« J’espère amener des émotions positives qui permettent de changer les mentalités », explique Aloïse Sauvage

INTERVIEW Après un EP en 2019, l’artiste présente son premier album « Dévorantes » vendredi

Propos recueillis par Clio Weickert

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Aloïse Sauvage sort son premier album « Dévorantes ».
Aloïse Sauvage sort son premier album « Dévorantes ». — Julot Bandit
  • Un an après son premier EP, Aloïse Sauvage sort son premier album Dévorantes vendredi.
  • Le 14 février, la chanteuse a chanté le titre A l’horizontal lors des Victoires de la musique où elle était nommée dans la catégorie Révélation scène.
  • Chanteuse, la jeune femme est aussi circassienne et comédienne, et a notamment joué dans le film 120 battements par minute en 2017.

Comédienne, circassienne, chanteuse… Difficile de faire entrer Aloïse Sauvage dans une case. En 2017, c’est au cinéma que le grand public a pu découvrir son visage, où elle a tenu un petit rôle dans le film multirécompensé 120 battements par minute. En 2020, c’est en chanson que l’artiste de 27 ans a décidé de faire entendre sa voix, en présentant vendredi son premier album Dévorantes, un an après un premier EP remarqué.

« J’ai mis du temps à oser chanter, la musique est la chose la plus intime que j’ai faite à ce jour. Là c’est mon propre rôle, il n’y a pas de masque, je raconte vraiment ce que je vis », explique-t-elle. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle renonce à ses autres passions. Elle allie désormais chant, danse et acrobaties sur scène, comme lors des Victoires de la musiquele 14 février dernier sur France 2, où elle a livré une véritable performance scénique en interprétant son titre A l’horizontale. Ce n’est pas pour rien qu’elle était nommée dans la catégorie Révélation scène.

C’était important pour toi d’être nommée aux Victoires de la musique ?

Oui car c’est une marque de reconnaissance de la part du milieu professionnel et une certaine approbation de ce qu’on essaye de faire en tant que jeune artiste. C’est le début de mon parcours et être vue et reconnue pour ce que je suis en train d’essayer de créer, c’est important. Et ça amène une visibilité, chanter à la télé en direct je ne l’avais jamais fait. C’est impressionnant parce qu’on sait que c’est retransmis et qu’il y a potentiellement beaucoup de gens qui vont pouvoir me découvrir par ce biais-là. 

Et quoi de mieux pour toi que la catégorie « révélation scène » ?

Je n’aurais pas pu rêver mieux. Quand j’ai appris que j’étais nommée j’étais très émue. La scène pour moi c’est l’espace le plus important, où se révèlent vraiment les choses que je crée et qui sortent de moi dans ma chambre, sur mes carnets, en studio… C’est l’endroit où je rencontre les gens qui font vivre ma musique, qui l’écoutent, où je me sens le plus à ma place dans le monde et dans la vie. C’est mon endroit des mille et un possibles.

Ta performance mêlait chant, danse, acrobatie… Etait-ce une manière pour toi de prouver que toutes tes passions sont conciliables ?

Sur scène tu imagines un espace vierge et tu peux faire ce que tu veux. Je suis allée dans le cirque pour faire de la danse, du théâtre et du chant. Quand j’arrive sur scène je ne viens pas pour faire du cirque mais pour montrer la personne que je suis du mieux que je peux. Et il y a la voix, mais aussi le corps. A l’heure actuelle la musique est le projet qui peut tout rassembler et j’espère que bientôt on verra qu’il peut y avoir tout ça. C’est important que je me présente de la manière la plus sincère possible, vraie et totale. Du moins j’essaye.

Est-ce ta famille qui t’a encouragé à multiplier les activités pour trouver où t’épanouir ?

Mes parents ne m’ont pas poussée à faire l’enfant prodige qui multiplie les activités. Je viens d’une ville de banlieue parisienne où j’allais au collège à pieds, et dans ma rue il y avait tout : la MJC, le conservatoire, la piscine, l’école primaire, la maison de quartier… Il y avait tout et très vite j’ai été attiré par ça dès le plus jeune âge. A 7 ans j’ai voulu faire de la flûte traversière, après j’ai rajouté deux instruments, je faisais de la danse, du théâtre, de la gym… Je dirais plutôt que mes parents m’ont soutenu, et ils m’ont fait confiance parce que quand je fais un truc je le fais à fond.

Deux semaines après les Victoires, tu sors ton premier album « Dévorantes ». Que se cache-t-il derrière ce titre ?

