CES 2020: C'est quoi Quibi, le service de streaming qui veut dynamiter le storytelling sur smartphone?

MEDIAS Porté par l'ancien patron de Disney Studios, soutenu par les majors d'Hollywood qui ont investi plus d'un milliard de dollars, Quibi sera lancé le 6 avril aux Etats-Unis

Philippe Berry

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Quibi, un service de streaming pour smartphone, sera lancé le 6 avril 2020.
Quibi, un service de streaming pour smartphone, sera lancé le 6 avril 2020. — Robyn Beck / AFP

Se faire une place entre Netflix, Disney+, Apple TV+ et HBO Max ressemble à une mission impossible. C’est pourtant bien l’ambition de Quibi (pour « Quick bites », un truc à manger rapido), un service de streaming qui va proposer, à partir d’avril, des séries et des films découpés en bouchées de dix minutes au maximum. Sa particularité : le service n’existera que sur smartphone, avec des contenus exploitant à la fois l’orientation portrait et paysage. Si le doute montait ces derniers mois, la présentation officielle au CES 2020 de Las Vegas, mercredi, a montré de belles promesses créatives. Le défi économique, lui, reste immense.

Quibi, c’est quoi ?

Un service de streaming payant qui sera lancé sur smartphone le 6 avril aux Etats-Unis, à 4,99 dollars par mois avec pub, et 7,99 dollars sans. Quibi proposera du contenu 100 % inédit (films, séries, news, sport, documentaires) découpées en chapitres de dix minutes maximum.

Quibi, c’est qui ?

C'est le bébé de Jeffrey Katzenberg et de Meg Whitman. Katzenberg, c’est l’homme qui a relancé Disney studios dans les années 1990 (La Petite Sirène, Aladdin, le Roi lion) puis cofondé DreamWorks animation avec Steven Spielberg. Whitman, elle, a dirigé eBay puis HP. Ajoutez-y le directeur produit Tom Conrad, ex-Pandora, et ex-VP chez Snapchat, et vous avez une équipe all-star. Qui a réussi à lever plus d’un milliard de dollars, notamment auprès des géants d'Hollywood Disney, NBCUniversal, Sony et Warner.

Les talents et les programmes annoncés

Guillermo del Toro, Steven Spielberg, Sam Raimi, Antoine Fuqua, Doug Liman, les frères Russo, Reese Witherspoon, Idris Elba, Zac Efron, Sophie Turner… Le tout Hollywood est là, avec 175 programmes inédits (plus de 7.000 épisodes) annoncés pour la première année. Selon The Verge, les productions AAA tourneront autour de 125.000 dollars par… minute. Pour ceux qui comptent, ça fait 7,5 millions de dollars par heure – c’est proche de la moyenne de Game of Thrones ou de Stranger Things.

Un double format qui ouvre de nouvelles perspectives

OK Boomer, pourquoi choisir entre le format paysage, populaire sur Netflix et YouTube, et l’orientation portrait, privilégiée par la génération Z sur smartphone avec Snapchat et TikTok ? Quibi propose les deux… en même temps. C’est l’innovation dévoilée au CES, avec le mode Turnstyle, qui permet par exemple de voir un plan large en horizontal, ou un gros plan sur un visage en vertical.

On ne parle pas d’un zoom mais de films et de séries filmées par deux caméras, offrant deux perspectives différentes. Le court-métrage Nest, qui met en scène une home invasion, permet de vivre les événements de façon classique ou à travers ce que voit le personnage principal sur son smartphone (qui montre les images de la vidéosurveillance). On passe d’une perspective à l’autre sans interruption en tournant son smartphone, grâce à une technologie de streaming qui synchronise les deux flux.

Ça marche aussi pour les pubs, avec Pepsi.

Et ça peut marcher ?

Sur le papier, Quibi semble offrir la créativité de Vine (RIP) ou TikTok, appliquée à des productions hollywoodiennes. La double perspective pourrait tourner au gimmick ou chambouler les expériences interactives type Bandersnatch. La start-up fait surtout face au casse-tête ultime: convaincre un public jeune habitué au gratuit de payer pour son service. Certains se sont déjà lamentablement plantés en rêvant de conquérir le smartphone: Vivendi, notamment, a fermé son service Studio+ après deux ans et des dizaines de millions d’euros de pertes. Pour Quibi, l’enjeu se chiffrera en milliards.