Tryo: « On nous prenait pour des babas cool, et aujourd’hui il y a une vraie prise de conscience »

INTERVIEW Tryo fête ses 25 ans avec son nouvel album « XXV », disponible vendredi

Propos recueillis par Clio Weickert
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Tryo fête ses 25 ans en duo.
Tryo fête ses 25 ans en duo. — FIFOU
  • Tryo fête ses 25 ans avec son nouvel album « XXV », disponible vendredi.
  • Pour ce double album, le groupe a convié de nombreux artistes à reprendre ses grands succès en duos.
  • A cette occasion, « 20 Minutes » a rencontré deux membres de Tryo, Guizmo et Christophe Mali.

« Si tu es né dans une cité HLM, je te dédicace ce poème/En espérant qu’au fond de tes yeux ternes, tu puisses y voir un petit brin d’herbe… » Pas besoin d’être en Terminale L ou de fumer des pétards pour reconnaître dans la seconde l’un des grands succès de Tryo, qui illumine depuis plusieurs décennies, toute bonne soirée qui se respecte. Mais aussi festive soit-elle, cette chanson nous rappelle aussi que le temps passe beaucoup trop vite, et qu’on ne se fait plus tout jeune… Car vous ne l’aviez peut-être pas vu venir, mais Tryo fête ses 25 ans (désolé pour le coup de vieux).

A cette occasion, le groupe sort vendredi son 7e album studio baptisé XXV, un double disque de duos où des artistes de tous horizons (Véronique Sanson, Zaz, Bigflo et Oli etc.), reprennent avec Tryo leurs plus grands succès, de L’Hymne de nos campagnes à La Main Verte. Certains de ces artistes (et quelques surprises), seront présents le 13 mars lors d’un grand concert (complet) à l’AccorHotels Arena. Ecologie, engagement, nouvel album… 20 Minutes a eu l’occasion de rencontrer Guizmo et Christophe Mali, deux membres du groupe, pour ce 25e anniversaire.

Pourquoi avoir choisi un album de duos pour fêter vos 25 ans ?

Guizmo : On avait envie de se retrouver et de se faire plaisir, 25 ans ça se fête, c’est une vraie histoire d’amitié. L’idée des duos est assez simple car – et je crois que ce qui nous a le plus marqué- ce sont les rencontres qu’on a pu avoir avec Tryo qui nous ont donné envie d’écrire des chansons : Renaud, Thiéfaine, Sanson, la famille Souchon… Tous ces gens qui nous ont inspirés, et ceux avec qui nous avons partagé la scène comme Massilia Sound System, La Rue Kétanou, Matthieu Chedid… Et toute cette jeune génération qui vient nous voir dans les festivals depuis toutes ces années. Ça nous a paru naturel de les inviter à partager ces 25 ans de carrière avec nous. On pensait avoir une dizaine de réponses positives, et au final ils ont tous répondu présents donc on s’est retrouvé à faire un double album qui n’était pas forcément prévu au départ.

Vous ne vous lassez pas de chanter les mêmes chansons tout le temps, comme « L’hymne de nos campagnes » par exemple ?

Christophe Mali : Si on se lassait, on ne les chanterait plus ! Si on se lassait de faire de la scène avec Tryo, on ne tournerait plus ! Si on se lassait de nous-même, on arrêterait ! D’ailleurs, si on a tenu aussi 25 ans, peut-être que c’est parce qu’on prend du temps à faire des albums, à faire des tournées, où on est vraiment les uns sur les autres, plein de projets, plein de choses… Et tout d’un coup on s’arrête parce qu’il faut de l’air et on ne sait pas quand on se retrouvera. Et au moment où on se retrouve c’est parce qu’on en a extrêmement envie, que tout d’un coup il y a des chansons, et c’est ça qui nous guide.

Guizmo : C’est un métier où tu viens donner quelque chose de positif aux gens, du bonheur, du plaisir, et les chansons qu’on continue à chanter sont aussi celles que les gens réclament. Quand tu attaques Désolé pour hier soir, les gens sont morts de rire d’avance. Et l’hymne des campagnes c’est un peu pareil, les gens se la sont tellement appropriée qu’elle ne t’appartient plus. Et c’est un kif absolu ! Ce n’est pas comme si on était tous les quatre à se rechanter la même chanson… Là on a appelé toutes ces jeunes voix à revenir chanter l’Hymne, elle reprend encore un nouveau souffle.

Vous pensez que vous touchez toutes ces différentes générations justement, de Véronique Sanson à Bigflo & Oli ?

Christophe Mali : Depuis le début nous sommes tournés vers la jeune génération, ce côté multigénérationnel nous intéresse énormément parce que c’est une manière pour nous d’exister, de continuer l’histoire de Tryo.