C’est le titre d’une chanson qui clôture mon album dans lequel je parle de mes envies. Il n’est pas venu tout de suite mais il m’a ressauté au visage comme quand tu ne veux pas accepter les évidences, mais que tu n’as pas le choix. Ça raconte d’abord les envies qui me dévorent, mais c’est aussi mes chansons parce que j’y raconte ma vie et ça me bouffe le cœur, le cerveau, mon temps… Je m’y implique tellement. Il y a aussi mes peurs, mes angoisses, mes joies, mes histoires d’amour, mes failles, mes émotions… Je suis quelqu’un de très sensible et je l’exprime en chansons en racontant des bribes de ma vie. Je trouve ce mot très beau, poétique et un peu lyrique. Il a un côté un peu animal, brut, carnivore, ça fait un petit clin d’œil avec mon nom de famille.

Dans cet album, tu abordes notamment les « méga down ». C’est plus facile pour toi d’écrire quand tu vas mal ?

J’ai plus de facilités à écrire sur des choses qui me touchent de manière un peu douloureuse. Après je prends du plaisir à les transformer en chansons et j’aime toujours apporter une énergie positive dans ce que je transmets. L’espoir et le courage sont des choses qui comptent pour moi et j’espère que ça se retranscrit dans mes chansons même si elles sont mélancoliques. Mais oui quand j’y réfléchis ça part souvent d’une mélancolie, une impasse, un truc un peu douloureux. Mais en 2020 je vais essayer d’écrire des chansons hyper joyeuses ! Les deux dernières années de ma vie ont été très complexes, très denses, il y a eu beaucoup de changements, un peu comme un passage à l’âge adulte. Je ne peux raconter que ce que je vis et c’est émotionnellement assez intense. Si les deux prochaines années sont festives et hilarantes, je ferai des chansons drôles !

Il y a aussi un titre contre l’homophobie avec « Omowi ». Un hymne engagé anti manif pour tous ?

Je ne peux pas dire que je suis une artiste engagée. Je m’engage émotionnellement, mais c’est juste ma vie. Je le délivre en chanson et je ne me suis pas dit que j’allais porter un message politique. C’est engagé parce que ça parle d’une thématique qui n’est pas encore totalement acceptée, mais pour moi c’est juste un pan de ma vie. Je ne suis pas en train de dire que je me désengage de cette chanson, au contraire, c’est juste que j’ai du mal avec le fait que dès qu’on fait une chanson sur une thématique liée à ce qui se passe dans la société, forcément on dit de vous que vous êtes une artiste engagée. J’espère que par mon message je peux faire évoluer les choses. Je connais des gens vraiment militants et je n’aurais pas la prétention de me qualifier ainsi. Quand j’écris Omowi, Toute la vie ou Papa, je raconte l’homosexualité parce que j’apprends l’amour, je l’expérimente – avant avec des hommes, maintenant je suis plutôt avec des femmes. Si je parle d’une histoire d’amour, j’ai envie qu’elle soit accessible dans la lecture donc souvent j’aime utiliser le pronom « tu » et pas forcément « elle » pour que ça puisse être universel.

Il y a tout de même quelque chose de très frontal dans les paroles…

Bien sûr, quand dans le deuxième couplet je dis « reprends ton souffle et tes pancartes et va marcher plus loin », je ne suis pas en train de parler de l’épicier du coin ! Evidemment je donne des images sur des gens qui manifestent contre le fait que j’ai le droit d’exister sur cette Terre ! Bien sûr que je suis contre ! Effectivement, des gens qui défilent dans la rue, qui ont mon âge et qui agitent des pancartes pour dire que je n’ai pas le droit d’avoir d’enfants et de me marier, désolé mais moi ça me fait pleurer.

J’ai l’impression que beaucoup d’artistes ont peur de cette étiquette « artiste engagé »…

Je n’ai pas de mal à dire que je suis engagée mais je n’ai pas envie, en tout cas pas à l’heure actuelle, qu’on me demande pour qui je vote ou d’être associée aux mots politiques ou politisés. Peut-être que ça me fait peur parce que je trouve que je n’ai ni les épaules, ni les connaissances. Pourtant je suis engagée et en faisant des chansons de ce type-là je m’engage parce que je me mets à nu. C’est plus un engagement émotionnel. Je n’ai qu’une envie, c’est qu’Omowi explose les chiffres et que tout le monde en parle et qu’on ait d’autres représentations. Je suis hyper fière d’être une jeune femme qui amène à des jeunes d’autres représentations. A défaut de sauver le monde, j’espère amener des émotions positives qui permettent de changer les mentalités.