Marseille n’est pas qu’une ville de rap, c’est aussi une ville punk ! Et c’est un colloque, ce samedi à l’Alcazar, qui le dit…

MUSIQUE Musiciens, auteurs et chercheurs ont rendez-vous ce samedi à l'Alcazar pour explorer l'identité punk de Marseille

Caroline Delabroy

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Le projet de recherche Punk is dead fait escale à Marseille.
Le projet de recherche Punk is dead fait escale à Marseille. — Stéphane Disagry
  • Le projet de recherches « Punk is not dead » fait escale samedi à Marseille, à la bibliothèque de l’Alcazar. Le but : recueillir témoignages et archives pour écrire une histoire du punk en France.
  • Dès 1978, le mouvement punk est présent à Marseille, où il continue de vivre grâce à une scène vivante.
  • La cité phocéenne est en outre une chapelle de la musique garage punk.

Marseille accueille samedi une rencontre au sommet entre le monde universitaire et le monde du rock’n roll. Le lieu : la raisonnable bibliothèque de l’Alcazar, sur le cours Belsunce, plus habituée des rendez-vous autour du jazz. L’objet : une non moins sérieuse « journée d’études » sur la scène punk à Marseille, organisée sous la houlette du CNRS. « Moi ça me fait marrer, c’est une expérience », sourit Pascal Escobar, l’un des invités du jour, pour sa double casquette de musicien et de spécialiste (son Histoire du rock à Marseille, chez Le Mot et Le Reste, est à lire).

« Mais ça fait du bien un peu de visibilité, ajoute-t-il. Que Marseille ait une image rap, c’est une réalité, il ne s’agit pas de la nier. Mais, de manière peut-être encore plus prégnante, elle est aussi une ville rock. C’est la musique qui se vit au quotidien à Marseille. L’aspect sauvage de la ville permet encore l’ouverture de petits clubs, alors qu’à Lyon, Paris ou Bordeaux ce n’est plus possible. »

Une scène éclectique et vivante

L’Embobineuse à la Belle de Mai, la Sale Gueule à la Préfecture, le Molotov à Notre-Dame-du-Mont ou encore le Makeda témoignent d’une scène rock bien vivante, sans oublier l’Asile 404, Data, la Maison Hantée, le Lolipop Music Store (et la Machine à Coudre, fermée depuis l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne). Depuis la Friche, le Dernier Cri nourrit aussi, de ses célèbres sérigraphies, l’esthétique punk. « Dès 1978, il y a Marseille s’ouvre au punk avec des premiers groupes comme Nitrate ou Cops and Robbers », explique Marine Schütz, historienne de l’art et co-organisatrice de ce rendez-vous, baptisé «  Punk is nos dead ».

A l’entendre, la ville connaît les courants successifs du punk mais elle se distingue surtout par l’un d’eux : « Marseille est une chapelle de la musique garage punk, assure-t-elle. C’est lié à l’ancrage rock de la ville, sans doute porté par la question ouvrière, sociale, très importante à Marseille. » Et aujourd’hui ? « Il y a un vrai décalage entre le dynamisme de cette scène locale, de ses acteurs, et leur reconnaissance par les institutions, estime Marine Schütz. De façon générale à Marseille, les musiques populaires ne sont pas souvent sur le devant de la scène. »

Une escale bientôt en Corse ?

« Ici, quand on veut faire du rock, il faut croire en ce qu’on fait, cela donne des gens convaincus, des personnalités authentiques », lance en écho Pascal Escobar, qui se souvient encore détonner avec son look punk dans le Marseille de sa jeunesse : « Les cheveux colorés, les ceintures cloutées, les gens ne sont pas habitués à voir ça ici. Avec les Marseillais, cela peut vite partir ! » Professeur à l’université de Bordeaux, et musicien à ses heures, Luc Robène a fait de ces témoignages le cœur du projet de recherches qu’il mène depuis cinq ans avec Solveig Serre pour établir « une histoire de la scène punk en France ». « Il n’y a pas d’archives du punk, or on ne peut pas faire d’histoire sans archives », explique-t-il.

Le duo a ainsi déjà écumé de nombreuses villes avant Marseille, et a pris l’habitude d’organiser ces journées d’études en dehors du cadre de l’université. L’histoire s’enrichit de ces rencontres in situ. « En Bretagne, le punk est plus hybridé, à l’image d’un Loran Béru, ancien des Bérurier Noir, qui intègre des instruments celtes dans son groupe Les Ramoneurs de Menhirs, raconte Luc Robène. A Toulouse, les groupes ont un discours plus anarchisant, dans la lignée de son histoire avec l’Espagne. » Avec la journée de samedi, Marseille va bientôt apporter sa contribution à cette mémoire collective du punk. Avant aussi et prochainement… la Corse. « C’est également un point aveugle du punk, soulève Luc Robène. Le punk ne se limite pas là-bas au guitariste Henry Padovani rejoignant Sting et Police ! »

Consultez ici le programme complet de l’événement Punk is dead ce week-end à Marseille.