Victoires de la musique 2020 : Le costume de Philippe Katerine, le baiser de Hoshi… Les temps forts de la 35e cérémonie

TEMPS FORTS La 35e cérémonie des Victoires de la musique a récompensé Philippe Katerine, Clara Luciani et « Âmes fifties » d’Alain Souchon

Mathilde Loire avec AFP

— 

La chanteuse Hoshi a embrassé sa compagne Gia Martinelli pendant sa prestation aux Victoires de la musique.
La chanteuse Hoshi a embrassé sa compagne Gia Martinelli pendant sa prestation aux Victoires de la musique. — Thibault Camus/AP/SIPA

A chaque cérémonie son lot de discours et de moments marquants. La cérémonie des 35e Victoires de la musique qui se déroulait vendredi à La Seine musicale, à Boulogne-Billancourt, a couronné Philippe Katerine et Clara Luciani meilleurs artistes de l’année 2019, et récompensé l’album Âmes fifties d’Alain Souchon et la chanson « Ça va, ça vient » de Vitaa et Slimane. Mais le palmarès n’est pas la seule chose à retenir d’un événement marqué par la suppression des catégories musicales, sur fond de polémique autour d’un manque de diversité parmi les personnalités nommées.

Le costume de Philippe Katerine

Sans hésitation, la Victoire de la tenue la plus excentrique est revenue à Philippe Katerine pour sa chanson Stone avec toi. L’hurluberlu de la chanson avait adopté en guise de « boa » une ribambelle de gants plastique bleus gonflés comme des ballons de baudruche. Et il a glissé sur son nez ses inimitables lunettes dotées d’un faux-nez en forme de pénis, qui rappelle la pochette de son album Confessions. Le tout après être arrivé en sortant de narines géantes… Du grand art loufoque, qui n’a pas manqué d’inspirer les internautes, certains comparants le costume de Katerine à ceux de Mask Singer, d’autres allant jusqu’à évoquer le coronavirus.

Le chanteur, plus tard sacré artiste masculin de l’année, a également marqué le public avec son discours, dans lequel il a demandé une fusion des catégories « artiste masculin » et « artiste féminin ». « Il faut espérer qu’un jour on pourra jouer ensemble les mêmes jeux dans la même cour ! », a-t-il déclaré. « Il y a plein de possibilités de catégories, je ne sais pas, le poids, la taille, les artistes drogués, les artistes clean, le taux de cholestérol, les pieds plats… enfin, tout est possible ! »

Hoshi prône « l’amour sincère » avec un baiser

Nommée dans la catégorie « Révélation scène », la chanteuse Hoshi a interprété son titre Amour censure, dans lequel elle revient sur l'agression homophobe dont elle a été victime il y a plus de six ans. La prestation a été perturbée par un bug technique, que Hoshi a dépassé avec calme.

« Est-ce qu’on va un jour en finir/avec la haine et les injures ?/Est-ce que quelqu’un viendra leur dire/qu’on s’aime et que c’est pas impur ? », a chanté l’artiste avec énergie. Alors qu’en fond, la bande-son diffusait des extraits de propos homophobes, Hoshi a terminé sa prestation en embrassant sa compagne, Gia Martinelli, en direct, sous les applaudissements du public.

Prestations sportives

La scène est un sport de combat. Jeanne Added, Suzane et Aloïse Sauvage ont livré trois prestations scéniques percutantes. Suzane a interprété SLT, son titre anti-harcèlement, avec un « high kick », coup de pied haut impressionnant. Digne de Bruce Lee dans le film La Fureur du dragon, qui a inspiré en partie la combinaison de la chanteuse.

Jeanne Added a, elle, chanté Mutate, sur un carré inspiré d'un ring de boxe, sport qu’elle pratique, comme l’ont prouvé quelques « jabs » [coups de poing directs donnés dans le vide]. Le morceau s’est terminé dans une ambiance très club, où Jeanne Added était entourée de danseurs entre sensualité et haute énergie.

Enfin Aloïse Sauvage, ancienne circassienne, a joué sur les effets d’apesanteur en s’inclinant A l’horizontale, comme le titre de son morceau, seulement retenue par un filin accroché à son micro.

Histoire d’A

Joli moment d’émotion quand est apparu sur un écran géant le regretté Fred Chichin, en train de caler l’arrangement d’un morceau. Une image d’archive que contemple pendant quelques secondes depuis la scène, avec un petit sourire attendri, son ex-complice Catherine Ringer, avant de se lancer dans un petit medley des Rita Mitsouko. Place aux Amants - chanson du film Les Amants du pont-Neuf de Leos Carax. Suivent Les Histoires d’A et C’est comme ça tirées de l’album culte The No Comprendo (1986). A la guitare électrique, sous ses cheveux longs, Raoul Chichin le fils du couple fait revivre les riffs ciselés par son père.

Maxime Le Forestier à l’honneur

Ils ne sont pas nombreux ceux qui peuvent se vanter de pouvoir sortir le retraité Jean-Jacques Goldman de son silence médiatique : Maxime Le Forestier est de ceux-là et a eu droit à un gentil message vidéo de « JJG » à l’occasion de la remise de sa Victoire d’honneur. Trophée que l’auteur de Né quelque part (distingué interprète masculin en 1996) s’est vu remettre par un autre grand monsieur de la chanson, Alain Souchon, accompagné de Vianney qui a repris San Francisco. « Ma Souche, on est entré dans l’âge des intégrales », a lancé Maxime, 71 ans, à Alain, 75 ans. « Merci de m’avoir apporté ce bibelot, à charge de revanche ! »

Le discours surprenant de Pagny

Florent Pagny, président d’honneur de la soirée, s’est lancé dans un discours inaugural plutôt inattendu retraçant l’évolution de l’industrie musicale depuis 1985, année de naissance des Victoires. Invention du CD, apparition furtive du MP3 puis domination du streaming, dont il a critiqué le taux de rétribution pour les artistes. L’ex-coach de The Voice a terminé en partageant sa « vision » : un avenir où chaque artiste serait en prise en direct avec le public et aurait sa plateforme pour diffuser ses productions. Et de conclure par un petit mot pour les gens du métier qui devaient commencer à s’agiter sur leurs sièges : « Ne vous inquiétez pas, maisons de disques, on aura toujours besoin d’être accompagnés… »

Des absents remarqués

Le duo PNL a reçu une Victoire de la Création audiovisuelle pour le clip de Au DD, tourné sur la Tour Eiffel. La récompense a été saluée par leurs fans, d’autant que les deux frères sont les seuls artistes de rap récompensés cette année. Ils n’étaient pas présents lors de la cérémonie pour récupérer leur trophée, et la raison invoquée par le présentateur Julian Bugier a fait réagir les internautes.

Les audiences remontent un peu

En 2019, les Victoires de la musique n’avaient rassemblé que 2,103 millions de téléspectateurs, soit le pire résultat de la décennie pour la cérémonie et une perte de 30 % par rapport à 2018. France 2 a tenté de redynamiser cette cérémonie souvent longue, en faisant intervenir 13 présentateurs vedettes aux côtés de Daphné Bürki.

Si la 35e cérémonie reste loin des 3 millions de téléspectateurs de 2016, les audiences remontent un peu : 2,41 millions de personnes ont assisté à la retransmission jusqu’à minuit 30, soit 15,8 % de part d’audience (PDA) sur l’ensemble du public.