« Michou avait un sens aigu de la mise en scène », se souvient la cinéaste Rina Sherman

INTERVIEW L’ethnographe, cinéaste, autrice et photographe Rina Sherman a passé trois ans à filmer Michou, décédé ce dimanche

Propos recueillis par Anne Demoulin

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Michou en mai 2013.
Michou en mai 2013. — LAURENT BENHAMOU/SIPA
  • Rina Sherman a rencontré Michou, décédée ce dimanche à Paris à l'âge de 88 ans, en 2013. 
  • Elle a filmé la figure de la nuit parisienne pendant trois ans pour son film Michou, c'est moi !
  • Elle raconte à 20 Minutes ses souvenirs de la figure emblématique des nuits parisiennes. 

Amoureuse de Paris et de Montmartre où elle habite, l’ethnographe, cinéaste, autrice et photographe Rina Sherman a rencontré Michou en 2013. Durant trois ans, elle a filmé Michel Catty, décédé ce dimanche à Paris à l’âge de 88 ans. Elle raconte son prince bleu de Montmartre à 20 Minutes.

Quel rapport aviez-vous avec Michou ?

J’ai réalisé une anthropologie visuelle de trois ans avec lui. J’ai capté de grands moments de générosité et aussi son sens aigu de la mise en scène. Si je le suivais au milieu de la foule, il savait d’un simple geste de la main m’indiquer le déroulé et les différents plans à filmer. Il avait le sens de la mise en scène, du timing, et l’art de déambuler en 3D dans l’espace. Il savait exactement comment se positionner pour se mettre en valeur. Un tel sens de la mise en scène, je n’ai vu ça que chez Jean Rouch.

Que retenez-vous de Michou ?

Michou était un artiste. Il a apporté une grande contribution à la création contemporaine en France et dans le monde entier, parce qu’il a su asseoir la pratique du transformisme. Il a inspiré de nombreuses compagnies et troupes de théâtre aux Etats-Unis, au Brésil, etc. Il est une référence dans cette pratique artistique. Michou était aussi un maître du burlesque.

Michou était aussi cet homme en bleu…

Il a poussé la création artistique jusqu’à s’inventer un personnage en costume bleu satin. Cette image est iconique. Elle est connue de tous, de Paris à Tokyo en passant par Los Angeles. Il a tenu à maintenir cette image jusqu’au bout. Je me souviens que lorsqu’il s’asseyait dans un café ou un restaurant, il s’installait de façon à avoir un maximum de visibilité. Il voulait offrir l’image que recherchait le public de son cabaret en permanence.

Que retenez-vous de l’homme ?

Il était très généreux et jouait la carte affective de manière très forte. C’est pour cela qu’il y a ce déferlement de larmes et de tristesse sur les réseaux sociaux depuis l’annonce de sa mort.

Vous souvenez-vous d’une anecdote qui résume bien qui il était ?

Je l’ai accompagné à une journée Michou à Montmartre. Tout le monde s’habillait en bleu pour l’occasion. Je voulais faire ma petite partie, même si ma profession m’oblige à la neutralité. J’avais mis une petite poupée bleue en plastique sur ma caméra. Il m’a demandé de l’enlever et m’a dit : « La poupée bleue, c’est moi ».

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