Coronavirus : « On ne pouvait pas reporter l’album, surtout dans une période où les gens sont confinés », assure Soolking

INTERVIEW Ce vendredi, l’artiste sort le double album « Vintage »

Propos recueillis par Clio Weickert

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Soolking sort son nouvel album
Soolking sort son nouvel album — FIFOU
  • Soolking revient vendredi avec son second album « Vintage ».
  • Le projet compte 20 titres, divisés en deux parties : « Feu » et « Glace ».
  • Malgré la crise sanitaire, l’artiste a renoncé à reporter la sortie de cet album.

La musique adoucit les mœurs, et nous aide à tenir le choc en période de confinement ? C’est en tout cas l’avis de Soolking, qui malgré les annulations et les reports d’événements en cascade dus à la crise sanitaire du coronavirus, a décidé de maintenir ce vendredi la sortie de son second album, Vintage. Un peu plus d’un an après son premier grand succès Fruit du démon, puis avoir sorti de nombreux cartons internationaux – l'hymne de la jeunesse algérienne Liberté, Espérance, Bébé allo…-, l’artiste revient avec 20 titres divisés en deux parties : Feu et Glace.

Confiné chez lui depuis l’enregistrement de son Planète Rap en début de semaine (tous les épisodes de la semaine ont été exceptionnellement enregistrés en une seule journée), Soolking a répondu aux questions de 20 Minutes par téléphone.

En début de semaine, tu as publié avec Fianso une vidéo afin de sensibiliser le public aux gestes barrière pour ralentir la propagation du Covid-19. C’était important pour toi de passer ce message à tes fans ?

Si on peut utiliser le peu d’audience que l’on a à bon escient, on le fait ! Il y aura toujours des gens qui ne comprennent pas ou qui se fichent des infos, mais peut-être, lorsqu’ils voient un rappeur qu’ils aiment bien faire ce truc, se disent-ils qu’ils vont le faire également. Même nous, quand on était petits, on s’en foutait des grands, mais quand on voyait notre rappeur préféré on le suivait tous. Donc je le fais en me disant que des petits voudront peut-être me suivre.

Malgré la crise sanitaire du Covid-19, tu as décidé de sortir ton album ce vendredi. Avais-tu envisagé de le reporter ?

La question s’est posée vite fait mais on s’est dit qu’on ne pouvait pas reporter l’album, surtout dans une période comme celle-là. Même si on ne va pas pouvoir vendre d’albums physiques mais uniquement du streaming, et qu’on va peut-être faire moins de chiffres, c’est important. Déjà humainement, les gens ne sont pas bien par rapport à tout ce qu’il se passe en ce moment, ils sont confinés… Si j’arrive en disant que je ne sors pas mon album parce que ça ne va pas au niveau du business, je vais les abattre. Donc on le sort, on s’en fout même si on gagne moins d’argent. Au moins les gens sont chez eux mais ils peuvent écouter l’album, regarder des clips, ça divertit. Moi, ça me fait plaisir.

Les albums physiques sortiront tout de même plus tard ?

Oui bien sûr, beaucoup de gens l’ont commandé, avec le tee-shirt, il y a aussi un jeu concours dans l’album… Dès que le confinement sera terminé et que les choses rentreront dans l’ordre, en tout cas j’espère, ils pourront aller récupérer et acheter le CD.

Que se cache derrière le titre de ton album « Vintage », un peu de nostalgie ?

J’ai travaillé ma musique avec d’anciennes sonorités que j’ai mélangées à de nouvelles, afin de les mettre au goût du jour. C’était la direction de mon projet. Et oui je suis très nostalgique, d’autant que je suis un mec un peu à l’ancienne. Même si je suis très branché sur ce qui se fait actuellement, j’aime bien les «vieux» trucs.

Et pourquoi avoir divisé cet album en deux parties : « Feu » et « Glace » ?

Après le premier album qui a très bien marché, j’ai eu des critiques positives et négatives, ce qui est normal. Beaucoup de gens m’ont dit que je n’avais pas mis assez de rap ou qu’ils n’avaient pas assez retrouvé le style que je faisais avant… J’ai donc tenu à faire deux projets, et c’était aussi pour montrer que je maîtrisais plusieurs styles.

Si « Glace » est plutôt sombre, « Feu » est plus ambiançant… Il faudra donc attendre la réouverture des clubs pour en profiter pleinement ?

