Livre Paris 2020 : Coup de projecteur sur la littérature indienne, invitée d’un salon annulé

AVEC VOUS Marceline Bodier, lectrice et contributrice de la plateforme « 20 Minutes Livres », rend hommage à la littérature indienne, qui aurait dû être célébrée lors de Livre Paris, si le salon n’avait été annulé pour cause d’épidémie de coronavirus

Marceline Bodier, contributrice de la plateforme 20 Minutes Livres

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Des enfants du Cachemire, jeudi 19 mars 2020, alors que des cas d'infection au coronavirus viennent d'être détectés dans la région
Des enfants du Cachemire, jeudi 19 mars 2020, alors que des cas d'infection au coronavirus viennent d'être détectés dans la région — Dar Yasin/AP/SIPA

Elle est aussi dense, que diverse et vivante. La littérature indienne aurait pu bénéficier l’un éclairage tout particulier lors de Livre Paris, où l’Inde était le pays invité, si le salon n’avait été annulé pour cause d’épidémie de coronavirus. C’est pourquoi 20 Minutes a pensé qu’elle méritait au moins cet article en compensation, rédigé par l’une de nos contributrices les plus actives et passionnées sur notre  plateforme « 20 Minutes Livres », Marceline Bodier.

La littérature indienne d’aujourd’hui est l’héritière d’une longue tradition. On en connaît au moins les Veda, textes sacrés issus d’une tradition plusieurs fois millénaire, le Mahâbhârata, épopée écrite en sanskrit avant notre ère, ou encore le Kâmasûtra, traité sur la vie privée (connu surtout pour la partie sur les pratiques sexuelles) écrit en sanskrit au premier millénaire de notre ère.

L’Inde s’écrit en seize langues

A l’image du pays, les auteurs indiens se sont exprimés dans de nombreuses langues, jusqu’à la période contemporaine où une partie d’entre eux s’exprime en anglais. Ainsi, les 28 auteurs qui auraient dû être invités à Livre Paris, si l’édition du salon n’avait pas été annulée, s’expriment dans 16 langues, l’hindi et l’anglais étant les plus fréquentes (parfois associées dans ce qu’on appelle l’hinglish).

La littérature indienne a ses stars, auteurs de best-sellers internationaux. Arundhati Ro, lauréate du Man Booker Prize en 1997 pour Le Dieu des petits riens (publié chez Gallimard en 2000), est certainement l’auteure contemporaine la plus connue en France. On pense aussi spontanément à Salman Rushdie, lauréat du Man Booker Prize en 1981 pour Les Enfants de minuit (publié en 1989 au livre de poche) et auteur des célèbres Versets sataniques (publié chez Pocket en 2000). Mais s’il est Indien de naissance, Rushdie était de nationalité britannique au moment de l’obtention du Man Booker Prize, et est aujourd’hui de nationalité américaine.

Feel-good et chick lit

Ces deux auteurs sont bien loin d’être les seuls et s’il faut s’intéresser aujourd’hui à la littérature indienne, c’est parce qu’on y retrouve aussi tous les genres qu’on adore détester : sagas, feel-good, chick lit… On les retrouve, mais avec une charpente sociale qui fait que pour une fois, on peut les adorer sans arrière-pensée. Un garçon convenable (de Vikram Seth chez Grasset, 1995), Le Grand roman indien (de Shashi Tharoor au Seuil, 2002), ou Les Feux du Bengale (d’Amitav Ghosh aux Points, 2009) sont des sagas, mais dans un pays qui reste marqué par les survivances de castes, leur message est avant tout politique. Les Fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire (de Vikas Swarup chez Belfond, 2010), roman porté à l’écran sous le titre Slumdog Millionaire, est porteur d’un message digne d’un feel-good, mais au prix d’une histoire picaresque.

Enfin, encore aujourd’hui, les préjugés de castes subsistent, tout comme ceux sur l’homosexualité, ainsi qu’on le voit dans Fuir et revenir (de Prajwal Parajuly, qui vient de paraître en mars 2020 chez Emmanuelle Collas) : rêver au prince charmant peut donc encore relever du rêve impossible et invariablement contrarié. De quoi donner une allure politique à la plus banale des chick-lit, juste parce qu’elle existe… et elle existe : Sous le soleil de Bollywood de Rajashree (chez City Editions, 2012) en est un bon exemple.

Loin des clichés

La littérature indienne inverse nos clichés : s’il y a quelque chose à conquérir, c’est toujours l’Ouest, mais aujourd’hui, c’est nous qui sommes l’Ouest qui, cette fois, a tout à gagner en se laissant conquérir par des Indiens à la littérature foisonnante. La preuve à travers les fiches de nos contributeurs à paraître sur le site de 20 Minutes jusqu'au lundi 23 mars, date à laquelle le salon Livre Paris aurait dû prendre fin.