Manu Dibango, lors d'un concert à Abidjan, en Côte d'Ivoire, en juin 2018.
Manu Dibango, lors d'un concert à Abidjan, en Côte d'Ivoire, en juin 2018. — Sia KAMBOU / AFP

MUSIQUE

Coronavirus : Manu Dibango, auteur du tube « Soul Makossa », est mort

Le saxophoniste de 86 ans est décédé des suites du Covid-19

Il était une légende de l’afro-jazz. Le saxophoniste et chanteur franco-camerounais Manu Dibango (Emmanuel N’Djoké Dibango à l’état civil) est décédé des suites du Covid-19 à l’âge de 86 ans, a révélé mardi Thierry Durepaire, le gérant des éditions musicales de l’artiste camerounais.

L’auteur de Soul Makossa, l’un des plus grands tubes internationaux de la musique dite « world » sorti en 1972, est mort « au petit matin, dans un hôpital de la région parisienne ».

« Les obsèques auront lieu dans la stricte intimité familiale, et un hommage lui sera rendu ultérieurement dès que possible », peut-on lire sur la page Facebook de Manu Dibango, tenue par son entourage.

Né le 12 décembre 1933 à Douala (Cameroun), dans une famille protestante très stricte, il a été envoyé par son père en France à l'âge de 15 ans, avec l’espoir qu’il devienne ingénieur ou médecin.

Après vingt et un jours de bateau, Manu Dibango a rejoint Marseille, puis Saint-Calais (Sarthe). Dans ses bagages, trois kilos de café - denrée rare dans l'immédiat après-guerre -, afin de payer sa famille d'accueil. Il a ensuite étudié à Chartres, où il a fait ses premiers pas musicaux à la mandoline et au piano.

Dans cet univers blanc, l'adolescent, qui "ne connaissait pas la culture africaine", s'identifiait aux vedettes afro-américaines de l'époque : Count Basie, Duke Ellington, Charlie Parker.

C’est en colonie de vacances qu’il a découvert le saxophone, avant de traîner dans le Saint-Germain-des-Près de Boris Vian. Il a échoué à la seconde partie de son baccalauréat. Son père, mécontent, lui a coupé les vivres en 1956. Manu Dibango est alors parti s’installer à Bruxelles, où il tentait de gagner de l’argent en jouant de la variété. C’est dans la capitale belge qu’il a rencontré sa femme Marie-Josée, dite "Coco", et Joseph Kabasélé, chef d'orchestre de l'African Jazz. Manu Dibango a suivi ce dernier à Léopoldville (ancien nom de Kinshasa) où il a lancé la mode du twist en 1962, puis ouvert une boîte au Cameroun. Trois ans plus tard, il est de retour en France, désargenté. Il se fait pianiste de rock pour Dick Rivers, organiste puis chef d'orchestre pour Nino Ferrer.

Notoriété internationale

Soul Makossa, le morceau qui lui a permis d’acquérir une notoriété internationale, a connu un étonnant destin. Ce n’était au départ que la face B d’un 45 tours dont le titre phare était un hymne pour l’équipe de football du Cameroun à l’occasion de la Coupe d'Afrique des Nations.

Repéré par des DJs new-yorkais, ce titre a connu mille vies. Manu Dibango avait par ailleurs accusé Michael Jackson de plagiat sur Wanna be Startin' Somethin', un morceau de l’album Thriller. Un accord financier avait finalement été trouvé.