Je pense que les gens font aussi la fête chez eux, sur les réseaux sociaux on voit beaucoup de vidéos où ils dansent et mettent de la musique. De mon côté mes voisins mettent tous les jours la musique à fond, ils ne s’arrêtent pas de vivre. Mais c’est vrai que ça marchera beaucoup plus quand les boîtes vont réouvrir.

SCH, Cheb Mami, Gambi, 13 Block, Jul… Beaucoup d’artistes apparaissent sur cet album, et ils viennent tous d’univers et de générations différentes.

Dans cet album j’ai voulu faire beaucoup de feats parce que dans le premier je n’en avais pas fait beaucoup. Et la diversité de ce projet, c’est de passer d’un feat avec Cheb Mami à Gambi, à 13 Block… Ce sont des styles archi différents mais qui se retrouvent dans le même album pour que chacun puisse écouter ce qu’il kiffe.

Lors de ton premier album tu avais dit à « 20 Minutes » : « Je ne fais pas du rap, c’est un délire, c’est du Soolking ». Est-ce toujours le cas ?

Bien sûr, et surtout maintenant où c’est du grand n’importe quoi ! Il n’y a pas de codes, de lignes directrices… Rien. On le fait sur le moment, je suis mon inspiration, c’est elle qui décide. La plupart du temps mes fans me suivent où je vais. Pour l’instant. Donc il n’y a pas de problème et je pense savoir à quel moment proposer des choses à l’ancienne, et quand envoyer des nouveaux délires. Par exemple, le morceau avec Cheb Mami, Ça fait des années, je pense qu’ils vont kiffer alors que ce n’est pas du rap, mais vraiment de la pop !

Et c’est cette musique si particulière, reconnaissable entre toutes, qui t’a permis de faire ta place malgré la forte concurrence dans la musique ?

C’est très dur de briller et de faire le buzz chaque année. Moi je n’en suis qu’à mon deuxième album, pas le septième, on verra si ça durera aussi longtemps. Entre le premier et le second, j’ai sorti Liberté, Zemër, Espérance, Allo bébé, quatre titres – comme un mini EP —, qui ont fait de gros scores, beaucoup de vues sur YouTube, un single platine international… Là c’est comme si je sortais un troisième projet, et les gens suivent encore, donc ça fait plaisir ! Mais c’est tout un travail et une stratégie, celle de revenir chaque année avec un nouveau buzz.

Tu penses pouvoir tenir le rythme ?

Beaucoup d’artistes ont réussi à le faire, notamment Jul qui a sorti je ne sais combien d’albums et il est toujours là ! Je pense que si le travail est bien fait, il n’y a pas de raison que ça s’arrête, il faut juste que la musique soit bonne et le travail bien fait. Quand tu commences à bacler, les gens le ressentent et ils arrêtent de t’écouter. Et il faut aussi suivre la tendance, tout en restant dans son propre style. Dans cet album jai fait beaucoup de morceaux « house », avec Gambi, Heuss… C’est ce qui est à la mode en ce moment, ça marche bien dans les clubs, j’aime beaucoup et j’en fais, tout en restant dans mon style. C’est ça le secret, il faut savoir vivre avec son temps.

Et comment garder les pieds sur terre après tous ces succès ?

Moi je ne sors pas, je ne bois pas d’alcool, je ne prends pas de drogue… Je suis un mec archi casanier, je reste à la maison, je joue à la console… En vrai il n’y a pas beaucoup d’occasion que je vois plein de gens qui me disent « Ouais t’es le plus fort, t’es une star ». Je suis tout le temps à la maison ! Les boîtes de nuit je ne les vois qu’en showcases, et dans ces cas, j’arrive dans la loge, je monte sur scène, je retourne dans la loge et je me barre. Je me protège de tout ça et ça ne m’atteint pas.

As-tu prévu une tournée dans les mois à venir ?

Oui bien sûr, tout dépendra comment va fonctionner l’album et on avisera. On va voir comment ça évolue la situation avec le confinement.

Penses-tu que nous sortirons changés de cette période ?

Pendant les premiers temps oui, les gens vont se dire qu’il faut profiter de notre liberté, de chaque moment… Mais après ils oublieront pour revenir à leurs habitudes. C’est comme ça, l’humain oublie vite.