Véhicules autonomes : Permis de conduire, sécurité, partage… A quoi ressemblerait un futur où les autos se conduiraient « toutes seules »

TRANSPORTS Avec les véhicules autonomes, l’industrie automobile pourrait devenir une industrie de service. « 20 Minutes » se penche sur les multiples conséquences d’une telle révolution

Kesso Diallo

— 

Une voiture autonome de Waymo, la filiale d'Alphabet.
Une voiture autonome de Waymo, la filiale d'Alphabet. — WAYMO
  • Les voitures autonomes, censées se conduire toutes seules, seront des véhicules à partager.
  • De nombreuses questions se posent concernant cette technologie, en termes de sécurité, de commodité du voyage, de stationnement ou encore de l’utilité du permis de conduire.
  • Le futur avec ce mode de transport est encore lointain.

Actuellement, une voiture est inutilisée 95 % du temps selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie. Cela pourrait changer avec l’arrivée des véhicules autonomes. Ces derniers, censés « se conduire tout seuls » sont vus comme une révolution de l’industrie automobile, dans le sens où il ne s’agirait plus de biens, mais de services. « Je pense que l’intérêt du véhicule autonome est de développer l’usage serviciel de la voiture. C’est-à-dire qu’on ne la possède plus, mais on en louera une quand on en aura besoin », explique Laura Brimont, coordinatrice du programme « Modes de vie en transition » à l’Institut du Développement durable et des relations internationales (Iddri).

Le prix d’une voiture particulière autonome étant très élevé, l’autopartage permettrait en théorie de rendre ce mode de transport accessible à tous. Mais une telle innovation implique aussi des changements en termes de sécurité, de commodité du voyage, de stationnement ou encore de l’utilité du permis de conduire. 20 Minutes fait le point.

La question du permis et de la sécurité

Le véhicule autonome présente un avantage : tout individu peut être en mesure de l’utiliser. Il n’y aurait pas besoin de permis de conduire selon Azim Eskandrian, membre de l’Institut des ingénieurs électriciens et électroniciens, une association professionnelle dédiée à l’avancement des technologies pour l’humanité. L’expert estime que s’asseoir dans ce type de voiture sera la même chose que s’asseoir dans un bus ou un train. Toutefois, à l’heure actuelle, la technologie de conduite autonome n’est pas encore fiable. Lors de la plupart des tests, un opérateur est dans le véhicule pour reprendre le volant en cas d’urgence.

Réalisés sur certaines routes, ces essais permettent de vérifier les capacités de l’automobile et de s’assurer qu’elle ne présente pas de danger. « La question est de savoir quelle sera la procédure pour homologuer les véhicules autonomes et à partir de quand on va considérer qu’ils sont sûrs » indique Laura Brimont. Le public ne sera, selon elle, pas prêt à les accepter s’ils ne sont pas certifiés comme étant parfaits en termes de sécurité. Les tests sur les routes ne sont néanmoins pas suffisants car il faudrait tester toutes les situations imaginables dans le monde réel, soit des dizaines de millions. Les constructeurs de ces véhicules se servent ainsi de simulations afin de créer des situations susceptibles d’arriver.

Les limites de l’autopartage

Le service d’autopartage, solution de remplacement à l’achat et à la possession de voitures, pourra être développé dans des zones urbaines comme Paris ou d’autres grandes villes en France, mais pas en dehors : « Hors de ces grandes zones urbaines, on est très dépendant de la voiture, on en a besoin tous les jours. Louer une voiture va revenir beaucoup plus cher qu’en posséder une soi-même », estime Laura Brimont.

La coordinatrice du projet « Modes de vie en transition » considère d’ailleurs qu’il serait plus intéressant de développer des métros ou des bus autonomes, qui coûteraient moins cher aux collectivités qui les financent. Cela pourrait permettre d’avoir plus de bus ou d’en mettre dans des zones où aujourd’hui, il est compliqué de mettre en place des lignes de transports régulières avec le manque de densité.

Avec le service d’autopartage, se pose aussi la question de savoir ce que font les véhicules autonomes lorsqu’il n’y a personne dedans. D’après Laura Brimont, deux situations sont envisageables. La première est qu’ils ne se garent pas et qu’ils continuent à rouler, ce qui provoquerait une augmentation de la consommation énergétique, du trafic et donc potentiellement à des embouteillages. Sinon, ils pourraient se garer à l’extérieur des villes, dans des endroits souterrains ou des lieux où, à l’heure actuelle, il n’est pas pratique pour des conducteurs de faire stationner leurs autos.

Des difficultés techniques et juridiques

La technologie de conduite autonome offre l’opportunité de changer l’intérieur des véhicules. Certains constructeurs l’ont compris et ont commencé à travailler sur des modèles rendant les déplacements plus agréables. L’entreprise américaine Cruise a dévoilé en janvier dernier l’Origin, une voiture autonome conçue pour du transport partagé sans volant, ni pédales. Dotée de six sièges se faisant face, elle propose un intérieur spacieux. En revanche, la start-up n’a donné aucune information concernant la date de lancement ou le prix.

C’est le problème avec les véhicules autonomes : actuellement, on ne sait pas si et quand ce futur sans conducteur arrivera. Plusieurs entreprises comme Waymo et Tesla ont indiqué des dates, mais ont manqué leurs objectifs. Optimistes sur la capacité de la technologie au départ, elles se sont rendu compte que cela était plus compliqué techniquement et juridiquement ​que ce qu’elles croyaient. Pour Laura Brimont, il est même possible qu’on n’entende plus parler de la voiture autonome d’ici à quatre ans.