César 2020 : « C’est terminé. On se lève et on se casse. », Virginie Despentes signe une tribune au vitriol

TRIBUNE Dans les colonnes de « Libération », Virginie Despentes vilipende le sacre de Roman Polanski aux César. Une expression du « contrôle » des « puissants », selon la romancière

A.D.

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La romancière Virginie Despentes.
La romancière Virginie Despentes. — JUAN CARLOS HIDALGO/SIPA

Un coup de gueule. Virginie Despentes écrit toute son indignation dans les colonnes de Libération dimanche après la cérémonie des César qui a récompensé Roman Polanski, accusé d’avoir violé douze femmes. La romancière, scandalisée, se sent « salie par le spectacle » qu’elle qualifie d’« orgie d’impunité ».

« On a beau le savoir, on a beau vous connaître, on a beau l’avoir pris des dizaines de fois votre gros pouvoir en travers de la gueule, ça fait toujours aussi mal. […] et le message passe cinq sur cinq : cette notion de consentement, vous ne comptez pas la laisser passer », rage l’autrice en ouverture de son texte.

« Le temps est venu pour les plus riches de faire passer ce beau message : le respect qu’on leur doit s’étendra désormais jusqu’à leurs bites tachées du sang et de la merde des enfants qu’ils violent », assène-t-elle encore, cinglante. « Ça fait des mois que vous souffrez de ce qu’Adèle Haenel ait pris la parole pour raconter son histoire d’enfant actrice, de son point de vue », estime-t-elle.

« Les puissants aiment les violeurs »

« Tous les corps assis ce soir-là dans la salle sont convoqués dans un seul but : vérifier le pouvoir absolu des puissants. Et les puissants aiment les violeurs. Enfin, ceux qui leur ressemblent, ceux qui sont puissants. On ne les aime pas malgré le viol et parce qu’ils ont du talent. On leur trouve du talent et du style parce qu’ils sont des violeurs. On les aime pour ça », fulmine celle que l’Académie des César avait refusé de voir parrainer l’un de ses espoirs féminins et masculins nommés en 2020.

La romancière a également salué la maîtresse de cérémonie Florence Foresti, qui a osé commenter l’affaire Polanski pendant la cérémonie, prenant « le risque de se mettre la profession à dos ». L’autrice déplore le silence des autres : « tout le monde se tait, tout le monde sourit », « c’est toujours la loi du silence qui prévaut ».

Et de rappeler que « si le violeur d’enfant c’était l’homme de ménage alors là pas de quartier : police, prison, déclarations tonitruantes, défense de la victime et condamnation générale. Mais si le violeur est un puissant : respect et solidarité ».

« Quand Adèle Haenel s’est levée, c’était le sacrilège en marche »

La réalisatrice de Baise-moi est également choquée que l’académie des césars ait « osé convoquer deux réalisatrices qui n’ont jamais reçu et ne recevront probablement jamais le prix de la meilleure réalisation pour remettre le prix à Roman fucking Polanski ».

« Quand Adèle Haenel s’est levée, c’était le sacrilège en marche », s’est félicitée la romancière, saluant « la plus belle image en quarante-cinq ans de cérémonie ». « Parce que vous pouvez nous la décliner sur tous les tons, votre imbécillité de séparation entre l’homme et l’artiste – toutes les victimes de viol d’artistes savent qu’il n’y a pas de division miraculeuse entre le corps violé et le corps créateur », s’insurge encore la romancière. Et de conclure : « Le monde que vous avez créé pour régner dessus comme des minables est irrespirable. On se lève et on se casse. C’est terminé. On se lève. On se casse. On gueule. On vous emmerde ».