…

Aux urgences, j’explique que j’ai été en contact avec des gens qui ont été déclarés positifs. Là, les mecs se sont écartés. Ils m’ont placé dans une pièce isolée où ils m’ont fait les tests basiques : tension artérielle, scanner des poumons… Ensuite, ils m’ont escorté dans le service qui s’occupe des cas de coronavirus. Quelqu’un balaye le passage pour éviter que des gens passent devant nous. On dirait le film Alerte! [de Wolfgang Petersen]. On a l’impression d’être un paria. Il y a des policiers qui frayent le chemin, qui installent des barrières sur le côté. On a du mal à se dire que c’est un hôpital.

« Je suis claustrophobe et imaginer rester trois ou quatre jours dans cette chambre, j’allais péter un câble »

J’arrive à l’étage en question. Le personnel est en tenue de cosmonaute, on m’indique une chambre isolée par un sas. A ce moment-là, mon seul espoir, c’est d’être négatif. Je suis claustrophobe et imaginer rester trois ou quatre jours dans cette chambre, j’allais péter un câble. Les résultats tombent et, coup de chance, je suis négatif. En revanche, ils me disent que, par précaution, ils vont me mettre en quarantaine à partir du lendemain. J’ai quand même passé la nuit à l’hôpital, le temps de trouver une place. Il y a trois ou quatre centres de quarantaine à Hong Kong.

Je suis arrivé le 15 mars et je n’avais pas le droit de sortir avant le 27 mars selon l’ordre de quarantaine délivré par l’hôpital. Je suis arrivé dans un studio de 8 m², c'était deux fois plus grand que la chambre d’hôpital. Je me sentais beaucoup mieux, mais j’ai quand même eu des gros coups de déprime. C’était au début de la deuxième vague du coronavirus à Hong Kong. J’entendais les bus faire des allers et retours toutes les demi-heures avec des nouvelles fournées de personnes potentiellement touchées par le virus. Le bruit des moteurs résonnait entre les tours. Il faut imaginer des tours de 50 étages, c’est une cage à lapin. Le centre est énorme et c’est une véritable forteresse.

Pendant douze jours, on reste confiné, sans sortir de la chambre. On n’a pas le droit d’aller dans le couloir. Ils apportent à manger trois fois par jour en tenue de cosmonaute. Ils sonnent et ils repartent tout de suite. C’est aussi dégueulasse qu’à l’hôpital, mais on peut difficilement gueuler parce qu’on nous loge et on nous nourrit. Avec le recul, je peux m’estimer heureux. Le gouvernement hongkongais est certes radical mais au moins il est efficace. Il nous ont totalement pris en charge.

Je me consolais en me disant « au moins, je ne suis pas à l’hôpital ». Ça fait quand même une grosse différence avec mes acolytes qui étaient positifs et qui suivaient un traitement expérimental costaud ; une espèce de dérivée de la trithérapie. Je n’allais pas me plaindre.

On doit prendre notre température chaque matin, on a un thermomètre dans la chambre. Ils appellent pour vérifier qu’on n’est pas passé au-dessus de 37 °C. Et pour garder un contact avec l’extérieur, on a deux numéros WhatsApp dans le cas où il nous manquerait quelque chose, comme de l’eau. Elle n’est pas potable à Hong Kong. Bien entendu, on ne peut pas boire d’alcool, ni fumer.

J’avais de quoi lire, et je n’ai jamais eu autant de monde au téléphone que pendant ma quarantaine. J’ai passé beaucoup de temps en visio avec la famille, les potes. On se retrouve à passer du temps avec les proches au téléphone. Chose qu’on ne fait pas tout le temps. Et le travail a aidé aussi. On essaye de se caler sur les heures de boulot, on fait des réunions avec l’équipe, avec des clients. Avec mes deux amis hospitalisés et leurs compagnes respectives, on a créé un groupe WhatsApp pour faire du yoga et de la méditation. Et par chance, ma copine est venue m’apporter un petit paquet avec un peu de nourriture, des photos, un calepin. J’ai collé des photos sur le mur, comme un détenu.

« Je n’étais plus habitué à voir beaucoup de gens. J’étais un peu stressé »

Il a fait beau deux ou trois jours. Quand on voit un bout de rayon tomber sur 20 cm de la chambre, on pourrait se plier en quatre, la tête à l’envers pour avoir un peu de soleil. Je pouvais ouvrir un peu les fenêtres mais pas à fond. Par sécurité, c’était bloqué. Quelques rayons pouvaient quand même entrer. A l’hôpital, par exemple, on ne peut pas ouvrir les fenêtres…

A la fin de la quarantaine, il faut refaire le test. On commence à douter, on espère que ça va aller. Mais on compte les heures. Comme Robinson Crusoé, je rayais les jours dans mon petit calepin. Je suis arrivé un lundi et je suis reparti à vendredi soir. Mon heure de quarantaine se terminait à 23h59 et je n’ai rien pu négocier. C’était minuit pétant.

Aujourd’hui, évidemment ça va mieux, je suis rentré chez moi depuis quelques jours. Je n’étais plus habitué à voir beaucoup de gens. J’étais un peu stressé. J’étais en liberté mais je me sentais oppressé. Arrivé dans mon quartier, j’ai commandé une bonne bière bien fraîche avant de rentrer chez moi. Et là, j’ai respiré. »