Le coronavirus pourrait être une partie de plaisir à côté des maladies futures

PANDEMIES Avec le réchauffement climatique, des virus disparus pourraient réapparaître

Laure Beaudonnet

— 

Illustration du Coronavirus
Illustration du Coronavirus — /AP/SIPA
  • La maladie Covid-19 concerne désormais, Chine mise à part, plus d’une trentaine d’Etats où elle a fait plus de 40 morts et 2.500 contaminations.
  • Si le coronavirus crée la panique, le réchauffement climatique pourrait réactiver des virus disparus beaucoup plus dangereux pour l'homme.

Le nouveau coronavirus laisse planer la menace d’une pandémie. Si les populations sont terrorisées, elles pourraient trembler plus fort dans le futur. L’épidémie apparue en décembre dans le centre de la Chine a déjà atteint un pic dans ce pays, où elle a contaminé quelque 78.000 personnes dont plus de 2.700 sont mortes, ont indiqué mercredi les autorités chinoises. Elle touche de plus en plus de pays, y compris en Europe : la maladie Covid-19 concerne désormais, Chine mise à part, plus d’une trentaine d’Etats où elle a fait plus de 40 morts et 2.500 contaminations.

Dans un monde qui se réchauffe, le visage des épidémies de demain pourrait être beaucoup plus terrifiant que celui du coronavirus. « Avec le réchauffement climatique, on observe un déplacement de certaines maladies qui vivaient au sud vers le nord, note Jean-Michel Claverie, chercheur au laboratoire Information génomique et structurale (CNRS/Aix-Marseille Université). On le voit avec la fièvre de la dengue et du chikungunya, qui sont dues au fait que des insectes des régions tropicales ou chaudes font une marche vers le nord ». Ces animaux amènent avec eux les maladies dont ils sont vecteur. Le paludisme qui est au départ purement africain pourrait revenir en France métropolitaine.

Des virus disparus mais toujours en vie

Plus inédit encore : la progression du nord vers le sud, en raison du dérèglement climatique des zones antarctiques et, surtout arctiques, qui se réchauffent deux fois plus vite que le reste de la planète. Le permafrost (pergélisol, en français), une couche géologique gelée en permanence, composée de glace et de matières organiques, représente près du quart des terres de l’hémisphère nord. Le réchauffement du permafrost pourrait faire réapparaître des virus ou des bactéries dangereux pour l’homme comme on l’a vu en 2016, en Sibérie.  Un garçon de 12 ans a été tué par l’anthrax et une vingtaine de personnes ont été contaminées, à la suite du dégel d’un cadavre de renne contaminé il y a 70 ans.

« Plus le permafrost se réchauffe sur une distance importante et plus il ramène à la surface des choses qui ont existé et qui étaient infectieuses il y a très longtemps, souligne Jean-Michel Claverie qui a découvert en 2014 avec son équipe deux nouveaux virus, des virus géants, datés de 30.000 ans, dans le pergélisol sibérien. Avec nos travaux, on a été les premiers à montrer que cette capacité de stase [lenteur ou arrêt d’une matière organique] se prolonge beaucoup plus loin. On est allé jusqu’à 30 mètres de profondeur, qui correspond à l’âge de Néandertal. Il y a des virus qui sont encore parfaitement vivants, qu’on peut réactiver après 40.000 ans de congélation dans le permafrost ».

Le risque des maladies de l’époque de l’homme Néandertal

« Les virus du permafrost, vont-ils être capables de percer le système de défense immunitaire des hommes, s’interroge François Renaud, chercheur du CNRS, spécialiste des maladies infectieuses et vecteurs. Pour caricaturer, un virus a une clé et les cellules qu’il va infecter, une serrure. Il faut que la clé corresponde à la serrure. Si elle ne correspond pas, le virus ne passera jamais ». C’est bien ce qu’il s’est passé avec le coronavirus qui vient d’un l’animal, probablement le pangolin. Il y a eu un transfert sur l’homme et la contagion d’homme à homme s’est produite. « Ce qu’on craint, c’est que la clé devienne de plus en plus perfectionnée pour rentrer dans les cellules, c’est l’adaptation », reprend François Renaud. Plus la clé est perfectionnée, plus le virus se transmet.

Pas de (trop grosse) panique, donc. Tous les virus congelés dans la couche gelée du pergélisol ne sont pas dangereux pour l’homme. Nombre d’entre eux n’ont pas la bonne clé. Et, en réalité, on a assez peu de chances de rencontrer des virus à ARN, comme le coronavirus, qui sont plus petits et plus fragiles. Ils ne résistent pas longtemps, même dans des conditions atmosphériques normales alors que les virus à ADN, comme la variole, dont la boîte qui entoure l’ADN est plus solide, peuvent être conservés au réfrigérateur à 4°C. Ils peuvent survivre sans problème dans le permafrost.

La variole (seule maladie officiellement éradiquée dans le monde) pourrait donc être de retour, tout comme des maladies de l’époque de l’homme Néandertal ou des mammouths. « On a pu découvrir que les gens qui étaient enterrés là étaient morts de la variole, note Jean-Michel Claverie. On est capable de détecter par des méthodes de médecine légale la présence d’ADN du virus ».

Le retour de la variole

Avec la folie du développement industriel de l’Arctique et la centrale nucléaire flottante construite par la Russie, censée couvrir la consommation électrique de 100.000 personnes, le développement de colonies sur les côtes des mers polaires est de plus en plus probable. « On va se mettre à creuser pour atteindre la couche minérale puisque le permafrost, c’est de l’humus », précise Jean-Michel Claverie. Dans l’humus, il n’y a pas de pétrole, d’or ou de terres rares qui servent aux nouvelles technologies. « On va retirer l’équivalent d’un million d’années d’accumulation d’humus avec les microbes correspondant pour accéder à ces zones où il y a de l’argent à faire », envisage-t-il.

On imagine aisément comment la variole pourrait renaître de ses cendres dans ce scénario : un individu d’une colonie de la côte arctique est infecté par le virus de la variole réactivé et, si le symptôme n’est pas rapidement repéré, le transmet à d’autres, qui le transmettent à leur tour. Et ainsi de suite. « Quand je vois ce qui se passe avec l’épidémie du coronavirus qui est bénin par rapport à ce qu’on a pu voir dans le passé, observe Jean-Michel Claverie. Le SRAS tuait environ 9% des gens touchés, la variole et la peste 30 %… On a connu des épidémies dans l’histoire humaine qui ont tué la moitié de l’humanité. On est arrivé dans un tel état de mondialisation et de connexion les uns avec les autres, que toute anicroche comme le coronavirus suffit pour désorganiser l’économie ».

Sans même songer à un scénario où une maladie disparue dont on ne connaîtrait pas la virulence frapperait l’humanité, imaginez une seconde un futur où la variole serait de retour. Un cauchemar.