Guizmo : Et c’est à l’image de notre public qui vient de toutes les générations.

Christophe Mali : C’est ça qui nous intéresse aussi, nous on vieillit énormément, on a même du bide, mais notre public non ! Il est très jeune et on est très fier parce que ça prouve aussi que les thématiques qu’on aborde et les valeurs qu’on défend sont portées par cette jeunesse.

Vous pensez que vos chansons sont toujours d’actualité ?

Christophe Mali : En tout cas elles résonnent encore et on en est les premiers étonnés. Ces thématiques étaient là il y a 25 ans et le sont encore aujourd’hui. A un moment on était un peu en marge, notamment sur le thème de l’écologie, on nous prenait pour des babas cool, et aujourd’hui on se rend compte qu’il y a une vraie prise de conscience. Désormais on est même au-delà de ça, dans la phase décisionnaire. On n’est pas des visionnaires pour autant, je pense que ces thématiques nous viennent de nos parents, de nos éducations, et aujourd’hui toute une partie de la jeunesse se retrouve dans ces thématiques-là.

Une jeunesse portée par Greta Thundberg notamment, avec un positionnement un peu plus radical. Qu’en pensez-vous ?

Christophe Mali : Ce n’est pas vraiment de la radicalité, elle dit juste qu’il faut écouter les scientifiques, qu’il faut agir et que la jeunesse est derrière elle. Nos politiques sont incapables de trouver les solutions et d’envisager l’avenir d’une manière nouvelle, mais on est persuadé que ça va arriver, nous sommes optimistes, on voit que les choses changent, en France, en Europe…  Greta c’est un très bel exemple parce qu’aujourd’hui elle prouve que l’ancien monde est révolu et qu’il faut passer à autre chose.

Guizmo : Elle énerve l’ancien monde, quand elle arrive dans l’hémicycle en France où tous ces vieux conservateurs se demandent qui sont ces enfants qui viennent leur donner des leçons… Ils en sont la cause principale ! Leur immobilisme et leur regard passéiste font qu’elle est en train de leur donner des leçons, parce qu’elle est dans le temps présent et qu’elle voit l’urgence. Elle a besoin de réponses et on en est tous là !

En 25 ans, vous avez quelques fois dévoilé vos orientations politiques, c’est toujours le cas ? Et croyez-vous encore dans le monde politique ?

Guizmo : On a supporté très peu de partis ou de personnes politiques dans notre carrière. On a beaucoup appelé à voter, on a communiqué sur notre peur de l’extrême droite et de la montée de l’intolérance en France. On a eu une petite excursion chez EELV à l’époque où ils s’étaient mis avec José Bové, Eva Joly, Daniel Cohn-Bendit, ça nous avait intéressé donc on était allé jouer pour eux. Et on a soutenu récemment François Ruffin quand il s’est présenté en tant que député dans le nord de la France. Mais à part ça, on n’a jamais été soutenir qui que ce soit en politique, on garde nos distances, on essaye de conserver notre place de chansonnier et de vecteur de paroles. On prend plus le mot politique dans son sens de la participation, et on va plus appeler à se rapprocher d’associations : Sea Sheperd, Green Peace, WWF… Même si on est très politisé tous autant qu’on est. On n’est pas toujours d’accord d’ailleurs, on a des valeurs communes mais on a aussi une manière propre de voir le monde.

Vous considérez-vous comme un groupe « militant » ?

Christophe Mali : On est aussi festif, mais oui militant, actif, qui essaye de changer les choses à son échelle, et d’emporter les autres avec lui. Pour la prochaine tournée, on va entièrement compenser nos émissions de gaz à effet de serre, par la fondation GoodPlanet de Yann Arthus-Bertrand. Enfin, la problématique que nous avons actuellement est d’offrir un concert inclusif. On est parrain du festival tourangeau Autrement dit, qui s’occupe de l’accessibilité universelle. Il y a des pays aujourd’hui où le fait de traduire les concerts pour les sourds et les malentendants est la norme, et c’est même obligatoire. En France quasiment aucun festival ne le propose. Nous avons décidé avec Tryo de nous lancer dedans et on va commencer par la prochaine tournée, notamment les Zénith parisiens, qui seront des concerts inclusifs.

Et pour terminer sur la musique, vos fans peuvent-ils espérer bientôt un nouvel album avec des chansons inédites ?

Guizmo : On sort d’une réunion où on a parlé de la suite parce qu’on en meurt d’envie.

Christophe Mali : La suite est très très engagée et elle arrive. On n’a pas sorti XXV parce qu’on était en panne d’inspiration ! Après Bercy on enchaîne sur l’enregistrement du prochain album.